Droits humains

L’urgence d’abolir le ‘’visa Balladur’’

Pour en finir avec la colonisation de l’océan Indien

Témoignages.re / 28 février 2015

Sous le titre ‘’Visa Balladur : le silence est-il un oubli ?’’ la revue ‘’Africultures’’ vient de publier un article très important à l’occasion de la 10e Semaine anticoloniale et antiraciste et de sa journée Décolonisons ! (1er mars 2015). Dans cet article, Claire Diao revient sur les 20 ans du "visa Balladur", un visa pour entrer sur l’île de Mayotte, instauré en 1995 par le Premier ministre français Édouard Balladur, qui bouleverse depuis la circulation des habitants de l’Archipel des Comores. Cet article nous concerne en tant que Réunionnais, solidaires de nos frères et sœurs Comoriens, victimes comme nous-mêmes du système néo-colonial mis en place par l’État français depuis près de 70 ans dans notre région. En voici quelques extraits, avec des inter-titres de ‘’Témoignages’’.

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Depuis vingt ans, dans le Canal du Mozambique, quatre îles vivent un drame humain dont peu de gens semblent informés. (photo ‘’Africultures’’)

S’il n’existe pas d’informations précises sur le nombre de noyés dans les quatre îles des Comores depuis l’instauration du visa Balladur (entre 10 et 30.000 selon les sources), 15.908 personnes auraient été expulsées du territoire mahorais (dont environ 4.000 enfants) en 2013. Autour de ce phénomène, pourtant, un silence assourdissant.

Depuis vingt ans, dans le Canal du Mozambique, quatre îles vivent un drame humain dont peu de gens semblent informés. A Mayotte, subsiste un fait de société que peu de médias relaient : le décès massif et régulier de milliers de personnes dans l’Archipel, s’échouant à bord de kwassa-kwassa, ces barques traditionnelles toujours utilisées par les pêcheurs qui sont aussi le moyen de transport de personnes résidant dans l’Union des Comores allant vers le territoire de Mayotte. Et ce, dans la clandestinité, du fait de l’instauration en 1995 d’un visa d’entrée (communément appelé "visa Balladur") qui limite l’accès des Comoriens de l’État de l’Union des Comores à l’île de Mayotte.

Un territoire illégalement occupé

Ces conséquences pourtant décriées par le Comité Maoré, créé en 2005 : "Depuis, par une véritable militarisation du contrôle des frontières — navires armés, radars, hélicoptères, etc… —, Mayotte est érigée en forteresse hostile à la plupart des personnes cherchant à la rejoindre : comorien(ne)s mais aussi malgaches ou exilé(e)s originaires des pays de l’Afrique des grands lacs. Ce dispositif n’a pas stoppé les déplacements ou les retours consécutifs à une expulsion vers Mayotte, mais a eu pour conséquence directe la mort en mer de milliers de personnes".

En 2011, Mayotte devient "officiellement" département français, alors que, dans la Constitution de l’Union des Comores, les quatre îles forment une République et que, dans le droit international, l’île demeure un territoire illégalement occupé. Pierre Caminade, questionne : "On n’a jamais entendu sur les ondes nationales françaises dire que Mayotte a le statut de territoire occupé illégalement par la France. Au mieux on évoque un conflit mais on ne parle pas de la nature de ce conflit, encore moins des condamnations internationales qui ont surtout émané des Nations Unies".

‘’De la pure lâcheté politique"

Or l’Assemblée Générale des Nations Unies a condamné à plusieurs reprises l’action de la France aux Comores. Tout comme l’Union Africaine qui avait, en 2011, lors de sa dix-huitième session ordinaire, demandé à "la France d’abroger le visa Balladur, source de milliers de morts et de disparus".

Outre les intérêts militaires et géopolitiques d’un emplacement français dans l’océan Indien, de la situation politique complexe de cet archipel qui a essuyé nombre coups d’État et hébergé le mercenaire Bob Dénard, la position de la France dans cet archipel du Canal du Mozambique est à la fois complexe et surtout dissimulée.

"Ce visa doit être abrogé et peut l’être du jour au lendemain, affirme Pierre Caminade. Cela sera-t-il fait ? Continuerons-nous dans la politique du pire ou aurons-nous un peu plus de cohérence ? Nous sommes dans une cruauté et une absurdité totale. Dans l’aveuglement idéologique. Ne pas pouvoir assumer auprès de l’opinion publique française une libre circulation en Outre-Mer, c’est de la pure lâcheté politique".


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