Droits humains

Photographie de la dépendance des gramoun à La Réunion

CESER

Cinthia Fontaine / 7 septembre 2011

Le Conseil économique, social et environnemental régional de La Réunion présentait hier sa note sur "les personnes âgées à La Réunion : anticiper les risques et les besoins". Cette parution permet de faire un état des lieux des particularités de la dépendance à La Réunion en plein chantier gouvernemental.

La dépendance ou perte d’autonomie recouvre plusieurs notions, peut prendre de multiples formes et touche toutes les catégories de publics. Une chose est sûre, chaque personne peut être touchée que ce soit pour elle ou pour ses proches. Ces constats montrent à quel point c’est un sujet essentiel autant au niveau personnel que collectif. Le CESER souhaitait s’atteler à cette réflexion dans une large dimension mais les délais prévus pour le débat par le gouvernement ne le permettaient pas. La note présentée rédigée en 3 mois permet de faire un point 20 ans après la première enquête, sur une thématique qui si elle est nationale présente des particularités typiquement réunionnaises. Malgré le sacrifice actuel d’une réforme nationale sur la dépendance sur l’autel de la rigueur, les préconisations du CESER pourront permettre aux collectivités locales de fixer des lignes de conduite basée sur une réalité effective.
La Réunion comme d’ailleurs les autres territoires d’Outre-mer assiste à un vieillissement accéléré de sa population. Causé par une baisse de la mortalité et un allongement moyen de la durée de vie conjugué à une baisse de la natalité, le phénomène prend de l’ampleur (v. encadré). L’âge moyen d’espérance de vie est de 73 ans pour les hommes et de 81 ans pour les femmes, ce qui montre un écart de quelques années avec la métropole.
À la demande et en partenariat du CESER, l’INSEE a réalisé une étude sur les revenus des personnes âgées. De nombreux seniors réunionnais sont en situation précaire. 45% bénéficient du minimum vieillesse soit en moyenne 363 euros pour une personne seule. Sans ce minimum, 10% vivraient avec moins de 220 euros par mois. Ce niveau de précarité est souvent incompatible avec les couts de l’offre de service. L’APA constitue une ressource et une aide non négligeables pour les gramoun compte tenu de leur faible niveau de vie. Plus de 12.500 personnes en bénéficient. Il est ouvert pour les personnes hébergées à domicile ou en établissement. D’autres aides peuvent être apportées au titre de l’aide sociale comme les aides ménagères.
À La Réunion, les solidarités intergénérationnelles sont restées très présentes même si elles tendent à diminuer. Le maintien à domicile est considéré comme logique pour les familles, il est d’ailleurs un "garant de longévité". 85% des seniors souhaitent rester à leur domicile, malgré un pourcentage de défaut d’équipement de logements élevés. D’après l’expérience, les cas de maltraitance sont souvent le résultat de l’épuisement des aidants. Deux éléments ressortent de cet état des lieux et caractérisent la situation réunionnaise : des liens intergénérationnels forts et des freins économiques, reflet d’une forte précarité.

CF


Le CESER, force de propositions

Le CESER suite à cette photographie de la situation des personnes âgées propose des pistes de réflexion et des propositions d’actions qui permettront aux collectivités de travailler à partir de bases actualisées.

Le CESER souhaiterait la création d’un fichier complet des dépendances et des diagnostics plus précis.
Il préconise de faire de la prévention, une priorité. La dépendance n’est pas une fatalité. Le trytique équilibre alimentaire, activités physiques et intellectuelles régulières et protection contre les chutes est primordial et doit être inclus dans toutes formes d’actions et politique de prévention. Elle peut par exemple est mise en place dès la construction de logements.
Le maintien à domicile constitue de manière unanime une arme contre la dépendance. Ce maintien pour être envisageable et bénéfique doit s’accompagner d’aménagements matériels comme l’habitat. Le champ de remboursement de la Sécurité sociale devrait être étendu aux produits médicaux de première nécessité. L’offre de prestations d’aides à domicile et des services de maintien doit être de qualité et pour cela avoir les budgets à la hauteur de ces ambitions. C’est de plus un secteur porteur d’emploi à développer dans une île saturée de chômage. Il faudrait aussi adapter l’offre de transport pratiquement inexistante.
Le CESER conseille d’anticiper dès aujourd’hui les besoins en structures d’accueil que ce soit en structure permanente ou temporaire. Des nouvelles solutions comme des réseaux de proximité pourraient être imaginées. Il propose de mettre en place une couverture universelle de santé.
Enfin afin de clarifier les responsabilités et les compétences et de mutualiser les capacités, il propose de nommer un comité de pilotage. Chaque acteur, État, Conseil général, mairies, Sécurité sociale et mutuelles possède ses propres compétences ce qui rend la gestion de la dépendance nébuleuse et compliquée. Le CESER rejoint en cela la proposition de l’Alliance de créer un GIP de service à la personne.
Le CESER rappelle enfin l’absolue nécessité d’un suivi rigoureux des actions menées et une évaluation de la politique de la dépendance actuelle et à venir.

CF


Vers un triplement de la population âgée

Aujourd’hui à La Réunion les plus de 60 ans, 89.200 personnes représentent 11,3% de la population. En 2040, les plus de 60% seront près de 3 fois plus nombreux avec 273.000 personnes et représenteront 25% de la population totale. En France en 2010 ils représentaient 22,6% de la population (16 millions) et 31% en 2040 (21 millions).
En moyenne à La Réunion les personnes âgées perdent leur autonomie, 10 ans plus tôt qu’en métropole. Aujourd’hui environ 14.000 personnes sont en situation de dépendance. Selon les projections on assistera à un doublement de cette population d’ici 2030.


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