Droits humains

La manif dévoyée

L’opposition au mariage pour tous : le retour du "peuple de droite"

Témoignages.re / 21 janvier 2013

Vous l’ignoriez ? La Droite vous ouvre les yeux : la manif du 13 janvier "contre le mariage homo", c’était une manif pour rassembler, réveiller la droite après ses défaites de mai et juin, jubilant, célèbre « le grand retour du peuple de droite ».

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Pour "Valeurs actuelles", les choses sont claires. La manifestation contre le mariage pour tous, c’est un moyen de rassembler l’opposition au gouvernement : 5.000 élus de la droite française dans la manif, du jamais vu depuis plus de 20 ans.

"Valeurs actuelles", jubilant, célèbre « le grand retour du peuple de droite ». Et pour ceux qui penseraient qu’il s’agit d’une facilité de titrage, "Valeurs Actuelles" précise son analyse : « les organisateurs de la manifestation n’ont, fort logiquement, cessé de le répéter : le cortège était “100% apolitique”. C’est pourtant bel et bien le “peuple de droite” qui s’est mobilisé. De toutes les droites. » 

"Valeurs Actuelles" insiste : « 75% des sympathisants de gauche sont favorables au mariage gay, tandis que 67% de ceux de droite y sont hostiles » et enfonce le clou : « concernant l’adoption pour les couples homos : 64% d’approbation à gauche, 73% d’hostilité à droite ». 

À droite la manif, totalement à droite analyse "Valeurs Actuelles" qui voit dans la réforme projetée : Une  « réforme du rejet, du mépris et de la haine envers les religions » (Laurent Wauquiez), contre laquelle il faut se mobiliser  « en masse » (Jean-François Copé). Cinq mille élus locaux de droite étaient présents à Paris le 13 janvier. Là encore, du jamais-vu depuis 1984.

Celles et ceux qui, sincèrement, du fait de leurs conceptions de ce que doit être un couple, une famille, se sont mêlés aux différentes manifs peuvent désormais juger de la sincérité des organisateurs de ces manifs. Le respect des convictions des manifestants semble n’avoir pas pesé bien lourd dans la conscience des organisateurs !

Aimé Habib

Dans "Valeurs actuelles"

« Le grand retour du peuple de droite »

Ils sont venus seuls, en couple, en famille. De tous âges, de toute la France. Soucieux de ne pas donner prise aux accusations de “récupération” ou d’“instrumentalisation”, les organisateurs de la manifestation n’ont, fort logiquement, cessé de le répéter : le cortège était “100% apolitique”. C’est pourtant bel et bien le “peuple de droite” qui s’est mobilisé. De toutes les droites.

Du jamais-vu depuis la grande manifestation en faveur de l’école libre de 1984. Liberté de l’enseignement pour nos enfants hier, hostilité au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels aujourd’hui : dans les deux cas, une même revendication : “Touche pas à ma famille !”

Toutes les études sur le sujet le démontrent : c’est autour de ce thème que l’opposition est la plus nette entre “les deux France”— de droite et de gauche. D’où le réveil, avec le projet de “mariage pour tous”, d’un clivage que beaucoup, à tort, pensaient dépassé. Selon un sondage CSA-RTL réalisé trois jours avant la manifestation, 75% des sympathisants de gauche sont favorables au mariage gay, tandis que 67% de ceux de droite y sont hostiles. Un jugement quasiment inversé.

La césure est la même concernant l’adoption pour les couples homos : 64% d’approbation à gauche, 73% d’hostilité à droite. Un écart considérable qui s’explique notamment selon Jérôme Sainte-Marie, directeur de l’institut CSA, par la « superposition des opinions très tranchées des différentes composantes de chaque camp : les plus jeunes et les moins religieux, constituant le cœur de l’électorat de gauche, sont les plus favorables au “mariage et à l’adoption pour tous” ; inversement, les retraités et les catholiques pratiquants, ossature de l’électorat de droite, y sont les plus opposés. Plus on est ancré à gauche, plus on est pour ; plus on est ancré à droite plus on est contre ».

Le fossé sur ces questions entre France de gauche et France de droite se vérifie aussi au niveau de ses représentants. (…)

Pour autant, les opinions sont au moins aussi tranchées du côté des responsables politiques que de leurs électeurs. Hormis l’ancienne ministre socialiste de Mitterrand Georgina Dufoix, pas une seule personnalité de gauche n’a défilé le 13 janvier, la plupart appelant, au contraire, à descendre dans la rue le 27, jour de la manifestation de soutien au projet de “mariage pour tous”. À laquelle aucun élu de droite n’a appelé à participer (…)

Les centaines de milliers de personnes défilant dimanche dernier à Paris ? « Une croisade de la droite française […] pour moins d’égalité et moins de libertés individuelles » , a résumé l’eurodéputé PS chargé de l’égalité des genres ( sic ), Marc Tarabella. Pas question de laisser l’initiative au camp d’en face, prévient de son côté le numéro deux du PS, Guillaume Bachelay : « Dans cette bataille, a-t-il admonesté ses troupes, nous ne devons pas être spectateurs mais acteurs ! » Mêmes propos tranchés à droite. Le projet du gouvernement ? Une « réforme du rejet, du mépris et de la haine envers les religions » (Laurent Wauquiez), contre laquelle il faut se mobiliser « en masse » (Jean-François Copé). Cinq mille élus locaux de droite étaient présents à Paris le 13 janvier. Là encore, du jamais-vu depuis 1984.

« Nous assistons à un retour des clivages comme nous ne l’avions pas connu depuis les années 1980, décrypte Jérôme Sainte-Marie. Sur les questions économiques, par exemple, nous n’avons plus aujourd’hui de ligne de fracture “pronationalisations contre proprivatisations” : les positions des électeurs et responsables politiques de droite et de gauche se rejoignent peu ou prou autour d’une économie de marché tempérée. De même, globalement, sur les questions de sécurité, où la gauche a évolué. À l’inverse, le mariage homosexuel cristallise les affrontements idéologiques. »

(…)

Simple opportunisme tactique destiné à remobiliser son électorat au sortir de la guerre Copé-Fillon et à “cliver” avec la gauche ? Même s’il reconnaît, lui aussi, que « la droite, dans un premier temps, a eu peur des médias, qui se sont érigés en nouveaux censeurs » , le député UMP Philippe Meunier, membre de l’Entente parlementaire pour la famille, autre pionnière du combat anti-“mariage pour tous”, se dit convaincu de la « sincérité » de son camp : « C’est la gauche, dit-il, qui ne cesse de “cliver” par ses provocations afin de faire oublier son bilan désastreux en matière de chômage. »

Selon lui, « la participation massive de nos élus à la manifestation du 13 janvier, comme les propos sans ambiguïté tenus tant par les copéistes que par les fillonistes le démontrent : l’UMP est entrée dans un bras de fer sur le fond, et non sur la forme, avec la gauche. Depuis son élection, Hollande et sa majorité n’ont eu qu’un seul objectif : s’attaquer aux fondements de notre société. C’est vrai pour la famille, à travers le mariage homosexuel. Mais c’est vrai aussi pour notre identité avec le projet de droit de vote pour les immigrés ; vrai, encore, pour la valeur travail avec l’imposition de 75% des plus hauts revenus ; vrai, enfin, en matière d’ordre public avec les déclarations procannabis de Vincent Peillon ou la politique pénale exclusivement favorable aux détenus de Christiane Taubira »

Avec le retour — enfin ! — du thème de la famille, la droite détient sans doute l’une des clés de son devenir. « La défense de la famille, qui est une revendication sous-utilisée, est une ressource pour la droite, notamment en période de crise, où elle apparaît comme une instance protectrice, affirme Jérôme Sainte-Marie. Mais encore faut-il que la droite parvienne à définir ce que signifie vraiment pour elle la famille, une structure qui a profondément évolué, et comment elle entend concrètement la défendre. » S’opposer au mariage homosexuel, y compris en réclamant un référendum, cela ne suffira pas.


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