Droits humains

La Garde des Sceaux traitée de « guenon »

Racisme en France

Céline Tabou / 31 octobre 2013

Violemment insultée depuis les manifestations contre le « Mariage pour tous », Christiane Taubira, ministre de la justice, a de nouveau été injuriée lors d’une visite à Angers. Des insultes condamnées par la ministre qui a rappelé que « le racisme est un délit ».

Une fille de 10 ans, sous les yeux de ses parents a ainsi déclaré : « C’est pour qui la banane ? C’est pour la guenon ! ». Propos rapportés par un journaliste du Courrier de l’Ouest, qui écrit avoir vu une fillette lancer cette insulte. Un contexte délétère accentué par les comparaisons faites dernièrement par Anne-Sophie Leclere, candidate du Front national aux municipales à Rethel, une commune des Ardennes.

Des injures impunies

La candidate du FN avait publié sur un réseau social un photomontage comparant la Garde des Sceaux à un singe. Ajoutant sur une chaine télévisée, que Christiane Taubira serait mieux « accrochée aux branches que dans le gouvernement ». Bien qu’excluant cette candidate, le Front National n’aura eu comme réponse que d’attaquer en justice Christiane Taubira pour sa réponse faite à Anne-Sophie Leclere : «  Cette personne connaît comme nous tous (...) la pensée mortifère et meurtrière de ce parti, le Front national a une pensée mortifère et meurtrière  », avait déclaré la ministre.

Pour la ministre de la Justice, «  ce qui me paraît extrêmement grave, c’est qu’il y a des personnes, de plus en plus, qui s’affranchissent des obligations dans un État de droit, à savoir de respecter la loi, qui s’exonèrent de ce respect de la loi et qui profèrent des insultes, des injures, des menaces  ». Ajoutant, «  ça me paraît extrêmement inquiétant pour la société, pour les personnes qui sont vulnérables, qui risquent, elles, d’être exposées à ces comportements et parfois à des passages à l’acte en terme d’agressions  ».

Peu de réactions

Silencieuse, la classe politique et intellectuelle n’a pas réagit promptement face aux insultes visant une ministre. Toutefois, lassé par ces injures répétitives, le parti socialiste, par la voix de son premier secrétaire Harlem Désir, a décidé de poursuivre en justice les parents de la jeune fille. De son côté, le député socialiste, Jean Glavany (Hautes-Pyrénées), a dénoncé les actes et propos racistes, ajoutant que «  quand on mène des enfants à de tels actes, c’est la République qu’on assassine. Nous élus de la République, quand on entend cela, nous ne pouvons pas nous taire, nous devons crier notre honte et notre révolte ».

Cette intervention a suscité des applaudissements sur les bancs de gauche laissant la droite « de marbre, sans signe d’approbation ou de désapprobation » , note le quotidien Libération. A droite, l’eurodéputé Rachida Dati s’est dite choquée « par les attaques que subit Christiane Taubira sur sa personne, sur son origine et sur ce qu’elle est (...) c’est ce que j’essaie de combattre » .

En réaction à l’intervention de Jean Glavany, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a jugé qu’il y avait « trop de victimes » du racisme : « Trop de nos concitoyens, même si c’est aujourd’hui une minorité, sont victimes de racisme, d’antisémitisme, ou de condamnations de leur religion quelle qu’elle soit, ou de la couleur de leur peau, l’origine de leur quartier » .

Céline Tabou


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