Droits humains

« La tèr Chagos pou Chagossiens ! »

Olivier Bancoult vendredi soir au Port : « On ne cédera jamais »

Alain Dreneau / 16 mai 2011

« Tout peuple a le droit de vivre dans son pays. C’est un droit fondamental donné à tout le monde. On ne cédera jamais ». C’est avec la force sereine qu’on lui connaît que le leader du Groupe réfugiés chagos (GRC), Olivier Bancoult, a délivré son message de lutte et d’espoir, lors d’une conférence donnée au Port vendredi soir. Avec un infini courage, le peuple chagossien continue en effet sa lutte, en criant à la face du monde sa révolte face à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, deux grandes puissances qui lui font subir la pire des injustices depuis près d’un demi-siècle (1).

La volonté inflexible de retourner vivre sur leurs îles est ancrée au cœur des Chagossiens, comme l’exprimait encore il y a quelques jours la dame centenaire honorée à Port-Louis : « Moi je veux retourner pour vivre et mourir sur la terre natale » . A écouter Olivier Bancoult, lui-même arraché à son île de Peros Banhos à l’âge de 4 ans, on mesure le caractère toujours à vif de la blessure, le sentiment toujours brûlant de l’injustice : « Imagine-t-on d’empêcher les Britanniques de vivre en Grande-Bretagne(2) ? Imagine-t-on d’empêcher la reine d’Angleterre (3) de vivre en son palais de Buckingham ? » . Un optimisme historique, empreint de réalisme, se dégage de son pouvoir de conviction : « On luttera, on persévérera jusqu’à ce que la justice soit faite » . Dans ce combat, la référence à l’action menée par le mahatma Gandhi, face à la domination coloniale britannique en Inde, vient donner toute sa dimension politique à la cause chagossienne. Il y va fondamentalement de la résistance à un ordre mondial où la loi du plus fort ne peut être éternelle.

Bientôt la Cour européenne des droits de l’homme ?

Après la décision finale, en 2008, des tribunaux britanniques de dénier le droit au retour des Chagossiens, ceux-ci ont porté leur revendication devant la Cour européenne des droits de l’homme, attaquant la Grande-Bretagne pour violation de ces droits. Si le dossier a été reconnu comme recevable par la Cour, la date de son examen n’est toujours pas fixée. Olivier Bancoult, s’il ne tait pas son impatience, dit « attendre avec confiance » la décision de la Cour de Strasbourg.

C’est pour tenter d’esquiver les risques très lourds de condamnation par la Cour européenne des droits de l’homme que le gouvernement britannique fait tout pour brouiller les cartes. L’idée du Parc Marin a alors surgi de l’esprit anxieux de leur stratèges pour -comme l’ont mis en pleine lumière les documents révélés par Weakileaks en décembre 2010- imposer sous couvert d’une prétendue entreprise environnementale l’exclusion à jamais des Chagossiens.

Un “Parc Marin” arme de guerre contre les Chagossiens

Olivier Bancoult a parlé longuement de ce “Parc Marin” qui prétendrait protéger la flore et la faune, « en oubliant qu’on ne peut compartimenter l’océan » et que la surpuissante base militaire de Diego Garcia constitue un danger de pollution permanent pour la zone. Il ajoute : « Les premiers garants du respect de l’environnement de nos îles, ce sont les Chagossiens eux-mêmes, qui ont vécu là depuis des générations » .

Mais la ruse et l’hypocrisie britanniques commencent à susciter, en Grande-Bretagne même, des contestations de plus en fortes provenant de milieux scientifiques, écologistes, journalistiques… La semaine prochaine une Conférence internationale se tiendra à Londres pour analyser les tenants et les aboutissants de ce Parc Marin qui serait le seul “espace protégé” au monde à en exclure radicalement les humains autochtones ! Olivier Bancoult , invité à cette conférence, trouvera là une nouvelle tribune pour y affirmer avec force le “point de vue des Chagossiens”.

Crime contre l’humanité

L’heure pour Olivier Bancoult et ses compatriotes est d’ailleurs aujourd’hui à l’offensive. Pour aller plus loin dans leur combat, ils ont un raisonnement simple et imparable. « Nous avons été victimes d’une déportation systématique et radicale entre 1965 et 1973. Or la déportation d’un peuple est un crime contre l’humanité. La Grande-Bretagne a commis un crime contre l’humanité. Les Chagossiens sont donc fondés à aller devant la Cour criminelle internationale » . L’argumentaire de la plainte est actuellement étudiée par des conseillers juridiques du G.R.C.

Offensive également sur le plan d’actions envisagées pour alerter toujours plus l’opinion internationale, afin de démasquer et faire condamner ces puissances qui se présentent comme les champions des droits de l’homme. Le cercle international des soutiens à la cause chagossienne s’agrandit, à l’exemple du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz (4), qui vient de répondre positivement pour sensibiliser l’opinion de son pays sur le drame chagossien.

La conférence d’Olivier Bancoult s’est prolongée assez tard dans la soirée, vu le nombre des questions qui lui ont été posées, à lui et à son accompagnatrice, Pooja Bisnauthsing, conseillère juridique (5). La conclusion fut à la hauteur de la rencontre, impressionnante de détermination : « Est-ce que vouloir rentrer sur sa terre natale constitue un crime ? Si oui, il va falloir que le gouvernement britannique le dise à la face du monde. S’il faut mourir ensemble, nous sommes prêts ».

Alain Dreneau

(1) Voir l’éditorial du “Témoignages” des 14-15 mai 2011 “Gravez mon nom sur cette terre. Qu’au paradis, je puisse m’en souvenir”.
(2) Depuis 2002, les Chagossiens ont la nationalité britannique à part entière. L’interdiction d’accès à leur pays natal des Chagos ajoute désormais l’absurde à l’injustice.
(3) C’est par un “Ordre du conseil privé de la Reine” (promulgué en 2004, confirmé en dernière instance en 2008) que les Chagossiens furent interdits de retour dans leur archipel.
(4) Joseph Stiglitz : conseiller économique du président Clinton (1995-97), vice-président de la Banque mondiale (1997-2000).
(5) Au début de la rencontre, un court métrage fut projeté. Réalisé par le journaliste Emmanuel Dinh, c’est le témoignage très émouvant de Lisette Talate, une des femmes ayant impulsé voici plus de 30 ans la lutte des Chagossiens.


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