Droits humains

Oui, nous pouvons gagner contre l’illettrisme

Pourquoi ne pas s’inspirer d’une méthode qui a fait ses preuves à Cuba et en Amérique latine ?

Manuel Marchal / 8 septembre 2016

Le monde célèbre aujourd’hui la Journée mondiale de l’alphabétisation et cette semaine se déroulent les Journées nationales d’action contre l’illettrisme. Cette initiative est relayée à La Réunion par des opérations médiatiques. Notre île compte près de 120.000 illettrés. C’est un des résultats de la politique menée depuis 70 ans. Comment en effet expliquer que dans un département français un taux aussi important de la population soit touchée par ce grave problème. Lors de l’arrivée au pouvoir des progressistes cubains en 1959, le taux d’illettrisme était aussi important qu’à La Réunion à cette époque, aujourd’hui l’illettrisme a disparu depuis longtemps de Cuba. Pourquoi ne pas se tourner vers d’autres horizons que la France pour régler nos problèmes spécifiques ?

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Yo si puedo : une méthode de lutte contre l’illettrisme qui a fait ses preuves et qui montre que l’illettrisme n’est pas une fatalité, mais dépend aussi de la volonté politique.

Depuis 70 ans, La Réunion est un département français. Le système scolaire français et celui de la formation se sont donc implantés dans notre île. C’est celui d’un des pays les plus riches du monde, qui a la réputation d’être un phare mondial de la culture. En France, l’école est obligatoire depuis près de 130 ans. Selon l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, 7 % des habitants de la France sont illettrés. Cela représente 2,5 millions de personnes. C’est pourquoi il y existe d’importantes actions pour lutter contre ce problème. Cette semaine se tiennent en effet les Journées nationales d’action contre l’illettrisme. Le thème choisi est le numérique. Dans une société où l’utilisation de l’Internet est toujours plus importante, l’illettrisme limite l’accès aux informations. C’est d’autant plus grave que les services de l’État sont toujours plus dématérialisés. Il sera obligatoire de remplir sa déclaration des revenus sur Internet. Comment y arriver pour une personne illettrée ?

À La Réunion, ces journées sont relayées par des actions médiatiques. La mairie de Saint-Denis a mis l’accent sur l’utilisation de 150 volontaires pour lutter contre l’échec scolaire. Quant à la Région Réunion, elle tente de valoriser ses Cases à lire, une promesse de campagne de Didier Robert vieille de 6 ans. Cette dernière initiative est loin d’avoir porté ses fruits, car depuis 6 ans l’illettrisme n’a pas reculé à La Réunion. Il concerne 120.000 personnes, un Réunionnais sur 7. C’est trois fois plus qu’en France.

Danger de continuer dans l’erreur

Comment expliquer que des personnes qui ont fréquenté pendant plus de 10 ans le système scolaire d’un des pays les plus riches du monde soient dans cette situation ? Ce bilan est une des conséquences de la politique menée depuis 70 ans à La Réunion. Le choix est celui de l’intégration, c’est-à-dire faire comme dans tous les départements français alors que La Réunion se situe à 10.000 kilomètres de la France, et qu’elle a une histoire et une culture bien différentes. Malheureusement, les perspectives ne sont pas réjouissantes. Le projet de loi égalité réelle propose en effet de continuer sur la même voie, en se fixant comme but d’arriver à amener les Réunionnais au niveau des Français dans 20 ans, selon les propos tenus en substance par Ericka Bareigts, alors secrétaire d’État à l’Égalité réelle, lors de la présentation du projet de loi aux journalistes le 3 août dernier par George Pau-Langevin, encore ministre des Outre-mer à ce moment.

La reproduction de mesures prolongeant celles qui ont conduit à l’échec fait craindre le maintien de l’illettrisme à La Réunion.

« Yo sí puedo »

Les Journées nationales d’action contre l’illettrisme viennent en écho à une manifestation mondiale qui fête aujourd’hui son 50e anniversaire : la Journée internationale de l’alphabétisation. Dans le message, Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, rappelle que « l’alphabétisation fait partie de l’Objectif de développement durable 4, qui vise à « assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». L’objectif est que d’ici à 2030, tous les jeunes et une proportion considérable d’adultes, hommes et femmes, sachent lire, écrire et compter ».

Dans le monde, des pays ont réussi à faire reculer l’illettrisme, sans faire partie du club des États les plus puissants sur le plan économique. Cuba en fait partie. À l’arrivée des progressistes au pouvoir en 1959, la situation était comparable à celle de La Réunion sur le plan de l’illettrisme. Cela fait bien longtemps que ce problème n’existe plus à Cuba, car les communistes en ont fait une priorité. Avec plus de 99,90 %, le taux d’alphabétisation de Cuba dépasse celui d’anciennes puissances coloniales telles que la France, la Grande-Bretagne ou les États-Unis. Dans ce petit pays tropical, une méthode a été mise au point. Grâce à elle, une personne peut sortir de l’illettrisme en trois mois et demi. Elle se nomme « Yo sí puedo » (Moi, je peux) et se compose de 65 cours de 30 minutes. La méthode a été exportée avec succès dans plusieurs pays du monde. En Argentine, 1.000 jeunes encadrés par 5 spécialistes cubains ont permis à plusieurs dizaines de milliers de personnes d’apprendre ou de retrouver la capacité de lire et d’écrire.

La France ne doit pas être la seule référence

À La Réunion, 120.000 personnes sont illettrées. Pourquoi ne pas appliquer dans notre île une méthode capable de les sortir de cette situation en quelques mois ? Nul doute qu’il existe à La Réunion de nombreux jeunes qui seront enthousiasmés de participer à une telle aventure. Mais cela suppose d’arrêter de regarder uniquement vers la France et de prendre ce pays comme seule référence.

M.M.


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