Droits humains

Retour des Chagossiens aux Chagos : Olivier Bancoult écrit à David Cameron

Appelé à saisir une opportunité historique, le Premier ministre britannique interpellé par le Groupe Réfugiés Chagos

Témoignages.re / 8 avril 2016

À 9 mois du renouvellement du bail permettant aux États-Unis d’exploiter la base militaire de Diego-Garcia dans l’archipel des Chagos, le dirigeant du Groupe Réfugiés Chagos a adressé une lettre au Premier Ministre de Grande-Bretagne. Il demande à David Cameron de profiter de cette opportunité historique pour permettre la réinstallation des Chagossiens dans leur pays d’où ils ont été chassés au moment de la construction de la plus vaste base militaire de l’armée américaine en dehors des États-Unis.

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En septembre dernier, belle manifestation des Chagossiens devant l’ambassade britannique à Maurice.

Olivier Bancoult est actuellement en mission à Londres. Il vient de faire parvenir au Comité Solidarité Chagos la lettre qu’il a adressée ce jeudi, en tant que dirigeant du Groupe Réfugiés Chagos, au Premier Ministre de Grande-Bretagne David Cameron.

C’est une lettre très importante, puisqu’elle prend place à moins de 9 mois du renouvellement du bail liant la Grande-Bretagne et les États-Unis sur Diego Garcia.

Olivier Bancoult y réaffirme avec force l’opportunité historique dont disposent les deux grandes puissances de rétablir enfin - après un demi-siècle d’un scandaleux arbitraire - les Chagossiens dans leur droit au RETOUR SUR LEUR TERRE NATALE.

La récente étude sur la faisabilité d’une réinstallation conclut à l’absence d’obstacle à cette réinstallation. La décision est politique, intégralement POLITIQUE.

« Le Comité Solidarité Chagos La Réunion soutient plus que jamais la lutte des Chagossiens dans ce qui sera nous l’espérons toutes et tous, la dernière ligne droite à l’issue positive », voici le texte de la lettre adressée par Olivier Bancoult à David Cameron.

Lettre adressée au Premier ministre de la Grande-Bretagne

« Monsieur le Premier Ministre,

La réinstallation des Chagossiens aux Iles Chagos

Je m’adresse à vous de la part de l’ensemble de la Communauté Chagossienne qui se trouve aujourd’hui, sans que nous en soyons responsables, dispersée à Maurice, aux Seychelles et au Royaume-Uni, et animée d’un désir passionné de retourner sur sa terre d’origine.

La déportation injuste que nous avons subie il y a une génération a jeté l’opprobre sur le Royaume-Uni, et a réduit à néant son affirmation de respect des droits humains dans ses territoires d’outre-mer. Elle a été une catastrophe pour notre communauté.

Privés de l’existence simple, saine et satisfaisante que nous avions auparavant dans notre archipel, avec un emploi assuré et un logis à nous, nous avons été plongés dans la pauvreté et le désespoir, avec des manques criants en matière d’éducation, de logement, de santé et d’emploi.

Alors que nous parvenions à vivre dans nos îles de la rétribution de notre dur labeur, nous avons été forcés de dépendre de tâches très mal payées et d’allocations de survie. Nous désirons ardemment sortir de cette dépendance par le rétablissement de notre vie de travail sur les îles Chagos.

Des études récentes ont montré qu’il n’y avait aucun obstacle, ni légal ni d’un autre ordre, à notre réinstallation. Notre communauté se tient prête, désireuse de ce retour, et volontaire pour mobiliser les compétences nécessaires pour faire revivre une économie et un mode de vie abandonnés. Nul n’est mieux placé que nous les Chagossiens pour être les gardiens vigilants qui préserveront cet environnement unique au monde.

Il y a aujourd’hui une opportunité unique de réparer les torts dont nous avons souffert. L’Administration U.S. est clairement décidée à accepter la réinstallation, au moment où le renouvellement prochain de l’accord de 1966 offre une ouverture qui ne se reproduira pas avant de longues années. En toute hypothèse il n’y eut jamais la moindre raison fondée sur des principes à la base de notre déportation, comme le démontre dans la lettre ci-jointe le Professeur Lawrence Korb, ancien Assistant au Secrétaire d’Etat de la Défense U.S. [1]. Le prix payé par les Chagossiens a été à la fois cruel et inutile.

Bien qu’il puisse exister des vues divergentes au sein du Cabinet lors de la prise de telle ou telle décision, nous vous demandons instamment de faire prévaloir vos qualités d’homme d’Etat en assurant un juste rétablissement de notre droit fondamental de retour sur notre terre natale, ce qui mettra un terme à notre exil.

L’Histoire montrera que le respect des normes de civilisation fondamentales n’est aucunement incompatible avec la défense effective du royaume. Votre soutien est crucial pour qu’advienne une réinstallation réussie. Cela démontera que les gouvernements du Royaume-Uni et des U.S.A. sont en mesure de faire preuve de la stature morale qui corrigera les torts que nous avons endurés durant près d’un demi-siècle.

Olivier BANCOULT

Leader du Groupe Réfugiés Chagos

(Maurice et Royaume-Uni) »

[1Dans cette lettre d’octobre 2010, adressée au conseil d’Olivier Bancoult, Me Richard Gifford, le Pr. Lawrence Korb fait état de son expérience d’Assistant au Secrétaire d’Etat à la Défense et de ses 23 années de service dans la Réserve Navale U.S. avant d’écrire : ’’Je ne vois aucune raison de sécurité nationale qui interdirait le retour des Chagossiens aux Chagos. De fait, après avoir réexaminé toute l’histoire, je ne comprends pas pourquoi ils furent expulsés dans les années 1960 et 1970’’. Et il ajoute : ’’Il n’y a aucune bonne raison de penser que le retour des Chagossiens à Diego Garcia saperait la mission de la base. Il existe de par le monde nombre de bases avec la population indigène vivant à proximité et même avec un personnel issu de cette population’’.


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