Droits humains

L’union entre Européens s’effrite

Accueil des réfugiés

@celinetabou / 31 août 2015

La crise grecque aura effrité l’union des pays européens, mais la crise migratoire devrait parachever la tension. Alors que la Hongrie vient d’annoncer la fin de la construction de sa barrière, les ministres français, allemand et britannique de l’Intérieur ont appelé à une nouvelle réunion, « afin préparer efficacement les décisions de celui du 8 octobre, et avancer concrètement. »

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En Hongrie, construction par les soldats d’un mur de barbelés aussi tranchants que des lames de rasoir. Face aux réfugiés toujours plus nombreux se dresse une forteresse Europe. (photo András Hajdú - IRIN)

De son côté, le président italien du Conseil Matteo Renzi a déclaré que « l’Europe doit cesser de s’émouvoir et commencer à se mouvoir ». Il s’agira selon de « dépasser (l’accord de) Dublin et d’avoir une politique d’immigration européenne, avec un droit d’asile européen ». Ce dernier veut une « unique politique européenne de l’asile, et non autant de politiques qu’il y a de pays ».

Une solution dramatique

La Hongrie vient d’annoncer l’achèvement de la pose de la clôture de fils de fer barbelés à sa frontière avec la Serbie. Selon le ministère de la Défense, cette barrière de 175 kilomètres est destinée à empêcher l’entrée des milliers de migrants. Constituée de trois spirales superposées de fils de fer barbelés, elle n’empêcherait pas les migrants de la traverser d’après l’AFP.
Cette annonce a fait réagir Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères qui juge scandaleuse l’attitude de certains pays de l’est de l’Europe, dont la Hongrie. Ce dernier s’est dit très “sévère” envers la Hongrie.
Selon lui, cet État ne « respecte pas les valeurs communes de l’Europe » en posant cette barrière. Pour lui, il faut « bien sûr » que la Hongrie démantèle ce mur et que l’Union européenne ait « une discussion sérieuse et sévère » avec les dirigeants hongrois.
En plus de cette barrière, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a décidé d’envoyer à partir du 5 septembre un renfort de 2 000 policiers, en appui des 1 000 agents déjà en poste sur la zone. Un membre du parti du gouvernement, le Fidesz, a laissé entendre la possibilité de « recourir à l’armée pour des tâches liées à la défense de la frontière et aux migrations ».
Face aux critiques, le gouvernement hongrois a rappelé que la Bulgarie, la Grèce et l’Espagne avaient également opté pour la même solution. De leurs côtés, les autorités serbes se sont dites choquées par la politique menée par Viktor Orban. Le Premier ministre serbe, Aleksandar Vucic, avait indiqué en juin que « la solution n’est pas de dresser des murs. La Serbie ne peut pas être responsable de la situation créée par les migrants, nous ne sommes qu’un pays de transit ».

Abroger les idées reçues

Interrogé par L’Obs, François Gemenne, chercheur à l’université de Liège, explique la crise migratoire à laquelle l’UE est confrontée n’est qu’une « goutte d’eau » face au 60 millions de déplacés et réfugiés comptabilisés dans le monde en 2014 par le HCR.
Pour ce dernier « l’Europe fait preuve d’égoïsme et ne prend qu’une petite part des 60 millions de personnes déplacées dans le monde », d’autant que les difficultés d’accueil ne sont pas structurelles, mais plutôt politique car l’UE « a parfaitement la capacité d’accueillir ces réfugiés ».
François Gemenne assure que « la crise est provoquée par l’Union européenne qui se refuse à coopérer et laisse des pays moins riches comme la Turquie assumer la situation ». D’autant plus que la majeure partie des réfugiés ne s’installent pas dans l’Union Européenne, mais dans les pays frontaliers de leurs pays d’origine, afin de pouvoir y retourner, une fois les conflits terminés.
Dans le cas du conflit syrien, les réfugiés se dirigent principalement vers la Jordanie, l’Irak mais surtout le Liban et la Turquie qui doivent faire face à des arrivées massives de ces réfugiés. Selon les Nations unies, près de 86 % des déplacés dans le monde seraient accueillis par des pays « en développement ».
Pour Roger Zetter, ancien directeur du Centre d’étude des réfugiés et professeur à l’université d’Oxford, la crise actuelle « n’est pas une crise migratoire », mais une crise due aux politiques de fermeture des frontières des membre de l’UE.

Une énième réunion demandée

Bernard Cazeneuve, Thomas de Maiziere et Theresa, ministres français, allemand et britannique de l’Intérieur ont demandé ce dimanche 30 août la tenue d’une réunion des ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’Union européenne dans les deux prochaines semaines, afin de faire face à la crise des migrants.
Ces derniers appellent la présidence luxembourgeoise de l’UE d’organiser un premier conseil JAI (Justice et Affaires Intérieures) pour « préparer efficacement les décisions de celui du 8 octobre, et avancer concrètement », selon l’Agence France Presse.
Les trois ministres « ont souligné la nécessité de prendre des mesures immédiates pour faire face au défi constitué par ces flux migratoires », rappelant l’urgence de mettre en place, avant la fin de l’année en Grèce et en Italie des hot spots, des centres de tri destinés à faire la distinction entre personnes pouvant relever du statut de réfugiés et migrants économiques clandestins.
Les trois ministres veulent aussi « l’établissement d’une liste des pays d’origine sûre afin de compléter le régime d’asile européen commun, protéger les réfugiés et assurer l’effectivité des retours des migrants illégaux dans leurs pays de provenance ».


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