Droits humains

Présentation du plan anti-pauvreté de Jean-Marc Ayrault

En France, les associations sont déçues

Céline Tabou / 23 janvier 2013

À la suite du Comité interministériel de lutte contre l’exclusion, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a rendu publique une étude définissant la feuille de route du gouvernement contre la pauvreté.

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Dans un rapport de 50 pages, une série de mesures annoncées en décembre dans le cadre d’un plan anti-pauvreté. Le plan sera financé à hauteur de 2,5 milliards par an, sans moyens supplémentaires, une décision rejetée par plusieurs associations.

Lutter contre les exclusions

« La pauvreté, loin de se réduire, s’est fortement accrue ces dernières années. Nous ne parlons plus d’une marge de notre corps social, mais de millions de nos concitoyens, dont beaucoup travaillent, mais n’échappent pourtant pas à la pauvreté », a déclaré le Premier ministre à l’issue du Comité interministériel de lutte contre les exclusions, le 21 janvier. Plusieurs textes législatifs devraient contenir des dispositifs de lutte contre les inégalités sociales dans les domaines du logement, du vieillissement, de la santé, des banques, ou encore de la consommation.

En ce qui concerne le financement, après avoir élucidé la question, le Premier ministre a indiqué lors d’un point presse que l’enveloppe allouée à ce plan contre la pauvreté sera « inscrite dans notre budget », avec déjà un effort de « plusieurs centaines de millions d’euros » dès 2013. Ces sommes ne « viendront pas aggraver le déficit public, mais font partie des choix à faire », a-t-il ajouté. Le chef du gouvernement a également précisé qu’ « il n’y aura pas d’impôt supplémentaire, ni de nouveau prélèvement. (…) C’est simplement à l’intérieur du budget que nous faisons des choix ».

Jean-Marc Ayrault a rappelé les cinq mesures phares, nées de la Conférence économique et sociale, telles que le rattrapage du niveau du RSA socle de 10%, hors inflation, d’ici 2017, avec une première revalorisation de 2% en septembre 2013 ; une hausse simultanée, en septembre 2013, du plafond de la CMU complémentaire et de l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé ; l’instauration d’une “garantie jeunes” pour les 18-25 qui ne sont ni en emploi, ni en formation, en situation d’isolement et de grande précarité ; une aide aux familles monoparentales ou nombreuses en situation de pauvreté à travers une augmentation du montant de l’Allocation de soutien familial (ASF) et une majoration du Complément familial (CF), et enfin un investissement massif dans l’hébergement et l’accès au logement, avec d’abord des mesures d’urgence : 9.000 places de plus — hébergement classique et accueil des demandeurs d’asile.

Les associations attendent plus

Plusieurs associations de lutte contre la précarité et l’exclusion sociale manifestent leur mécontentement et dénoncent des « mesures misérables », inadaptées à « l’urgence de la situation ». ATD-Quart Monde a regretté que « les modalités indiquées dans le plan ne permettent pas de comprendre concrètement les moyens mis en place pour une véritable efficacité ». De son côté, le Secours catholique a indiqué qu’ « il manque souvent la traduction financière dédiée ».

Les associations ayant participé à l’élaboration de cette étude avaient espéré une loi globale pluriannuelle. « Il n’y a pas de chiffrage des mesures », a déploré la Fnars (associations d’insertions), qualifiant aussi de « mesurette » la "garantie jeunes" et déplorant le manque d’engagement sur les places d’hébergement au-delà de 2013.

A la suite de la conférence de presse du Premier ministre, plusieurs associations ont fait irruption au Ministère des Affaires sociales afin de dénoncer l’action gouvernementale jugée « insuffisante ». Une cinquantaine de militants du DAL (Droit au logement), d’Agir contre le Chômage (AC !) et d’autres organisations anti-précarité ont jeté des miettes de pain dans le hall du ministère et scandé : « Les miettes, c’est pour les pigeons ! », a révélé le site de Public Sénat. Jean-Baptiste Eyraud, président du DAL, a expliqué que le gouvernement présentait des « mesures misérables » au vu de « l’urgence de la situation » et réclamé des « mesures concrètes et efficaces ».

Ces organisations de précaires ont été reçues par Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée auprès de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion.

Céline Tabou


Kanalreunion.com