Droits humains

L’aggravation de la crise du logement

Bilan 2012

Témoignages.re / 19 décembre 2012

Malgré tous les dispositifs mis en œuvre depuis plus de 60 ans, 20.000 familles vivent dans des logements insalubres, et la liste d’attente pour un logement social dépasse les 20.000 noms. La crise du logement ne cesse de s’aggraver.

50% de pauvres et 20% de logements sociaux
Alors qu’environ la moitié des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté, seulement, 20% de la population dispose d’un logement social.

Un déficit de plus de 20.000 logements sociaux
Entre 1990 et 1999, 22.117 logements sociaux ont été livrés.
Entre 2000 et 2009, 13.096 logements sociaux ont été livrés.
En 2010, le parc locatif social réunionnais comptait 54.800 logements alors que les bailleurs sociaux enregistraient 22.000 demandes de logements sociaux en attente, soit un déficit de logements équivalent à 42% du parc existant. Pendant ce temps, la population a considérablement augmenté

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L’effondrement de la production
La loi-programme de 2003 avait orienté des investissements vers La Réunion via la défiscalisation. Ce dispositif avait permis pour la première fois à notre île de dépasser le rythme de 10.000 logements mis en chantier par an.
La réforme lancée sous la présidence de Sarkozy a réduit de moitié la production, sans que la dynamique profite au logement social. Le déficit s’est aggravé.

Toujours l’insalubrité
18.000 à 26.000 logements seraient dans un état insalubre, estimait dans son rapport 2011 la Fondation Abbé Pierre.

Des loyers trop chers
Même dans le logement social, le coût de production au mètre carré dépasse 2200 euros. Alors que le logement social s’adresse prioritairement à un public qui est privé d’emploi, le montant d’un loyer dépasse souvent le montant du RSA versé à une personne seule. Conséquence : sans l’aide sociale versée par l’État, il est impossible aux personnes relevant du social d’entrer dans un logement social.

L’absence de solidarité de l’État
Si le gouvernement a garanti un prêt pour PSA, en France, il n’a pas le même niveau de solidarité envers les Réunionnais. En effet, en bout de chaîne, c’est le Conseil général qui garantit les prêts des bailleurs sociaux dont les actionnaires sont pourtant des banques pour plusieurs d’entre eux. Résultat : le Conseil général doit prévoir une provision de 450 millions d’euros pour couvrir les éventuelles défaillances. Rappelons que les banques détiennent 56% du capital de la SHLMR, et 53% de la SIDR. Qu’attend donc le gouvernement pour remettre de l’ordre dans ce pillage éhonté ?

L’incertitude sur la subvention de l’État
En introduisant la défiscalisation dans le financement du logement social, l’État fait dépendre de plus en plus la construction d’une ressource privée, aléatoire et intéressée, tandis que la subvention directe, la ligne budgétaire unique, a baissé ces dernières années.

Plus de 4.000 travailleurs privés de salaire pendant 5 semaines

C’est aussi une conséquence de la crise du logement à La Réunion. La baisse de l’activité enregistrée à la suite de la réforme des politiques publiques de soutien au logement a porté un coup à la filière du BTP. Additionné à l’arrêt des grands chantiers et au gel des constructions de lycées par la Région, le coup est rude : les effectifs sont passés de près de 25.000 à 17.000 salariés en à peine 3 ans.

Mais avoir un emploi ne signifie pas percevoir l’intégralité de son salaire. Car les difficultés liées à la récession sont telles que des employeurs ne paient plus les congés payés de leurs travailleurs. Le paiement des salaires pendant les 5 semaines de vacances du BTP est effectué par une caisse, mais si le patron ne verse pas à la caisse, le travailleur n’a pas de revenus pendant 5 semaines.

En septembre dernier, des patrons avaient manifesté pour demander à ne plus verser à la caisse. Trois mois plus tard, les travailleurs paient les conséquences de la crise. Pourtant, il s’agit des retenues effectuées sur les salaires travailleurs. Qu’ont-ils fait de cet argent ?

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