Droits humains

Les enfants de la Creuse : déportation et réparation

50 ans après le début des premiers convois

Témoignages.re / 30 avril 2013

Le dernier dimanche d’avril, c’est la Journée nationale du Souvenir des victimes et héros de la déportation. De ce fait, de nombreuses cérémonies sont organisées en France et aussi à La Réunion évoquant le souvenir des souffrances et des tortures subies par les déportés dans les camps de concentration et rendant ainsi hommage au courage et à l’héroïsme de ceux et de celles qui ont été victimes.

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Un article de “Libération” du 4 juillet 2001.

A La Réunion, il y a cinquante ans débutent les premières déportations de ceux et celles qu’on appelle « les enfants de la Creuse ». Michel Debré, ancien Premier ministre, n’arrive pas à se faire élire comme député en France continentale et il devient député de la première circonscription (de Saint-Denis à Saint-André) suite à l’invalidation de l’élection de Gabriel Macé. Il est obsédé par la progression galopante de l’île. Il va appliquer alors avec la complicité de la préfecture, de l’assistance sociale, des services de la santé le principe de vase communiquant. Il y a, d’après lui, trop d’habitants à La Réunion et il en manque dans certaines régions en France, et notamment en campagne.

C’est ainsi que pendant une quinzaine d’années va s’opérer une véritable déportation de 1.600 enfants réunionnais et dans des conditions désastreuses.

En effet, on va commencer par envoyer en France les enfants relevant des pupilles de la nation. On va leur faire croire, à eux et à leurs parents (quand ils en ont encore), qu’ils vont avoir un avenir brillant, qu’ils iront à l’école, qu’ils connaîtront des conditions de vie meilleures que celles qu’ils connaissent à La Réunion… C’est ainsi que des avions ont été affrétés pour des enfants habillés tous pareils avec des valises de la même couleur et du même gabarit.

Vie de calvaire

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Dans un numéro en septembre 2001, l’hebdomadaire VSD retrace le parcours de Jean-Jacques Barbey, envoyé de force en Métropole à l’âge de 6 ans. Il retrouve sa famille 36 ans après à La Réunion.

Il faut rappeler que ces enfants vont quitter La Réunion où la température varie entre 20 et 38°C et ils seront tous confrontés dès leur arrivée au froid et certains d’entre eux voulaient retourner tout de suite dans leur île.

Après un bref séjour dans un centre d’hébergement, la répartition peut alors commencer. Certains vont être dirigés vers la Creuse et commence ainsi le récit tragique des « Enfants de la Creuse ».

Quelques éléments de la Creuse nous permettent de mieux comprendre les conditions de vie des Réunionnais qui arrivent dans cette région (voir encadré) .

L’enfant « noir » est considéré alors comme un objet de curiosité, certains les touchent pour savoir si ça « déteint ».

Beaucoup de ces enfants de la Creuse connaîtront une vie de calvaire :

- lever très tôt le matin ;

- se laver avec le contenu d’une petite bassine ;

- repas en dehors de la famille d’accueil ;

- pas ou peu d’électricité ;

- température au-dessous de 3 ou 4 degrés ;

- dormir dans la grange ;

- interdiction de sortir ;

- interdiction d’avoir des amis ou de rencontrer d’autres Réunionnais.

Reconnaissance le 10 mai ?

Beaucoup de ces enfants vont avoir des troubles psychologiques très importants, vont souvent s’évader…

Malgré parfois la compréhension de certaines familles d’accueil, malgré parfois aussi les interventions de certains assistants sociaux, il ressort que cette déportation s’est caractérisée par des souffrances atroces, des troubles importants, des changements de nom, des ruptures parentales, des mensonges.

Cinquante ans après, ne conviendrait-il pas de reconnaître officiellement qu’il y a eu déportation et que cela mérite réparation sous une forme ou sous une autre ?

Dans quelques jours, ce sera le 10 mai, et partout en France, on prononcera des discours sur l’esclavage reconnu comme crime contre l’humanité, ne serait-il pas symbolique que ce jour-là, les officiels du Conseil général, des municipalités et d’autres affirment aussi que cette déportation soit reconnue comme telle. Cette initiative pourrait clore un passé, sans bien entendu oublier.

Jean-Charles Serdagne résume bien en quelques lignes cette demande :

«  Aujourd’hui donc, je me joins à mes frères et à mes sœurs déportés comme moi, et je demande réparation pour tous les traumatismes (moraux, affectifs) à ces hommes qui se sont chargés de nous voler notre enfance, notre vie, et de la foutre en l’air » .

Jean-Max Hoarau

Le lieu d’exil des enfants de la Creuse

Voici la situation de la Creuse au moment où de jeunes Réunionnais y ont été envoyés de force :

I- Généralités démographiques

CreuseFranceLa Réunion
Moins de 20 ans 25,9% 32,2% 56,22%
20 à 65 ans 51,6% 54,3% 40,27%
Plus de 65 ans 22,5% 13,4% 3,51%
Taux d’accroissement démographiqueCreuseFrance
1954-1962 -0,8% 1%
1962-1968 -0,7% 1,1%
1962-1968CreuseFrance
Taux de natalité 1,22% 1,80%
Taux de mortalité 1,65% 1,13%
CreuseFranceLa Réunion
Agriculteurs et salariés agricoles 50,5% 14,9% 29,44%

II- Conditions sanitaires

Sanitaires intérieurs en Creuse et en France

Logement…CreuseFrance
Avec baignoire ou douche 22% 48,9%
Avec WC intérieur 27,6% 56,2%

L’eau courante en Creuse

Résidence principaleEau chaudeEau froide seulementEau dans l’immeubleEau hors de l’immeuble
Creuse 25,9% 42,5% 1,7% 29,9%

L’eau chez les agriculteurs en Creuse

Résidence principale Eau chaude Eau froide seulement
Agriculteurs 10,9% 40,6%

Chauffage central pour le département et chez les agriculteurs en Creuse

Chauffage centralDépartementAgriculteurs
Creuse 14,9% 3,4%

WC dans la résidence principale en Creuse et chez les agriculteurs

WC dans la résidence principale À l’intérieur À l’extérieur, mais uniquement pour les occupants Autres
Creuse 27,6% 26,4% 46,1%
Agriculteurs 7,3% 24,1% 68,6%

III- Les études en Creuse

Age de fin d’études en Creuse

Age de fin d’études12 ans ou moins13 ans14 ans15 ans16 ou 17 ans18 ou 19 ans20 ans
Creuse 25,9% 20,9% 28,9% 3,7% 7,5% 4,1% 2,8%

Diplôme d’enseignement général obtenu en Creuse

Diplôme d’enseignement généralCEPBEPC ou équivalentBac ou Brevet supérieurSupérieur au Bac complet
Creuse 46,1% 4,2% 2,4% 1,1%

 Source : Elise Lemai, "La déportation des Réunionnais de la Creuse" 



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Messages






  • Monsieur Hoarau,

    Merci pour la parution de votre article concernant les enfants réunionnais déportés dans les départements agricoles de France, de 1963 jusqu’en 1983.

    Moi même faisant partie de ce drame j avoue que cela fait plaisir de voir des personnes comme vous nous soutenir depuis des années.
    Nous espèrons tous qu avec la commémoration de ce cinquantenaire d exil forcé,d emprisonnement, de bannissement, nous puissions enfin tourner la page et retrouver une paix intérieure, un soulagement et "peut etre" se sentir heureux après toutes ces années de combat et de souffrances.
    Cordialement

    M.Jo

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  • je suis une enfant déporté de la creuse , ont a pris l avion avec ma mère en 64 elle avait 15 ans et moi 2 ans ,mis dans un foyer a l arrivé en creuse , ont ma arraché a ma mère ... j ai bien dit arraché ... on ne la pas prévenue , elle était a l école, a son retours je n étais plus la... elle a voulut se suicider... on ma placé dans une famille d accueille raciste , je vous passe les détailles...il y a 3 ans je suis revenu a la reunion après bien des deboirs en métropole... pour revoir ma mère et ma familles ,apprendre a se connaitre se parler...j ai retrouvé une étrangère , elle na aucun amour pour moi et je ne ferais jamais partie de ça vie , a l heure d aujourd’hui je n ai plus de maman et plus de familles, que me reste t il maintenant ??? l état va reconnaître son erreurs ??? quesque ça va nous apporter a nous les enfants de la creuse ??? on nous a voler notre enfances et notre vie...

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