Droits humains

L’Association musulmane de La Réunion condamne l’enlèvement de plus de 200 jeunes filles au Nigeria

Lettre au président de la République

Témoignages.re / 13 mai 2014

Dans un courrier adressé au chef de l’Etat, l’AMR, sous la signature de son président Houssein Amode, salue le discours du président de la République lors de la commémoration du 10 mai, et fermement « le crime que représente l’enlèvement de jeunes filles au Nigeria, vouées à être réduites à l’esclavage et ce prétendument au nom de l’islam ».

Monsieur le Président,

Nous tenons à vous remercier chaleureusement pour votre remarquable discours du 10 Mai à l’occasion de la commémoration de l’Abolition de l’Esclavage en France, qui nous a beaucoup touchés.

Nous y avons été d’autant plus sensibles que La Réunion, vieille possession française n’avait pas échappé à cette tragédie, dans une région où la Traite était particulièrement vivace et avait alimenté en main-d’oeuvre servile les îles à sucre, notamment à partir de Madagascar et plus largement de l’actuel Mozambique et de la côte orientale de l’Afrique.

A La Réunion également le Code Noir s’est appliqué dans toute sa rigueur et l’éloignement plus prononcé de notre territoire par rapport à la métropole permettait toutes les exactions, de même qu’il avait conduit à ce que l’esclavage y soit aboli plus tardivement.

Vous avez fait allusion au marronnage, expression importante de la lutte des esclaves au point de marquer durablement la toponymie de nombreux lieux, souvent inaccessibles, où ils s’étaient réfugiés pour échapper aux « chasseurs de noirs ». Mais l’île Bourbon a été aussi le théâtre de sanglantes répressions, comme cela avait été le cas lors de la révolte des esclaves à Saint-Leu en 1811, ayant fait de nombreuses victimes et entrainé des condamnations à mort.

Vous avez en toute justice, et de façon très symbolique, associé à cette célébration, Haiti, la première République noire, issue de la lutte des esclaves de Saint-Domingue pour leur liberté et leur émancipation.

Vous avez aussi souligné que le combat restait d’actualité en faisant allusion à l’attitude du Maire de Villers-Cotterêts s’agissant de l’organisation de la commémoration dans sa ville, et en rappelant que l’esclavage sous diverses formes continuait à notre époque à bafouer les droits les plus élémentaires et la liberté d’environ 25 millions de personnes dans le monde.

Suite à votre prise de position s’inscrivant dans l’attachement historique de la France au respect des valeurs et droits universels, nous tenons avec notre sensibilité propre de citoyens français de confession musulmane à exprimer notre condamnation la plus ferme du crime perpétré au Nigeria avec l’enlèvement au nom de l’Islam, dans leur établissement d’enseignement, de plus de 200 jeunes filles, vouées à être vendues comme esclaves.

En vous réitérant nos remerciements, veuillez agréer Monsieur le Président nos respectueuses salutations.


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