Droits humains

Olivier Bancoult : « Nous sommes déçus, mais plus que jamais déterminés »

La Cour européenne de Strasbourg déboute les Chagossiens

Alain Dreneau / 22 décembre 2012

La Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg a débouté le Groupe Réfugiés Chagos, jugeant irrecevable la plainte que les Chagossiens avaient déposée contre la Grande-Bretagne pour violation des droits humains fondamentaux lors de leur déportation de l’archipel des Chagos. La justice européenne, pour refuser d’examiner le problème sur le fond, a invoqué le fait qu’une compensation financière leur avait été versée en 1982, affirmant, comme en écho de la position britannique, que ce versement entraînait la renonciation des Chagossiens à toute revendication de leurs droits. La lutte continue donc pour Olivier Bancoult et ses compatriotes, une lutte que soutient plus que jamais à La Réunion le Comité Solidarité Chagos La Réunion.

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On sait que la déportation de toute la population qui vivait depuis des siècles sur les îles Chagos a été perpétrée par la Grande-Bretagne afin de faire place nette pour que les États-Unis implantent la base militaire surarmée de Diego Garcia, au milieu des années 70. Ce fut ni plus ni moins qu’un crime contre un peuple parqué de force dans des bidonvilles de Maurice et des Seychelles. Arrachés à la terre de leurs ancêtres les Chagossiens n’ont jamais accepté leur exil forcé.

La “compensation financière” qu’évoque la Cour de Strasbourg recouvre en fait une cynique manœuvre montée contre des personnes abandonnées à leur sort et vivant dans la misère. Cette manoeuvre visait à leur extorquer, en jouant de leur ignorance des arguties juridiques, un acte de renonciation à toute remise en cause de leur malheur.

« Aller de l’avant, lutter toujours »

Olivier Bancoult est un homme en colère, une fois de plus dressé contre l’injustice. « C’est très décevant. Si la Cour européenne des droits de l’homme n’est pas fondée à juger sur le fond la violation des droits humains fondamentaux dont nous avons été victimes, quelle Cour, quel tribunal, quelle instance le sera ? On se pose beaucoup de questions face à une telle décision. Mais notre détermination à faire valoir nos droits reste intacte » .

Il a tenu hier à Port-Louis une conférence de presse. Loin de baisser les bras, le Groupe Réfugiés Chagos a décidé d’élargir le champ de ses actions. Il a annoncé qu’il était déterminé à porter l’affaire devant la Cour Pénale internationale, juridiction permanente chargée de juger les personnes coupables de crime contre l’humanité, ainsi que devant le Comité des droits de l’homme des Nations Unies.

« De nombreux messages de soutien nous sont parvenus, qui ne comprennent absolument pas la position de Strasbourg » , dit Olivier Bancoult. Ce sentiment d’incompréhension fait aussitôt place à la colère, chez toutes les personnes éprises de justice… et de paix dans l’océan Indien.

Et ce n’est sûrement pas le communiqué officiel qu’a publié le “Foreign and Commonwealth Office” (autrement dit le gouvernement britannique), sitôt connue la décision de la Cour européenne, qui va démobiliser les Chagossiens et ceux qui les soutiennent. Dans ce communiqué, Londres ose parler de « regrets pour les torts causés au peuple chagossien il y a 40 ans » , et de sa volonté « d’être aussi positif que possible dans nos engagements vis-à-vis des Chagossiens (quant à leur réinstallation ». Olivier Bancoult ne goûte pas ce qu’il est en droit de considérer comme une (très mauvaise) plaisanterie.

A.D. 


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