Droits humains

La violence d’une société inégalitaire en Inde

Le viol et le meurtre d’une étudiante à New-Dehli

Céline Tabou / 2 janvier 2013

Chômage, pauvreté et criminalité sont ancrés dans le pays de Gandhi, alors que l’Inde est devenue la troisième puissance économique d’Asie. La croissance du pays n’aura pas profité à tout le monde, l’écart entre les riches et les pauvres ne cesse de s’aggraver et les tensions sexuelles et religieuses lui emboîtent le pas.

Un indien sur trois vit en dessous du seuil de pauvreté, les tensions religieuses sont extrêmes, notamment entre hindous et chrétiens, et les violences faites aux femmes ne cessent de s’accroître. Cette violence quotidienne a atteint son paroxysme quand une jeune femme est violée puis battue à mort dans un bus.

C’est le symbole d’une société malade, car la croissance économique de l’Inde n’aura pas permis d’évolution sociale, culturelle et identitaire. Les différences entre les castes persistent, la condition de la femme est bafouée et les Droits de l’Homme mis de côté par les autorités... De nombreux cas montrent que le développement économique n’aura pas fait évoluer la société, mais creusé les différences.

Moins de pauvres, plus d’inégalités

Près de 30% de la population indienne vit sous le seuil de pauvreté, selon les données contestées du gouvernement. La Commission au plan, qui a calculé le niveau de pauvreté en utilisant une nouvelle méthode fondée sur les dépenses des ménages, soit 0,53 dollar par jour, a estimé que 29,8% de la population était considérée comme pauvre en 2009-2010, contre 37,2% en 2004-2005. Les chiffres ne prennent pas en compte le seuil international de 1 dollar, car celui-ci pourrait mettre en évidence une situation bien plus catastrophique.

Alors que le nombre de millionnaires en Inde progresse chaque année, la pauvreté s’intensifie, si bien qu’une marche des pauvres a été organisée en octobre 2012 pour dénoncer la mise à l’écart du développement économique des “sans-terre”, des conditions de vie et de travail de plus en plus détériorées. A cette occasion, 2.000 organisations indiennes ont soutenu cette marche, qui a été inspirée de la “Marche du sel” organisée par Gandhi en 1930. Des millions d’Indiens vivent actuellement sous le seuil de pauvreté, et 73% de la population, qui vit grâce à l’agriculture, ne peut plus supporter d’être privée de terres du jour au lendemain, à chaque fois que l’État veut implanter des sites industriels.

A cela s’ajoute la crise économique et financière internationale qui n’a pas épargné les travailleurs indiens, qui ont été licenciés en masse depuis deux ans. L’économie indienne a enregistré une croissance de près de 9% pendant plusieurs années, et connaît aujourd’hui une croissance de près de 6% par an. L’économie devrait redémarrer, selon les experts, car l’entrée d’investissements étrangers, notamment agroalimentaires, pourrait ouvrir le marché indien aux capitaux étrangers. Cependant, les petits commerces indiens, qui font vivre 200 millions de personnes, sont menacés par l’arrivée de supermarchés destinés à la classe moyenne. En dépit d’un développement économique important, les inégalités ont persisté et se sont accentuées auprès des pauvres, bien que le nombre des plus pauvres ait diminué.

New Delhi, « capitale du viol »

Le 16 décembre, une étudiante de vingt-trois ans a été violée à plusieurs reprises et agressée sexuellement avec une barre de fer rouillée par six hommes dans un autobus. Le chauffeur de bus, complice, n’est pas intervenu et la présence du compagnon de la jeune femme n’a pas empêché ce crime. Cette dernière est décédée samedi 29 décembre, à l’hôpital Mount-Elizabeth de Singapour, intensifiant la vague d’indignation qui s’était soulevée au lendemain de la nouvelle. Pour l’heure, les six agresseurs présumés ont été placés en détention, et la peine de mort a été mainte fois demandée par les manifestants, bien que la peine la plus lourde soit la prison à vie. Le Premier ministre Manmohan Singh s’est engagé à alourdir les peines prévues pour les auteurs de crimes sexuels.

Près de 256.329 viols ont été commis en 2011, soit deux viols par heure en Inde, tandis qu’à New Delhi, il s’agit d’un viol toutes les dix-huit heures, selon les statistiques officielles qui ne prennent pas en compte de nombreuses affaires. Le viol de cette jeune étudiante en Médecine a entraîné des jours de manifestations contre l’impunité des violeurs et la complicité des policiers. Parmi les raisons de cette contestation, l’absence de volonté politique de réformer le pays, l’incapacité des dirigeants politiques de faire appliquer la loi ou de porter la voix des victimes, la corruption, les inégalités sociales et religieuses, tant de raisons pour que la nouvelle classe moyenne se rebelle.

L’Inde est classée à la 114ème place sur les 128 pays, selon le rapport du Forum économique mondial de 2007 sur l’écart entre les sexes. En 2008, la molestation par 70 hommes de deux jeunes filles à Bombay a mis en avant le malaise social de l’Inde. Médias et experts se sont penchés sur la question et ont expliqué que le harcèlement (regard, attouchement et autres actes quotidiens) et la violence envers les femmes dans les grandes villes seraient dus au refus des hommes de tous les milieux sociaux d’accepter le nouveau statut des femmes. Face à l’aggravation de la situation et des tensions qui persistent, suite à cette énième agression, le gouvernement a mis en place deux commissions, dirigées par des magistrats à la retraite afin de formuler des propositions en ce sens. « Il devrait y avoir dans cette nouvelle année une révision de toutes les lois relatives aux crimes contre les femmes. Nous avons demandé au gouvernement une réunion spéciale du Parlement pour discuter de cette question », a déclaré Sushma Swaraj, haut responsable du parti Bharatiya Janata (BJP).

Céline Tabou


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