Droits humains

Migrants en Méditerranée : l’Europe pressée d’agir plus efficacement pour sauver des vies

Le programme de l’UE en matière de migration est « gravement incomplet »

Témoignages.re / 17 mars 2015

L’ONU et Amnesty International mettent le doigt sur les insuffisances du programme de secours de l’Union européenne en faveur des migrants qui traversent la Méditerranée. Quid de l’après Mare Nostrum ? Peter Sutherland, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les migrations internationales et le développement, a écrit en début de semaine qu’il existe « un déséquilibre dans l’engagement et la compassion au sein de l’Union européenne ».

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Les opérations de recherche et de secours menées par Mare Nostrum ont permis de retrouver plus de 750 migrants par jour au cours de l’été 2014. (Photo Alfredo D’Amato/UNHCR)

En 2014, 278 000 migrants sont entrés illégalement dans l’Union européenne - soit trois fois presque plus que l’année précédente - d’après Frontex, l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne, mais les États membres ne sont pas parvenus à apporter une réponse collective.

A la fin de l’année 2014, Mare Nostrum, l’opération de recherche et de secours menée par l’Italie en Méditerranée, a été abandonnée après avoir permis de sauver 150 000 vies, car les autres pays de l’Union européenne n’étaient pas disposés à partager les coûts financiers de l’opération, qui s’élevaient à près de 10 millions de dollars par mois. L’Allemagne et la Suède ont, quant à elles, accueilli bien plus de demandeurs d’asile syriens que les autres États membres, et notamment la Grande-Bretagne qui n’en a accepté que 90.

Peter Sutherland, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les migrations internationales et le développement, a écrit en début de semaine qu’il existe « un déséquilibre dans l’engagement et la compassion au sein de l’Union européenne ».

M. Sutherland a dit que la rédaction d’un nouveau programme en matière de migration dans l’Union européenne était « particulièrement importante ». Il a exhorté la Commission à résister à la tentation « des solutions à court terme, faciles, et de mettre en place un plan d’action innovant et global aux niveaux national et international ».

Cependant, si l’on se fonde sur les grandes lignes - rendues publiques mercredi - des quatre principaux domaines d’action du programme sur lesquels la Commission pense se concentrer, on peut déjà constater des oublis inquiétants.

L’oubli le plus flagrant, qu’ Amnesty International n’a pas tardé à révéler, est l’absence d’un programme pour remplacer Mare Nostrum par une mission de recherche et de secours européenne.

En 2014, alors que l’opération Mare Nostrum était encore en cours, jusqu’à 3 500 migrants sont morts ou ont disparu en Méditerranée, d’après le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). En 2015, 370 personnes ayant entrepris de faire la traversée pendant l’hiver, malgré une mer difficile, sont morts ou ont disparu. L’opération Triton, menée par Frontex, a pris le relais de Mare Nostrum, mais elle n’était pas censée la remplacer et ses efforts étaient concentrés dans une zone géographique plus limitée.

« Faute de mission de recherche et de secours collective et concertée, le Programme européen en matière de migration reste gravement incomplet », a déclaré Iverna McGowan, directrice par intérim du bureau européen d’Amnesty International.

Ana Fontal du Conseil européen pour les réfugiés et les exilés (CERE) note que la Commission n’a pas encore réussi « à comprendre que les réfugiés devront continuer à faire appel à des passeurs, car ils n’ont pas d’alternative pour rejoindre l’Europe sans encombre ». « Nous avons besoin d’une plus grande volonté politique et même dans le cas de la recherche et des secours, elle n’est pas là », a dit à IRIN Mme Fontal.

Lors d’une réunion portant sur la question des migrations mixtes par voie maritime organisée par l’Organisation maritime internationale (OMI) des Nations Unies à Londres mercredi, les propriétaires de navires de commerce ont déclaré qu’ils ont encore des difficultés à faire face aux coûts financiers et sécuritaires entraînés par le déroutement d’un nombre croissant de navires pour porter assistance aux migrants en mer.

Volker Türk, Haut commissaire assistant pour les réfugiés du HCR, a pris la parole lors de cette réunion : « il est évident que le besoin le plus urgent – en Méditerranée, mais ailleurs également – est celui d’une opération de recherche et de secours internationale fiable, gérée par les États, avec un mandat humanitaire clair de sauvetage des vies humaines ».

Source IRINNEWS


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