Droits humains

Soutien de l’Équateur à Julian Assange

Un cyberdissident occidental obtient le statut de réfugié politique dans un pays de l’ALBA

Céline Tabou / 18 août 2012

Le célèbre cyberdissident, Julian Assange, connu pour son site Wikileaks, a trouvé refuge à l’ambassade d’Équateur à Londres. Le pays a accordé l’asile politique à l’informaticien australien, défiant les grandes puissances occidentales.

Quito « a décidé d’accorder l’asile diplomatique au citoyen (australien) Julian Assange », a annoncé jeudi 16 août, le ministre équatorien des Affaires étrangères Ricardo Patino, mettant fin à une attente de plus de deux mois.

Tensions diplomatiques en perspectives

En réponse à l’asile politique accordé, les Britanniques ont réagi vivement en menaçant d’investir l’ambassade équatorienne à Londres pour « mettre la main sur Julian Assange et l’extrader vers la Suède », a indiqué “Le Monde”. Cette réaction n’a fait que conforter les Équatoriens, soucieux de leur souveraineté nationale. Le ministre des Affaires étrangères, Ricardo Patiño, a expliqué la décision de son gouvernement : « Il n’aurait pas droit à un procès équitable, il pourrait être jugé par des tribunaux spéciaux ou militaires ».
Le fondateur de WikiLeaks a tenté tous les recours juridiques au Royaume-Uni contre le mandat d’extradition lancé par la Suède, qui le soupçonne de viol et d’agression sexuelle quelques mois après les premières importantes révélations publiées sur le site du cyberdissident. Réfugié depuis le 19 juin à l’ambassade d’Équateur à Londres, où il avait déposé une demande d’asile politique pour éviter son extradition.
Selon Ricardo Patino, l’Équateur a considéré que si l’homme « était placé en détention préventive en Suède, il se produirait une chaîne d’événements qui ne pourraient éviter son extradition » ultérieure dans un pays tiers comme les États-Unis, a indiqué l’Agence France Presse.

Il risque d’être assassiné aux États-Unis

S’il est extradé vers la Suède, le fondateur de WikiLeaks pourrait être transféré dans aux États-Unis. Le pays accuse Julian Assange d’espionnage après la divulgation par son site de 250.000 télégrammes diplomatiques américains. Aux États-Unis, le cyberdissident risque donc d’être traité comme un espion, dans un pays où la peine de mort existe encore.
Les télégrammes publiés sur Wikileaks ont remis en cause toute la diplomatie américaine et mis en évidence des exactions commises par l’armée US en Irak. C’est pour cette raison que le ministre équatorien a tenu à protéger Julian Assange, car « il n’est pas improbable qu’un traitement cruel et dégradant lui soit réservé et qu’il soit condamné à la peine capitale ».
De son côté, la porte-parole du département d’État Victoria Nuland a assuré que Washington n’est aucunement impliqué dans le conflit diplomatique entre Londres et Quito. Washington dément toute pression sur le gouvernement britannique : « je rejette pleinement les accusations selon lesquelles les États-Unis ont l’intention de le persécuter », a insisté Victoria Nuland.

Un camouflet pour les pays occidentaux

Par cette décision, le gouvernement équatorien a aujourd’hui l’image "du petit pays qui défie les grands" ce qui ravit la gauche latino-américaine. Toutefois, l’Organisation des États américains (OEA), qui regroupe une trentaine de pays, s’est réunie d’urgence jeudi soir à Washington pour traiter des relations entre l’Équateur et la Grande-Bretagne. « Nous avons une proposition pour que les ministres des Affaires étrangères se réunissent le 23 août à Washington », mais la décision finale a du être prise vendredi, a déclaré le président du Conseil permanent de l’OEA, le Jamaïquain Stephen Vasciannie.
Les ministres des Affaires étrangères de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) et de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) devraient se réunir ce week-end à Guayaquil, en Équateur, pour analyser la situation. L’affaire Wikileaks aura fait couler beaucoup d’encre et entraîné des tensions diplomatiques internationales, mais la position de Julian Assange aura conforté les convictions des anti-impérialistes et des anti-américains qui dénoncent la main mise des puissances économiques mondiales sur les pays les plus vulnérables.

Céline Tabou

L’Alliance bolivarienne pour les Amériques

L’Équateur est membre de l’ALBA-TCP, une organisation politique, sociale et économique qui promut la coopération entre plusieurs pays d’Amériques Latine et des Caraïbes. L’Antigua-et-Barbuda, la Bolivie, Cuba, Dominique, l’Équateur, le Honduras, le Nicaragua, Saint-Vincent-et-les Grenadines et le Venezuela composent l’ALBA. Ces pays s’élèvent contre le « consensus de Washington » qui prônait dans les années 1990 la déréglementation et la mise en place de mesures néolibérales. Dénonçant les privatisations, ils proposent de favoriser le secteur public en mettant en place des échanges économiques et commerciaux entre les pays de la zone.

L’annonce de Quito a ravi une partie des pays d’Amérique latine, comme le Venezuela qui a dénoncé « l’arrogance » et « la prépotence » du gouvernement britannique. Le pays a également demandé pour la Grande-Bretagne de "respecter non seulement le droit international, mais aussi le droit d’asile politique"accordé à Julian Assange.

C.T.


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