Droits humains

Le Comité de l’Appel de l’Ermitage remet une lettre au président de la République François Hollande

Lutte contre la grande pauvreté

Témoignages.re / 19 mars 2013

Voici le contenu du courrier remis ce jour par une délégation du Comité de l’Appel de l’Ermitage au président de la République. Une délégation du Comité a été reçue à la préfecture pour cela.



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Monsieur le Président,

Monsieur François Hollande, Président de la République Française

Saint-Paul, le 19 mars 2013

Nous vous prions de trouver ci-joint le texte adopté le 18 décembre 2012, à l’Ermitage, Saint Paul, relatif à l’extrême pauvreté, à La Réunion. Dans notre Département, l’inégalité de revenus mesurée par l’Insee est le double de celle observée en France. Nous y voyons des raisons historiques.

En effet, le 20 décembre 1848, la France a aboli l’esclavage sur l’île de La Réunion. Les propriétaires d’esclaves ont obtenu des indemnités compensatrices, tout en gardant toutes leurs propriétés. Les esclaves n’ont rien eu. Sans argent, sans toit, sans terre, les nouveaux libres étaient obligés de fuir dans les montagnes ou de retourner se mettre au service des maîtres.

Du fait de cette discrimination, sur cette terre réputée libre est apparue une société réunionnaise extrêmement inégalitaire constituée majoritairement de 60 000 esclaves qui avaient obtenu le droit d’être libres mais étaient totalement démunis ; En face, la classe des possédants avaient tous les avantages : économique, scolaire, religieux et politique.

De générations en générations, les uns vivaient de l’héritage matériel et de la considération pendant que la majorité de la population était dans le dénuement et la frustration.

Un siècle plus tard, la loi du 19 mars 1946 devait remédier à ces inégalités et injustices, en abolissant le statut Colonial et en le remplaçant par le statut Départemental. La loi d’Egalité de 1946 avait prévu d’étendre à La Réunion les lois sociales en vigueur en France, au plus tard, le 1er janvier 1947. Il aura fallu un demi siècle de lutte politique pour l’obtenir.

Durant cette perte de temps, la situation économique et sociale s’est terriblement dégradée, si bien, qu’aujourd’hui, 52 de la population vit sous le seuil de pauvreté et 30 est au chômage. Les associations caritatives et les CCAS sont dépassés par l’ampleur de la demande en colis alimentaires ou bons divers. Le « reste à vivre » de nombreuses personnes ne dépassent pas 5 euros par jour.

Voilà pourquoi nous sollicitons le Président de la République, garant de l’Egalité entre les Citoyens. Nous vous demandons d’examiner la faisabilité des propositions contenues dans l’Appel de l’Ermitage, en particulier la sanctuarisation d’un « reste à vivre » d’au moins 10 euros par jour, soit 300 euros mensuels, nets de toutes charges.

En terme de pouvoir d’achat, ces 300 euros représentent tout juste l’équivalent de 200 euros, selon les critères de vie chère qui permettent à l’Etat, depuis un demi siècle, d’accorder 35 de supplément de revenus à ses agents. En effet, la vie est chère pour tous, y compris les plus pauvres.

Monsieur le Président,

Nous saisissons également cet instant pour vous demander de soutenir l’initiative des Députés au Parlement Européen en faveur d’un Fonds Européen d’Aide aux plus Démunis d’un montant de 4,5 milliards pour 7 ans. Selon les associations caritatives, en Europe, en France et à La Réunion, c’est un minimum incompressible.

Vous remerciant de l’intérêt que vous porterez à notre réflexion d’abolir l’extrême pauvreté, recevez, monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération.

Courrier remis en Préfecture, ce 19 mars 2013, par une délégation représentative de l’Appel de l’Ermitage


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