Droits humains

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Violences conjugales

Jean Fabrice Nativel / 6 décembre 2011

Les femmes victimes de violences conjugales confient ouvertement ou discrètement leur vécu. Dans un livre présenté à une heure de très grande écoute, l’une d’entre elles l’a dévoilé face aux téléspectateurs il y a peu. Une démarche courageuse ! Guérir de la violence n’est pas chose facile, et encore moins avec les “y-a-qu’à”, les “faut qu’on”… Ecoutons-les, déjà ! De plus en plus, on parle des répercussions sur les enfants, sans oublier la guérison du bourreau. Les confidences suivantes peuvent aider à la compréhension de ce fait de société.

• Elisabeth : « J’étais alors enceinte »
Elisabeth, depuis plus d’une quarantaine d’années, est victime de violence conjugale. Elle se souvient non sans émotion que le jour de son mariage, il l’a « projetée par terre ». « J’étais alors enceinte » ! « Mes proches ont essayé de le raisonner ». « Il leur a assuré et m’a juré de ne plus recommencer ». Peine perdue, car bien avant leur union, il l’a « menacée et frappée ». « Je pensais qu’avec le temps, il allait changer ». Force est de constater que non. Les violences ont redoublé en présence « de mes enfants, proches, amis ». Après avoir reçu des coups, « il me contraignait à une relation sexuelle alors que ma fille et mon garçon dormaient dans une chambre à proximité ».

• Frédéric : « J’ai pris de la distance »
Frédéric a vécu enfant, adolescent et même adulte les violences conjugales. Son père, il l’a vu à maintes et maintes reprises rouer de coups sa mère. Il s’est interposé, il a protesté, alerté ! Mais en vain. Sa mère, ses frères et sœurs se sont même retournés contre lui. Motif : il est allé raconter ce qui se passait dans le foyer et surtout dire que son père maltraitait sa mère et ses enfants physiquement comme psychologiquement. Il pose aujourd’hui un autre regard sur cette situation. Il y est parvenu grâce au concours d’un psychologue. Il a fait ce qu’il fallait faire, il ne porte aucune responsabilité dans ce qui est arrivé entre ses parents.

• Rose :
« J’ai décidé de partir »
Un jour alors qu’elle se promenait avec son petit ami et pour un regard porté sur un homme qui passait, « j’ai reçu un coup de poing en pleine figure », se rappelle cette jeune femme. « Jaloux », il l’était ou il l’est devenu ? Toujours est-il qu’elle s’abstenait de dire bonjour pour éviter les disputes couplées avec les menaces. Au fil du temps, il lui avait interdit de fréquenter les amis au féminin et masculin. Les visites aux parents étaient au fil du temps devenues moins fréquentes. Du coup, elle s’est retrouvée malgré elle isolée. Qu’allait-il devenir de sa vie avec une pareille personne ? « J’ai décidé de partir ». Elle savait qu’il allait tenter par tous les moyens de la retrouver et la persuader de revenir. Elle est restée ferme sur sa décision. Elle a été soutenue et protégée par sa famille et ses ami(e)s.



Un cercle vicieux

Les agressions commises dans un contexte conjugal surviennent à l’intérieur de ce qu’on appelle le « cycle de la violence conjugale ». Ce cycle, qui est mis en place et orchestré par l’agresseur, permet à celui-ci de maintenir sa domination sur sa conjointe. Dans une relation conjugale marquée par la violence, ce cycle se répète plusieurs fois et s’accélère avec le temps.

Phase 1 : Climat de tension

L’agresseur a des accès de colère, menace l’autre personne du regard, fait peser de lourds silences.

La victime se sent inquiète, tente d’améliorer le climat, fait attention à ses propres gestes et paroles

Phase 2 : Crise

L’agresseur violente l’autre personne sur les plans verbal, psychologique, physique, sexuel ou économique.

La victime se sent humiliée, triste, a le sentiment que la situation est injuste.

Phase 3 : Justification

L’agresseur trouve des excuses pour justifier son comportement.

La victime tente de comprendre ses explications, l’aide à changer, doute de ses propres perceptions, se sent responsable de la situation.

Phase 4 : Lune de miel

L’agresseur demande pardon, parle de thérapie ou de suicide.

La victime lui donne une chance, lui apporte son aide, constate ses efforts, change ses propres habitudes.



Passez à l’acte

Désamorcez la violence. Afin qu’une personne prisonnière du cycle de la violence conjugale arrive à se libérer, l’intervention des proches est souvent nécessaire. Offrez-lui votre appui pour faire cesser la répétition d’actes inacceptables et, souvent, criminels.

Source : Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale. La violence conjugale… C’est quoi au 
juste ? 1er trimestre 2006.

http://www.violenceconjugale.gouv.qc.ca/comprendre_cycle.php


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