Droits humains

La fin de l’aide alimentaire ?

Alors que des centaines de milliards sont trouvés pour les banques

Céline Tabou / 22 septembre 2011

À La Réunion, 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté et peut un jour avoir besoin des aides alimentaires fournies par les associations. Hier, la réunion des ministres de l’Agriculture à Bruxelles a mis en avant des désaccords sur la pérennisation des aides alimentaires aux plus démunis.

Le Programme européen d’aide alimentaire aux associations caritatives comme les Restos du Cœur ou le Secours populaire pourrait diminuer de 367 millions d’euros, passant de 480 millions cette année à 113 millions d’euros en 2012. Face à cette possibilité, le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, a déclaré avec ironie qu’il était « faux de dire que l’Europe veut affamer les pauvres ». « Six États se cachent derrière des arguments juridiques pour arrêter ce programme qui a vingt-cinq ans d’âge et concerne 18 millions de citoyens », a-t-il regretté.

La politique au détriment de la solidarité

Les États membres de l’Union européenne n’ont pas pu s’arranger sur le montant de l’aide alimentaire pour 2012. Mené par l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et la République tchèque, un groupe s’oppose au maintien du budget du Programme d’aide alimentaire aux plus démunis (PEAD) tirée des fonds agricoles. Devant l’impossibilité des pays membres de l’UE à faire changer d’avis cette minorité de blocage, la décision a été reportée au prochain Sommet européen, le 19 octobre.

Vingt pays membres sur 29 bénéficient du PEAD, mais pas l’Allemagne, qui a, en avril, saisi la Cour de justice, voulant limiter l’aide au seul écoulement des stocks, et proscrire tout achat. Cette requête a été approuvée par la Cour de justice, ce qui diminuerait, pour la France par exemple, l’aide de 57 millions d’euros, soit 130 millions de repas en moins !

Les associations inquiètes

Lundi 19 septembre, les Restos du Cœur, le Secours populaire, la Croix-Rouge et la Fédération française des banques alimentaires ont averti lors d’une conférence de presse commune que la baisse drastique des fonds européens consacrés aux plus démunis risquait de provoquer un « tsunami alimentaire » dans des pays de l’Union européenne.

« Nous n’avons pas de baguette magique : si le budget du PEAD diminue de 80%, ce sera 20 millions de repas en moins pour les plus démunis », a déploré dans le journal “Libération” Olivier Berthe, président des Restos du Cœur. Ce dernier a indiqué que « Nous sommes face à une situation inédite. (...) Alors qu’il n’y a jamais eu autant de demandes, il n’y a jamais eu autant de menaces sur notre action. En vingt-cinq ans que le programme existe, c’est la première fois que nos quatre associations se réunissent pour pousser un cri d’alerte. Si demain une décision n’est pas prise (...), il y aura une crise humanitaire, une crise alimentaire dans ce pays ».

De son côté, Alain Seugé, président de la Fédération française des banques alimentaires, a décidé de « continuer les actions de pression auprès des pouvoirs publics. Mais la décision appartient désormais aux responsables politiques : on compte sur notre ministre pour faire bouger les choses ».

Céline Tabou


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