Droits humains

Nouvelle étape dans le combat contre le racisme

Un préfet jugé pour injures raciales

Manuel Marchal / 30 juin 2010

Onze mois après les faits, un ancien préfet est jugé pour injures raciales. Il avait déclaré à des agents de sécurité d’un aéroport « on se croirait en Afrique ici ». Cette comparution intéresse La Réunion, car elle se situe huit jours après le dépôt d’une plainte pour injures raciales contre un enseignant qui a déclaré ceci : « Je suis blanc et de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p… et c’est comme cela qu’il faut faire ».

Hier, un ancien préfet était jugé pour répondre d’accusation d’injures racistes, il est accusé d’avoir déclaré lors d’un contrôle de sécurité : « on se croirait en Afrique ici ». Cette comparution intervient quelques semaines après la condamnation du ministre de l’Intérieur à 750 euros d’amende pour injures racistes. Il avait déclaré à un militant UMP d’origine nord-africaine : « quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ». À La Réunion, un enseignant a déclaré ceci voici presque un mois : « Je suis blanc et de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p… et c’est comme cela qu’il faut faire ». Mais cette déclaration a été beaucoup moins médiatisée que les précédentes, alors qu’elle est porteuse d’un mépris et d’un racisme incroyable d’une personne envers le peuple qui l’accueille.
Le procès de Paul Girot de Langlade est une étape de l’affaire qui remonte au 31 juillet dernier, alors que ce haut fonctionnaire était en transit à Orly. C’est là qu’il a proféré les propos pour lesquels il doit répondre devant la justice. Quelques jours plus tard, une plainte est déposée, et le ministre de l’Intérieur décide de suspendre le préfet hors-cadre. Brice Hortefeux affirme alors ceci : « je ne tolèrerai jamais que des propos racistes ou discriminants soient tenus dans notre pays, d’autant plus par un représentant de l’Etat ».
Un mois plus tard, le ministre de l’Intérieur met fin aux fonctions de Paul Girot de Langlade, ce dernier est mis à la retraite d’office.
Mais quelques jours plus tard, c’est au tour du ministre de l’Intérieur d’être mis en cause pour les faits qui sont reprochés au préfet qu’il a sanctionné. Brice Hortefeux est condamné le 4 juin dernier à 750 euros d’amende pour injure raciale, et décide de faire appel.
Le procès d’hier concerne donc des faits commis par un fonctionnaire d’État, qui a déjà été sanctionné par sa hiérarchie. Nul doute que le résultat du débat ne manquera pas d’être commenté. Tout comme nul doute que le traitement des plaintes dont fait l’objet le fonctionnaire d’État qui a insulté de manière raciste le peuple réunionnais, sera tout aussi suivi.

Et à La Réunion ?

En France, l’institution a démontré qu’elle peut donner une suite à l’indignation légitime suscitée par des propos qui n’ont pas leur place dans une démocratie, même si les auteurs de ces paroles sont un préfet ou un ministre. À La Réunion, cela fait huit jours que le Collectif contre les injures racistes a porté plainte contre un enseignant qui considère que les Réunionnaises sont « toutes des p… » parce que se sont « des nègres » et que lui est « blanc ». Cette démarche a déjà commencé à faire bouger les choses. L’institution judiciaire a ainsi précisé le lieu dans lequel les propos racistes ont été proférés. Au Conseil général et à la Région, des élus autour de l’Alliance ont proposé de demander à l’État d’agir pour sanctionner son agent afin qu’il ne puisse plus être en contact avec la jeunesse d’un peuple qu’il dit détester pour des raisons raciales.
Cela ne fait que quelques dizaines d’années que le régime raciste de la colonie est aboli à La Réunion. Or, la colonie avait succédé à l’esclavage, un crime contre l’humanité construit à partir du racisme. Cet héritage de l’Histoire montre toute l’ampleur de la bataille qu’il reste à mener pour extirper le racisme de notre société. Et dans ce combat pour faire triompher l’égalité des cultures, la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise est l’outil principal de la lutte. En effet, la MCUR donne aux Réunionnais le moyen de savoir qui ils sont, c’est-à-dire des êtres humains dont aucun d’entre eux ne peuvent être l’objet d’injures racistes.

Manuel Marchal


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