Droits humains

Le collectif dénonce le silence inquiétant des autorités

“Non au racisme, respekt a nou”

Témoignages.re / 8 juillet 2010

Pour le Collectif “Non au racisme, respekt a nou”, le professeur qui a proféré des propos racistes ne doit plus enseigner, et dénonce l’absence de réaction des autorités compétentes. Un silence qui contribue à banaliser le racisme.

Le Collectif “Non au racisme, respekt a nou” ne lâche rien. Après la plainte déposée au tribunal de Champ-Fleuri le 21 juin, le collectif demande une sanction disciplinaire contre l’enseignant qui a déclaré : « Je suis blanc et, de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p... et c’est comme cela qu’il faut faire ». Des propos rapportés lors d’une audience, où le professeur comparaissait pour atteinte sexuelle.
Pour le collectif, il est clair que cet enseignant n’a plus rien à faire dans une classe. « Un professeur a pour mission d’inculquer les valeurs de la République », souligne Aline Hoarau, conseillère régionale.
Le collectif s’apprête donc à interpeler le Rectorat, mais aussi la classe politique, notamment la ministre de l’Outre-mer Marie-Luce Penchard et les associations via une lettre ouverte.
Place des Droits de l’Homme hier, le collectif a dénoncé le « silence des personnes qui se doivent d’être les garants des valeurs de la République ». Un silence inquiétant qui s’ajoute à celui de la justice, qui n’a pas sanctionné les propos racistes de ce professeur de Français.

La Réunion, une zone de non droit ?

« La Réunion est-elle une zone de non droit ? », interroge Julie Pontalba. « Le recteur de l’Académie ne peut pas rester muet, c’est comme s’il cautionnait cette affaire ».
A l’exception de la présidente du Conseil général et des élus de l’Alliance, qui ont proposé des motions au Conseil général et au Conseil régional, aucun homme ou femme politique n’a réagi, constate le collectif. « Le président de Région doit s’expliquer, son silence nous laisse dubitatifs », indique Julie Pontalba.
Qu’en est-il aussi des autres associations, comme la Ligue des Droits de l’Homme, ou encore le CRAN, les associations de parents d’élèves (à l’exception de la FCPE, qui a réagi) ?
Le collectif a du mal à comprendre ce manque de réactivité locale. Alors qu’au niveau national, le moindre propos raciste rendu public est lourdement condamné par tous.
Le Préfet Girot de Langlade, qui a déclaré « on se croirait en Afrique ici » à son arrivée dans un aéroport parisien, a été démis de ses fonctions et condamné par la justice. Et ce, malgré toutes les explications qu’il a pu fournir à la barre du tribunal.
Le ministre de l’Immigration lui-même, Brice Hortefeux, a été sanctionné par la justice pour ses récents propos à caractère raciste contre les musulmans. La classe politique de tout bord a exprimé son indignation, de même pour les associations, et les sanctions ne se sont pas faîtes attendre.

On ne peut pas banaliser le racisme

Pour Emilie Assati, le Rectorat doit tenir compte de l’opinion publique et de celle des parents. « Le racisme ne doit pas être banalisé », insiste-t-elle. Surtout dans une île qui se veut être un exemple de vivre ensemble et avec le passé qu’on lui connaît.
« Les droits des descendants d’esclaves sont bafoués », affirme Aline Hoarau. « Je suis négresse, noire et fière de l’être. Les Noirs ont impulsé l’économie des colonies françaises. On n’a pas le droit de salir cette belle noirceur par des propos discriminatoires, surtout à La Réunion, cette belle terre réunionnaise qui exalte les valeurs de tolérance, de respect ».
Pour Eric Parlier, il y a encore deux poids deux mesures à La Réunion. Un simple « gars la kour » qui aurait tenu de tels propos racistes aurait fait la Une des journaux et suscité l’indignation. Là, il a fallu qu’un collectif se crée et porte plainte. Un collectif qui ne veut pas de passe-droit en matière de racisme et compte bien rester vigilant sur ce plan.

EP


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