Droits humains

La Réunion fait partie de la solution à la crise à Mayotte

Conférence de presse Paul Vergès

Manuel Marchal / 31 mai 2016

Paul Vergès a déploré le silence et l’absence d’initiatives des élus de La Réunion et de la COI face aux violations des droits humains à Mayotte. Il a souligné que notre île sera concernée par les effets de l’importante croissance démographique du 2e département français de l’océan Indien : « quand obligatoirement les Mahorais viendront ici, seront-ils traités d’ « étrangers » » ?

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Scènes de guerre civile à Mayotte avec des habitants poussés à quitter leur foyer. (Image Mayotte Première)

Paul Vergès est tout d’abord revenu sur les faits très graves survenus dans l’île de Mayotte. Plus d’un millier de personnes ont été surprises dans leur domicile la nuit, leurs maisons et leurs biens brûlés. Elles ont été regroupées sur la place de la République à Mamoudzou et maintenues sous la garde de la police. Cela dure depuis plusieurs jours dans un département français.

« Imaginez si cela se passait dans un département en France continentale, le scandale serait international », souligne le sénateur, « à Mayotte cela dure sans que les autorités interviennent »

La responsabilité du gouvernement est engagée. Et c’est un département voisin du nôtre. Paul Vergès est frappé que pendant ces jours de violation des droits humains, le silence fut total à La Réunion. « Le monde politique s’est tu, cela aura des conséquences pendant longtemps. Ceux qui ont été expulsés s’en souviendront ». Il salue l’action d’un collectif d’organisations qui ont fait entendre leur réprobation.

La COI gravement fragilisée

Paul Vergès estime que les répercussions pour l’avenir seront catastrophiques. Tout d’abord au niveau de la Commission de l’océan Indien dont la France fait partie au nom de La Réunion. La COI regroupe aussi Maurice, Seychelles, Comores et Madagascar. Elle n’a rien dit pendant que l’on violait les droits de milliers de personnes. « La mémoire populaire s’en souviendra ».

« Se pose alors la question de l’utilité de la COI. Dans cet état de crise, la COI n’a pas fonctionné. Pas une seule réunion à l’initiative de la COI ou d’un de ses membres ». Ce qui fait dire à Paul Vergès qu’il n’a jamais connu une crise qui fragilise aussi gravement la COI en tant qu’institution.

Les répercussions seront aussi à La Réunion. « Au-delà de ce scandale immédiat, c’est un retournement de la situation ». Et de rappeler que Mayotte a moins de 400 kilomètres carrés. C’est une superficie six fois plus faible que La Réunion. Les statistiques démographiques montrent qu’en 1950, Mayotte avait 50.000 habitants. En 2011, elle en a 210 000. À densité égale, il y aurait déjà 1,5 million d’habitants à La Réunion. Mayotte comptera 500 000 habitants en 2050, et 752 000 en 2100. C’est comme si à la fin du siècle, 4,5 millions de personnes vivaient à La Réunion.

Inévitable émigration des Mahorais

Une population si nombreuse sur un territoire aussi étroit favorisera l’émigration, et donc « très rapidement, les Mahorais devront trouver une solution à leur transition démographique. Le seul endroit où ils peuvent se déplacer sans visa est un département français, le plus proche est La Réunion. Quand obligatoirement les Mahorais viendront ici, seront-ils traités d’ « étrangers » » ? « C’est l’avenir immédiat qui se dessine aujourd’hui », car « demain, les conséquences de cette transition démographique se répercuteront à La Réunion ».

Beaucoup de questions se posent alors sur le silence des élus réunionnais sur ce dossier. Pourquoi le monde politique de La Réunion refuse-t-il de voir ces chiffres ? La Réunion fait partie de la COI, pourquoi le Conseil régional et le Conseil départemental se taisent ? Pourquoi ne pas prendre d’initiatives alors que l’on est concerné directement ? Car les Mahorais sont des citoyens français, on ne peut pas leur dire qu’ils se débrouillent avec les Anjouanais.

« Il y a une complicité entre l’État à Paris, les autorités de l’État qui laissent faire à Mayotte et les politiques de La Réunion qui se taisent », affirme le sénateur.

Et de rappeler un autre drame qui se joue entre Anjouan et Mayotte, avec les naufrages de kwassa-kwassa sur lesquels embarquent des candidats au voyage à cause du visa imposé pour entrer à Mayotte. C’est une tragédie aussi grave que celle des réfugiés qui traversent la Méditerranée sur de fragiles embarcations.

« Quand on a décidé de faire un département, il fallait prendre des mesures pour des conséquences positives et que cela ne débouche pas sur un drame », conclut-il.

M.M.


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