Droits humains

« Nous n’avons pas le droit de laisser cette situation s’empirer »

Jacky Bazon, coordonnateur bénévole à l’assos’ Centre-Ville Est

Jean Fabrice Nativel / 27 juillet 2010

Tous les mois, les bénévoles de l’association Centre-Ville Est offrent un repas aux personnes sans domicile fixe de Saint-Denis. Coordonne cette action Jacky Bazon, que l’on a rencontré hier matin pour un point sur celle de dimanche…

Des personnes SDF ont partagé le petit-déjeuner et déjeuner avant-hier au Centre Alain Peters — ruelle Turpin. Comment s’est déroulé cet instant ?

— À 9 heures, les bénévoles de l’association se sont retrouvés au Centre où des personnes SDF nous attendaient… En effet, je les avais rencontrés les jours précédents et informés de ce repas. Les voir aussi tôt m’étonne à peine. Maintenant, tout le monde se connaît. Des bonjours et poignées de mains sont échangés, des nouvelles des uns et des autres sont prises.
Mais pas un instant à perdre ! Le petit-déjeuner est à préparer. Dans la cuisine, le café “coule”, le pain tranché n’attend plus qu’à être beurré et nappé de confiture. Ça y est, tout est prêt ! Il y a même du lait. Les invités se servent et apprécient ce moment avant de débarrasser la table et remercier l’équipe organisatrice.
Elle leur demande de patienter autour d’une partie de domino et de belote jusqu’au déjeuner. Au menu, tenu secret, “rougaye sosiss” et “kari poulé” accompagné de riz blanc, lentilles et d’un “rougaye tomat”. Un régal. En dessert, des mandarines. Les invités ravis sont sur le départ, c’est le moment de se dire au revoir et pour les bénévoles de nettoyer les lieux.

Un appel à la générosité de tous les Réunionnais

Tous les jours, vous rencontrez ces êtres qui vivent dans la rue. Que ressentez-vous ?

— Comme Rose, l’une des bénévoles, l’a confié, leur situation nous touche. Les voir dormir à même le sol, sous un pont et même dans le cimetière m’inquiète, m’interroge. De toute urgence, il faut tout entreprendre pour leur offrir un logement et des denrées alimentaires. Heureusement que des associations se relaient tous les jours, et en particulier le dimanche, pour leur apporter un peu de réconfort et le couvert. Même si des structures leur viennent en aide, ce n’est pas pour autant que tous mangent à leur faim. J’en appelle à la générosité de tous les Réunionnais.

Un soutien commencé avec le Père Grienberger puis Jean-René Lebon

Ces personnes qui vivent dans la rue, vous les connaissez bien. Votre implication à leur côté ne date pas d’hier ?

— Aux côtés du Père Grienberger — Église Saint-Jacques — initiateur des abris de nuit à Saint-Denis, j’ai commencé à les soutenir comme aujourd’hui avec la mise en place de repas dans l’une des salles du Foyer Saint-Jacques — rasé pour des immeubles. J’ai rencontré aussi Jean-René Lebon, président de Centre-Ville Est. Une amitié est née et j’ai rejoint les bénévoles de l’association pour d’autres activités : les sorties, les animations musicales en faveur des personnes désœuvrées. J’ai encadré aussi l’équipe jeunes footballeurs de la ruelle Pavé, le FC du même nom. Depuis, mon implication a grandi et l’avenir des personnes défavorisées est l’une de mes préoccupations.

« Ce sentiment de fraternité, solidarité et justice »

Avec peu de moyens, vous réussissez à inviter chaque mois des SDF. Quel est votre secret ?

— L’état d’esprit de notre équipe anime ce sentiment de fraternité, solidarité et justice envers les personnes sans domicile fixe. Ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver, à vivre dehors, qu’elles soient jeunes ou âgées. Nous n’avons pas le droit de laisser cette situation s’empirer. Nous avons le devoir de tout entreprendre pour l’amélioration des conditions de vie de ces personnes. Qui sait de quoi demain sera fait ?

« Il nous manque un local »

De quoi avez-vous besoin aujourd’hui ?

— Il nous manque un local aux normes pour la tenue de nos réunions, la disposition des aliments, vêtements, etc, la cuisson des repas, l’accueil de ce public. Hier soir, les bénévoles se sont vus sur le front de mer du Butor pour un bilan.

Sur l’organisation de l’équipe, dîtes-nous un mot.

— Une va rencontrer les chefs d’entreprise, les élus, pour leur concours. Les ingrédients réunis. Une autre concocte les repas au domicile de l’un d’entre nous. Le jour “J”, tour à tour, les bénévoles entretiennent la discussion comme les lieux et servent.

14 bénévoles dont Jean-René, Rose, Marie-France, des proches et des ami(e)s aident régulièrement les personnes nécessiteuses… Cette famille s’agrandit et elle agit avec d’autres associations pour leur rendre la vie plus facile.

Outre son dévouement au Centre-Ville Est, “D’Jak” donne de son temps à la Croix-Rouge avec laquelle il rencontre la nuit les SDF. Une autre facette de sa vie.

Aujourd’hui aussi, les cas de racisme l’alertent. C’est pourquoi il compose le collectif qui a fait de cette lutte une priorité.

Interview et photos Jean-Fabrice Nativel


• Donner, donner
Chez soi et sous le coude, chacun d’entre nous dispose de vêtements, petites radios FM, etc, dont nous ne faisons plus usage. Triez-les pour les donner aux personnes qui sont dans le besoin. Vous ferez, et j’en suis persuadé, des heureux(ses). Un vrai élan de solidarité.

• Lu la di
« Je demande aux collectivités d’œuvrer ensemble dans chaque commune pour que, désormais, chaque personne SDF puisse avoir un bon repas le dimanche ».


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