Droits humains

Succès du rassemblement pour la paix à Mayotte

Appel au rétablissement de l’état de droit et à la solidarité avec les victimes des expulsions

Témoignages.re / 30 mai 2016

À l’appel de 14 organisations, un rassemblement s’est tenu samedi sur le parvis des Droits de l’Homme, devant le théâtre de Champ-Fleuri à Saint-Denis. Face à l’aggravation des violences, les nombreux participants à cette action témoignent de l’urgence de rétablir l’ordre républicain à Mayotte et d’organiser au plus vite le dialogue « pour une paix sociale durable ».

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Le 24 mai dernier, le Parti communiste réunionnais avait tenu une conférence de presse au sujet de la situation à Mayotte et ses conséquences à La Réunion. Il avait demandé au gouvernement de rétablir l’ordre républicain et de prendre toutes les initiatives nécessaires pour rapprocher Mayotte de ses îles soeurs ». En effet, depuis plusieurs semaines, les violences se sont aggravées à Mayotte. Des personnes sont prises pour cible, chassées de leurs maisons. Elles sont regroupées sur une place de Mamourdzou dans des conditions très précaires. C’est un camp de réfugiés dans un département français.

Cette prise de position du PCR était loin d’être isolée. À Mayotte, Médecins du Monde avait interpellé l’État pour sortir d’une crise qui oblige près d’un millier de personnes à vivre dans des conditions sanitaires déplorables. À La Réunion, un collectif d’associations a lancé le 25 mai un appel au rassemblement samedi à Saint-Denis sur la base des revendications suivantes ; « Pour l’arrêt immédiat des violences collectives à Mayotte ; pour le rétablissement de l’état de droit dans l’Île ; pour une paix sociale durable à Mayotte ». Ce collectif est composé des organisations suivantes : le CRAN, la FCPE 974, l’association Generation Yakweli, la CIMADE Réunion, l’AMR (Association musulmane de La Réunion), l’Association Hamahamet Comores Réunion, les CEMEA - Réunion, la Ligue de l’Enseignement Fédération de la Réunion, Amnesty International Groupe de la Réunion, l’association Mahoraise Maecha Mema (Vivre mieux), l’association Rasine Kaf, l’Association Comorienne Bambao à la Réunion, l’association Ansortaou, la LDH Réunion.

Le danger de la division

Ce samedi à 11 heures, une foule nombreuse avait répondu à l’appel. Outre les associations, la présence de responsables politiques dont Maurice Gironcel, co-secrétaire général du PCR, de syndicalistes, soulignait la nécessité d’agir vite pour trouver une issue durable à la crise qui déstabilise Mayotte.

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Parmi les participants, Maurice Gironcel, co-secrétaire général du Parti communiste réunionnais.

Trois intervenants ont alors pris la parole. MIhidiori Ali pour l’association Génération Yakweli, structure regroupant des habitants de La Réunion venant des Comores, a lu une lettre d’un frère réunionnais à un frère mahorais. Ce texte met en garde contre les dangers de la division. Il rappelle qu’en 1994, le Rwanda avait été ensanglanté à la suite de discours de haine visant à monter une partie de la population contre une autre.

« Mon frère, quel était donc ton but quand, avec ce bâton dans une main et cette pierre dans l’autre, tu as saccagé puis brûlé cette case de fortune construite en tôle et couverte de bâche ? »

« N’as-tu pas réalisé qu’il y avait en face de toi, dans cette case, une mère et ses enfants originaires de l’Ile sœur qui, à ta vue, pris de terreur, n’avaient d’autre alternative que de fuir pour préserver leur sécurité ? ».

« Je ne reconnais plus mon île »

« Arrête ce que tu fais et tourne ton regard vers ces personnes, ces femmes et ces enfants qui campent à ciel ouvert sur la place de la République en plein cœur du centre-ville, dans la plus grande précarité, sans l’hygiène élémentaire ni la moindre intimité et une situation sanitaire qui se dégrade chaque jour avec son lot de maladies. Ces personnes ont peur de toi. Si tu ne te ressaisis pas, tu risques de perdre à tout jamais ton âme et de sortir du champ de l’humanité pour tomber dans l’inhumanité absolue. Cela ne peut être concevable. C’est pourquoi, mon frère, écoute cette voix qui vient de la Réunion te rappeler à la raison et prends la main qui t’est tendue pour qu’ensemble, nous sortions rapidement de l’abime ».

Mohamed Boura de l’association Maecha Mema (Vivre mieux), réunissant des Mahorais de La Réunion, s’est également exprimé.

« Je ne reconnais plus mon île. Il ne faut pas oublier qu’il y existe un peuple. Que fait l’État français, où est le droit ? », a-t-il dit. « Qui peut me dire que l’État ne peut pas défendre 375 kilomètres carrés ? Que l’on ne puisse pas me faire croire que l’on ne puisse pas faire une paix durable entre nos 4 îles sœurs ? ».

Il a fustigé la responsabilité des deux gouvernements, français et comoriens, et appelé à la mobilisation pour que l’on sorte de ce chaos.

Solidarité à l’égard des victimes

Isnelle Gouljar de la Ligue des Droits de l’Homme a conclu le rassemblement. « La Réunion est particulièrement concernée au titre de la solidarité indianocéanique et à raison des menaces que la poursuite de ces violences ferait peser sur la cohésion sociale réunionnaise », a-t-elle dit. Et de préciser les revendications du collectif :

« Nous demandons à toutes les forces vives de la société mahoraise de contribuer positivement à l’apaisement, en s’appuyant sur les valeurs d’humanité et de fraternité ; nous demandons spécialement aux autorités traditionnelles et aux élus de la République à Mayotte, non seulement d’éviter toute expression pouvant s’assimiler à des appels à la haine, mais de condamner publiquement tout recours à la violence ; nous demandons aux autorités de la République de prendre toute mesure immédiate pour rétablir l’état de Droit et donner une suite judiciaire aux actes commis ». Les élus et les autorités sont interpellées car « l’État ne peut rester simple observateur face à la répétition de telles pratiques ». « Aujourd’hui, il nous appartient à nous Réunionnais et spécialement à nos responsables associatifs, civils, administratifs et politiques, d’exprimer notre ferme condamnation à l’égard des actes répréhensibles commis à Mayotte et notre solidarité à l’égard des victimes », a-t-elle souligné. Elle a annoncé « qu’un collectif dont fait partie la section de la LDH à Mayotte, s’est crée à Mayotte pour aider les familles qui sont sur la place de la République. Nous invitons les associations et les particuliers à participer à ce pont de solidarité entre nos îles sous quelque forme que ce soit ».

C’est sur cet appel à la solidarité et à une paix durable à Mayotte que s’est conclu le rassemblement.

M.M.


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