Droits humains

Le propriétaire d’un LTS vit depuis dix ans dans un boukan

A Pierrefonds, suite à un incendie…

Témoignages.re / 18 mai 2012

Le quartier de Pierrefonds se compose d’anciens logements ouvriers de l’usine, de maisons confortables d’un lotissement et de logements sociaux aménagés dans les années 80-90 pour reloger les familles sortant des bidonvilles de Ti Paris et de la Saline Balance. Un quartier sympathique où on trouve quelques poches de misère et beaucoup de solidarité.

Gilbert Barbier, 55 ans, dort depuis dix ans dans un ancien parc cabris reconverti en boukan. A l’intérieur, un vieux canapé qui lui sert de lit et une étagère pour ranger les quelques effets qu’il possède. Et pourtant, l’homme, qui vit seul sans famille, est propriétaire du terrain où est posé le boukan.
Du LTS qu’il avait obtenu du temps d’Elie Hoarau lors de son “décasement” d’un bidonville, sans doute la Saline Balance, il ne reste que trois pans de murs. Il y a un peu plus de dix ans, en effet, le modeste LTS a été victime d’un incendie dans lequel Gilbert Barbier a tout perdu, y compris l’acte de propriété de son modeste bien immobilier.
Le plus triste, c’est que l’homme, qui survit avec le RSA (480 euros par mois), n’a obtenu aucune aide, aucun secours, malgré ses demandes auprès des services sociaux (CCAS, Service de l’habitat de la mairie…). Une assistante sociale lui a proposé un relogement dans un logement social, ce qu’a refusé Gilbert Barbier, qui craint d’avoir à payer un lourd loyer pour son modeste revenu qui lui permet tout juste de survivre.

Une solidarité de classe

Heureusement, dans les quartiers populaires, la solidarité reste une valeur profondément enracinée. Ainsi, pour se laver, aller aux toilettes et manger, moyennant un petit dédommagement, Gilbert n’a qu’à traverser la rue. Et la famille Merlo qui ne roule certes pas sur l’or (voir encadré) l’accueille chaque jour à bras ouverts, malgré ses propres difficultés. Comme elle le fait pour un autre homme dans le besoin et l’un de leurs enfants. « Li rant son boukan zis pou dormir », note M. Merlo.
Ce n’est pas la première fois que nous sommes témoins d’une poche de misère à Saint-Pierre. Déjà en septembre 2011, nous écrivions qu’à « quelques kilomètres des immeubles de standing du centre-ville de Saint-Pierre, un homme de 48 ans, malade, vit sous trois feuilles de tôle avec les poules et les rats. C’est au 21ème siècle dans la capitale du Sud », à La Ravine des Cabris exactement. Cela ne peut durer. A la demande d’Elie Hoarau, une association semble s’intéresser à cette poche de misère et s’apprête à actionner toutes les manettes possibles et imaginables.

Correspondant

M. et Mme Merlo

Solidaires, malgré leurs propres difficultés

La case de la famille Merlo ne respire pas la prospérité, malgré le frais et vert jardinet devant la modeste case. A l’intérieur, Mme Merlo nous montre le toit qui « koul konm in panyé persé », tout auréolé des dernières pluies.

La vie est dure pour la famille Merlo dont le revenu reste en dessous du seuil de pauvreté, malgré une très petite retraite et une allocation Assedic de fin de droits.

Et pourtant, la famille Merlo s’active à des petits métiers pour mettre un peu de cari sur le riz. On ramasse les bouteilles, on cueille et prépare les grains de l’encens (faux poivrier ou baies roses) revendus 4 euros le kilo. « Lo larzan nou gaingn la pa asé », s’excuse presque M. Merlo.

Mme Merlo, sa capeline sur la tête, raconte ses vaines démarches pour qu’on l’aide à payer sa facture d’eau qui s’élevait à plus de 200 euros. Là encore, aucune aide n’est venue des services sociaux et c’est l’un de ses fils — « li néna kat zanfan », fait remarque Mme Merlo, qui a payé la facture.

C’est d’autant plus difficile que la famille Merlo s’éreinte à payer un retard d’impôt foncier qui s’élève à près de 3.000 euros en tirant chaque mois une somme de 100 euros sur ses maigres revenus.


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