Droits humains

Migrants : les dirigeants européens obligés d’agir

Pendant que des citoyens se mobilisent pour accueillir des réfugiés

@celinetabou / 7 septembre 2015

Alors que la crise migratoire en Europe s’enracine, l’image de la honte du jeune Aylan Kurdi échoué sur les côtes turques aura éveillé certaines consciences tandis que d’autres restent fermées à la perspective d’accueillir des réfugiés fuyant pour beaucoup leur pays en guerre.

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Réfugiés sur l’île grecque de Lesvos. (photo Louisa Gouliamaki/IRIN)

Mis à l’index par la communauté internationale et au sein même de l’Union, les dirigeants européens ont fini par céder, poussés par la sombre réalité des réfugiés. Pourtant, la cohésion de l’Union Européenne risque d’en prendre un coup.
D’ailleurs, face à l’ampleur de la crise, le pape François a lui-même appelé dimanche toutes les paroisses catholiques d’Europe à accueillir chacune une famille de réfugiés. Ce dernier a souhaité que « chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe accueille une famille », à l’occasion de la prière de l’Angélus au Vatican.

Une situation inextricable

La Hongrie a érigé une barrière à sa frontière avec la Serbie, la Macédoine a bloqué sa frontière, la Turquie est dépassée par l’afflux et des gardes-côtes grecs auraient coulé un bateau de migrants.
À La Réunion, la question devrait également se poser en cette période d’élection, alors que des centaines de Comoriens tentent d’atteindre Mayotte sur des kwassa-kwassa, qui sombrent très souvent dans l’océan.
D’ailleurs, après les appels de détresse de plusieurs milliers de personnes en Méditerranée ces dernières semaines, l’Italie, la Grèce et la Macédoine avaient alerté Bruxelles de la nécessité de sécuriser la zone, venir en aide aux migrants, de les accueillir dans l’ensemble du territoire européen et d’instaurer des solutions communes.
Cependant, malgré l’afflux, aucune action concrète n’a été mise en place sur le plan diplomatique avec les pays d’origine des réfugiés, sur les eaux pour secourir les bateaux de migrants ou encore pour instaurer des mesures d’aides d’urgence pour les nouveaux venus. À un moment, la question des quotas de réfugiés par pays avaient été évoquée, mais rapidement refusés par certains, comme la France, qui avait plaidé pour une répartition « plus équitable » au sein de l’Union.
De son côté, Vienne a exigé que les pays de l’UE mettent en place des règles communes concernant l’octroi du statut de réfugié. Et veut, comme d’autres pays dont la France, la création de “hotspots” (centres d’accueil et de tri) aux frontières de l’UE, ce que la Commission européenne rejette.
Mais pour le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), la situation est grave. Il faut répartir d’urgence au moins 200.000 demandeurs d’asile dans l’UE. La Commission européenne va proposer dans la semaine de répartir l’accueil de 120.000 réfugiés. Cependant, « la crise est là pour durer », a indiqué samedi la chef de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini, raison pour laquelle, des mesures doivent être adoptées dans les plus brefs délais.

Un coup de main temporaire et limité

L’Allemagne a accueilli 10 000 réfugiés venus de Hongrie via l’Autriche. Pour les nouveaux venus, des milliers de volontaires allemands se sont mobilisées dans les gares de Francfort et de Munich, pour distribuer de la nourriture, des habits et des couvertures. Certains volontaires brandissaient des panonceaux « Bienvenue en Allemagne ».
L’Autriche a accepté dans la nuit de vendredi à samedi 5, en concertation avec Berlin, de faciliter l’accueil et le transit vers l’Allemagne, mais le chancelier Werner Faymann, a indiqué qu’« une mesure de ce type ne peut pas être une solution » sur le long terme.
Lors d’un entretien téléphonique dimanche matin, la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre hongrois Viktor Orban ont de même « convenu que tant la Hongrie que l’Allemagne devaient respecter leurs obligations européennes », assurant que le flux observé ce week-end était “exceptionnel”.
Pour sa part, le Premier ministre britannique David Cameron s’était dit « profondément ému » par les images montrant le corps du petit Syrien de trois ans, Aylan Kurdi, raison pour laquelle et face aux pressions, il a décidé d’accueillir 15 000 réfugiés syriens et de lancer des opérations militaires contre les passeurs, selon l’hebdomadaire britannique « Sunday Times ».

La solidarité se met en place

Depuis la publication de la l’image d’Aylan, retrouvé mort sur une plage turque, des initiatives solidaires se multiplient à travers l’Europe. Des milliers de personnes tentent de trouver des solutions pour pouvoir accueillir des familles ou encore les aider à passer certains pays. La situation est telle que même le club de football, AS Rome a annoncé vouloir récolter des fonds pour le HCR, Save the Children, le International Rescue Committee et la Croix-Rouge, à l’instar du Bayern Munich.
A Vienne, un convoi d’une cinquantaine de voitures particulières est parti à la mi-journée à la suite d’un appel sur les réseaux sociaux pour tenter d’acheminer des migrants depuis la Hongrie.
Des pétitions sont lancées, dont en France, où un rassemblement a été organisé à Paris. Plus de 10 000 personnes se sont réunies dans toute la France, pour « dire non aux politiques migratoires répressives qui conduisent à la mort de milliers de personnes et oui à l’accueil », a expliqué l’un des organisateurs, l’auteur et réalisateur Raphaël Glucksmann.
Intitulé « Pas en notre nom - #RéfugiésMigrantsDignité », ce rassemblement « est né d’une discussion sur Facebook, de gens qui ne se connaissaient pas et se demandaient comment faire pour exprimer quelque chose spontanément », a précisé ce dernier.
Pour le chancelier autrichien Werner Faymann, « la crise nécessite d’urgence une réponse globale de l’Union européenne ». « Il n’y a pas d’alternative à une solution européenne commune », a martelé le dirigeant social-démocrate. Ce dernier a appelé à un nouveau sommet européen exceptionnel « immédiatement après » la réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE prévue le 14 septembre à ce sujet.

55 % des Français contre l’accueil de réfugiés

Alors que de nombreux pays européens ont prit des décisions rapides face à l’urgence de la situation, avant de convenir d’une solution commune, la France attend avant d’agir.
D’autant plus qu’un sondage réalisé par Odoxa pour Le Parisien-Aujourd’hui en France (1003 personnes sondées de 18 ans et +) indique qu’une majorité de Français s’opposent à l’accueil de réfugiés.
55 % des sondés ne veulent pas que la France imite l’Allemagne en assouplissant les conditions d’octroi du statut de réfugié aux migrants, notamment syriens. 62 % estime qu’il faut traiter les migrants venus de Syrie pour fuir la guerre comme des migrants comme les autres. Seulement 36 % jugent qu’ils « méritent un meilleur accueil en tant que réfugiés de guerre ».
À l’égard des réfugiés de guerre comme les Syriens, 44 % des sondés estiment que la France n’est « ni plus ni moins accueillante que l’Allemagne ». Alors que 33 % jugent au contraire qu’elle est moins accueillante, et 22 % qu’elle l’est plus.
Face aux migrants en général, les Français pensent à 43 % que la France n’est ni plus ni « moins accueillante que l’Allemagne », mais ils sont 35 % à considérer que la France est plus accueillante, et 21 % jugent qu’elle l’est moins.
Voyant le mouvement d’accueil, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a adressé un courrier à l’ensemble des maires de France les conviant à une réunion de travail le 12 septembre « afin d’organiser l’accueil des réfugiés dans les meilleures conditions avec l’aide, l’organisation, les méthodes et soutien de l’État ».


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