Droits humains

« Répression aveugle » devant le palais présidentiel au Togo

Lutte pour la liberté de la presse

Témoignages.re / 16 mars 2013

Dans une déclaration diffusée jeudi soir à la presse, plusieurs syndicats de journalistes dénoncent la sévère répression d’un sit-in pacifique de plusieurs organisations. La liberté de la presse reste un combat quotidien. Voici le texte de cette déclaration, avec des intertitres de "Témoignages".

La Synchronie des Organisations de Presse a convié les journalistes à un sit-in pacifique ce jeudi 14 mars 2013 à la plage en face du Palais de la Présidence de la République.

Cet appel des sept Organisations, notamment le Syndicat des journalistes indépendants du Togo (SYNJIT) ; Journalistes pour les droits de l’homme (JDHO) ; le Réseau africain des journalistes sur la sécurité humaine et la paix (RAJOSEP) ; le Syndicat des agents de l’information, techniciens et journalistes des organes publics (SAINTJOP), SOS Journalistes en danger ; l’Observatoire des médias pour la démocratie et la bonne gouvernance (OMDG) et l’Association des médias pour le progrès (MEDIACTION) s’inscrit dans le cadre des trois jours d’activités lancés par la Synchronie pour réclamer le retrait pur et simple de la nouvelle loi organique relative à la HAAC, et adoptée sans échanges préalables avec les professionnels des médias le 19 février 2013.

Balles en caoutchouc

Tôt [jeudi] matin, une horde de policiers et de gendarmes a été détachée pour empêcher les journalistes d’observer le sit-in, brandissant un courrier du Président de la délégation spéciale de la Commune de Lomé, le Contre-Amiral Fogan Adegnon, interdisant la tenue du sit-in à la plage en face du Palais.

Alors que les journalistes se sont retrouvés à la plage pour le sit-in, les éléments des forces de sécurité ont chargé de manière aveugle à coups de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Certains éléments des forces de sécurité formellement identifiés ont tiré à bout portant sur les journalistes, alors assis à même le sol. Deux vedettes de la Marine togolaise ont été également déployées sur la mer et ont contribué à lancer des grenades depuis la mer vers les journalistes. Une véritable opération terre-mer.

Cette répression criminelle et répréhensible a engendré plusieurs blessés dans les rangs des journalistes, dont un cas grave. Le journaliste Younglove Egbéboua Amavi, Secrétaire général du SAINTJOP, a été sérieusement atteint à la mâchoire. Il a été conduit d’urgence au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sylvanus Olympio. Les médecins traitants font état d’une fracture de la mandibule, et de graves lésions dans la bouche qui nécessitent une opération chirurgicale qui n’a pu se faire faute de scanner opérationnel dans le plus grand centre hospitalier du Togo.

La journaliste Yollande Lovi de la télévision RTDS était également tombée en syncope sous l’effet des gaz lacrymogènes. Alors qu’une autre consœur s’évertuait à l’aider, elles ont encore été bousculées par d’autres gendarmes.

Pour le retrait d’une loi

Les Organisations de presse regroupées au sein de la Synchronie condamnent avec la plus grande vigueur cette répression aveugle des journalistes par des éléments supposés assurer leur sécurité.

Les Organisations de presse notent à travers cette répression une intention manifeste de porter atteinte à l’intégrité physique des journalistes.

Elles exigent des sanctions disciplinaires exemplaires à l’encontre des agents qui ont délibérément tiré à bout portant sur les journalistes.

Les Organisations de presse invitent les journalistes à une Assemblée générale (…) vendredi 15 mars 2013 à partir de 14 heures à la Maison de la Presse, en vue d’étudier la situation pour prendre de nouvelles résolutions.

La Synchronie des Organisations de presse remercie les Organisations internationales qui continuent d’apporter leur soutien.

Les Organisations de presse appellent les journalistes à rester mobilisés et solidaires pour exiger le retrait pur et simple de la nouvelle loi modifiant la loi relative à la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication.

SYNJIT, OMDG, RAJOSEP, JDHO, SOS JED, SAINTJOP, MEDIACTION

Pourquoi ont-ils manifesté ?

La réponse est apportée par cet extrait d’un article paru dans le journal béninois "La Nouvelle Tribune".

« Au Togo, la fortune est différente, mais les effets sont les mêmes, toujours une menace grave contre la liberté de presse. Ici, c’est une loi organique sur la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) qui est la pomme de discorde. Cette nouvelle loi donne la possibilité à cette institution de régulation d’interdire tout organe de presse qu’elle sanctionne. Depuis mardi, les journalistes ont lancé des journées « presse morte » largement suivies. Cette grève a reçu le soutien de la Fédération internationale des journalistes (FIJ). Cette nouvelle grève des journalistes vient s’ajouter aux nombreuses crises sociales que vit ce pays depuis quelques mois, et confirme aussi les excès d’un régime qui n’a plus rien de démocratique. »


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