Droits humains

Le racisme menace notre société

Sept jours après l’agression contre le peuple réunionnais

Manuel Marchal / 15 juin 2010

Sept jours après les faits, les propos racistes tenus à la barre d’un tribunal restent encore impunis. Pourtant, un fonctionnaire d’État n’a pas hésité à déclarer ceci : « je suis blanc et de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p… et c’est comme cela qu’il faut faire ». Les événements qui se passent au Kighistan soulignent que de tels propos ne doivent pas être traités à la légère. Il suffit en effet de peu pour détruire la cohésion d’un pays. Une des missions de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise est justement de démontrer l’égalité des cultures, ce qui va dans le sens de l’éradication du racisme de notre terre réunionnaise.

« Je suis blanc et de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p… et c’est comme cela qu’il faut faire ». Cela fait sept jours que de tels propos insultant tous les Réunionnais ont été prononcés à la barre d’un tribunal par un fonctionnaire d’État. Sept jours plus tard, aucune condamnation officielle de la hiérarchie, et où sont les poursuites pour injures raciales ?
Une telle passivité devant une telle agression contre le peuple réunionnais n’est pas à prendre à la légère. Elle indique que 64 ans après l’abolition du régime raciste de la colonie qui avait succédé à celui de l’esclavage, les séquelles sont encore très importantes à La Réunion. Cela va jusqu’à rendre possible en 2010 la tenue de propos ouvertement racistes devant une cour de justice de la République.
De tels faits sont inquiétants, car ils démontrent que le racisme est toujours présent dans notre île. Il peut même être importé. L’Histoire récente est là pour souligner que la cohésion sociale est toujours sous la menace de replis identitaires encouragés par le racisme. Plusieurs pays, cités comme exemple en termes de société multiculturelle, ont vu leur harmonie voler en éclat sous l’effet de crises politiques ou économiques.

Précédents du Liban et de la Yougoslavie

C’est notamment le cas du Liban, une oasis de coexistence pacifique entre différentes civilisations, qui a éclaté dans les années 70. Aujourd’hui, les divisions ne sont pas refermées.
Au début des années 1990, c’était le tour de la Yougoslavie qui allait vivre ce que les média ont appelé « l’épuration ethnique ». Le point de départ, c’était le refus des régions riches de la République fédérale yougoslave de contribuer à la solidarité nationale. Cette division était encouragée par des pays qui ne voulaient pas qu’une Yougoslavie unie entre dans l’Union européenne. C’est alors que les sentiments racistes ont été exacerbés par ceux qui avaient intérêts à diviser le pays, entrainant la création de plusieurs États.
Aujourd’hui, c’est le Kirghistan qui est en train de basculer dans une guerre de ce type.
Il existe un pays où par contre, la guerre a été évitée. C’est l’Afrique du Sud. Au moment où régnait le régime raciste de l’apartheid, les dirigeants de l’ANC enfermés dans le bagne de Robben Island avait imaginé la sortie de crise : la réconciliation nationale.
Aussitôt l’apartheid aboli, le premier gouvernement élu démocratiquement allait mettre en œuvre la Commission Vérité et Réconciliation. C’est cette démarche qui a permis d’éviter les violences que certains imaginaient ponctuer la fin de l’apartheid. Malgré toutes les difficultés, le peuple sud-africain est connu dans le monde entier pour être le peuple arc-en-ciel. Et pour rendre irréversible cette cohésion, le pays s’est engagé à relever des défis. En quelques années, il a réussi à organiser la Coupe du monde de football, ce qui suppose construire des stades immenses et de nombreuses infrastructures. Ce sont des milliards qui ont été investis. Ce défi relevé renforce la fierté d’appartenir à un peuple, et donc cimente la cohésion sociale.

Maintenir la cohésion

Comme l’explique la stratégie de l’Afrique du Sud, la victoire contre le racisme ne se décrète pas. Elle suppose un retour sur son Histoire afin que tout le monde puisse se l’approprier.
À La Réunion, cela ne fait qu’à peine 60 ans que nous sommes sortis d’un régime raciste. Et il s’avère qu’il faut encore lutter quotidiennement pour que les Réunionnais ne soient pas considérés comme des inférieurs au sein de la République, voire même comme des sous-citoyens dans leur pays.
La situation est complexe car notre île est le lieu de la rencontre de plusieurs civilisations millénaires, et notre pays connaît également une aggravation de la crise très inquiétante qui favorise le délitement de notre société.
Dans ce moment difficile, une des priorités est de maintenir la cohésion afin d’éviter que notre pays plonge dans de dramatiques divisions. C’est précisément l’objectif de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. Car en rappelant la réalité de la création et de l’évolution du peuple réunionnais, la MCUR vise à enseigner l’égalité des cultures à tous les Réunionnais. Cela ne pourra que renforcer notre cohésion dans cette époque difficile, marquée par la plus grave crise économique que le monde ait jamais connu depuis celle qui a précédé la dernière guerre mondiale.

Manuel Marchal


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