Droits humains

« Tous des Nègres et des putes ! »

Témoignages.re / 10 juillet 2010

En France, les juges condamnent les propos racistes d’un préfet et du ministre de l’Intérieur.
À La Réunion, les juges tergiversent et bottent en touche.
Pourquoi ce déni ?

Sous le titre, « L’art de faire des rencontres aux colonies », publié le 9 juin 2010, le “JIR”, relatant le procès intenté au professeur de Lettres, Serge Copy, pour atteintes sexuelles contre deux lycéennes, écrit :
« C’est lors de son audition par les enquêteurs et devant le tribunal que Serge Copy va dévoiler son vrai visage. “Je venais de Mayotte et j’avais besoin de faire des rencontres rapidement”, tente-t-il d’expliquer.
“Vous avez de drôles de façons de faire des rencontres”, constate le président Oget.
Mais le prévenu va encore plus loin dans ses déclarations : “Je suis blanc et, de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p… et c’est comme cela qu’il faut faire” , lance Serge Copy, sous le regard atterré non seulement du tribunal, mais aussi de l’ensemble des personnes présentes dans la salle d’audience. “Il a un comportement particulièrement inquiétant”, souligne Dominique Auter. “Ces déclarations démontrent un état d’esprit très particulier et qui jette un certain discrédit”, poursuit le vice-procureur en requérant une peine de 6 à 8 mois avec sursis ».

Le “JIR” précise donc que les déclarations de Serge Copy ont été faites devant le Tribunal correctionnel « sous le regard atterré non seulement du tribunal, mais aussi de l’ensemble des personnes présentes dans la salle d’audience » .

À moins de se lancer dans un procès contre les journalistes qui auraient tendance à “romancer”, comme on l’entend actuellement de la part de dirigeants de la majorité présidentielle, on ne peut contester ce qu’a écrit le “JIR”. C’est donc « sous le regard atterré non seulement du tribunal, mais aussi de l’ensemble des personnes présentes dans la salle d’audience » que M. Serge Copy s’est livré à cette déclaration raciste.

Et le vice-procureur Dominique Auter, pas plus que le président Francis Oget, n’ont réagi séance tenante si ce n’est pour faire état de leur étonnement (président Oget) et inquiétude (vice-procureur Auter). Et, lorsque "Témoignages" en a fait la remarque, la réponse fut : « ces propos ont été tenus devant les gendarmes par une personne se trouvant sous l’emprise de la boisson ».

Outre le fait que le tribunal n’accepte jamais que l’emprise d’un état alcoolique soit une circonstance atténuante, le compte-rendu du “JIR” démontre que les propos tenus par M. Serge Copy ont été réitérés et assumés par leur auteur au cours même de l’audience correctionnelle.
Il est donc incompréhensible que ni le vice-procureur, ni le président du tribunal n’aient aussitôt réagi dans le sens que la loi leur fait une obligation de suivre.
Pour affirmer cela, nous nous appuyons sur le Code pénal, d’une part, mais également sur le récent jugement condamnant non pas un enseignant, mais l’un des principaux ministres de l’actuel gouvernement, M. Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur.
Évoquant les propos du ministre, « Quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes », les juges de la 17ème Chambre correctionnelle du TGI de Paris mettent l’accent sur le fait que ces propos visent « les personnes d’origine arabe ».
Et, dans leur jugement du 4 juin 2010, ils expliquent leur position :
« L’affirmation ainsi proférée, sous une forme lapidaire qui lui confère un caractère d’aphorisme, est incontestablement outrageante, sinon méprisante, pour les personnes concernées, qui ne se voient pas seulement exclusivement définies par leur origine, indépendamment de ce que postule le libre arbitre ou de ce qui fait une individualité, la singularité d’un parcours, les qualités ou les défauts d’un caractère, mais sont présentées comme facteur de "problèmes", soit, négativement, du seul fait de leur origine, laquelle révélerait une essence commune dans les limites de laquelle il conviendrait de les enfermer.
Ainsi exprimé, le propos ne se réfère à aucun fait précis, il souligne sinon une menace, du moins une difficulté ou une préoccupation d’ordre général, en ne l’imputant à rien d’autre qu’à l’origine réelle ou supposée des personnes, et à leur nombre.
Le propos est punissable aux termes de la loi, dès lors qu’il vise indistinctement un groupe de personnes non autrement identifiées que par un des éléments énoncés par l’article 33, alinéas 3 ou 4, de la loi du 29 juillet 1881 : origine, appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, ou encore sexe, orientation sexuelle, handicap. Il le serait, sous cette forme ("Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes") pour tout autre groupe de personnes défini par un quelconque des critères, énoncés par la loi, de détermination du groupe des personnes à protéger (les juifs, les noirs, les catholiques, les femmes, les homosexuels, les non-voyants, etc.). Il l’est, en l’espèce, pour toutes les personnes d’origine arabe, stigmatisées, à ce seul motif, comme créant des "des problèmes" ».

Dans le cas des propos racistes de M. Serge Copy, sommes-nous dans une situation différente ? Pas du tout. M. Serge Copy enferme tous les Réunionnais dans une catégorie qu’il qualifie d’un terme dont il use comme un outrage : « Tous des nègres » . Pour les outrager ainsi, il proclame sa propre appartenance « Je suis Blanc » , appartenance qu’il situe au-dessus « des Nègres » et dont il tire avantage pour s’autoriser des atteintes sexuelles contre de jeunes lycéennes pour la simple, unique et très bonne "raison” qu’elles sont « Nègres » et donc forcément « putes et c’est comme ça qu’il faut faire ». Et, par surcroît, M. Serge Copy aggrave son cas du fait du caractère public de ses imputations.

Les injures racistes sont réprimées par l’article 29 de la loi de 1881 (modifiée par les lois du 1.7.1972 et du 13.7.1990 ) stipulant que l’infraction est constituée par « toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait ». Les articles 23, 32 et 33 de la loi prévoient une peine d’amende de 12.000 euros.
Et s’il s’agit d’une diffamation et d’une injure publique à caractère discriminatoire, la sanction est plus lourde lorsque l’injure a été lancée à l’encontre d’une personne ou d’un groupe de personnes eu égard à l’origine, l’appartenance à une ethnie, à une nation ou à une religion ou encore une injure en fonction du sexe, d’une orientation sexuelle ou d’un handicap.
Si l’injure est publique, la peine encourue est alors d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende pour diffamation, et de 6 mois de prison et de 22.500 euros d’amende pour une injure raciste.

Alors, notre question reste la même et, faites-nous confiance, nous continuerons de la poser infatigablement tant qu’on n’y aura pas répondu : pourquoi, en présence de telles injures, insultes et diffamations racistes publiques, un vice-procureur, un président de tribunal et ses assesseurs sont-ils restés inertes au lieu de réagir sur le champ comme le leur commande la loi ?
Pourquoi un tel déni ?

Jean Saint-Marc



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Messages






  • Enfin ça commence à bouger, ça va peut-être chauffer !! Tiens bon Sylvie ton appel va faire hurler ceux qui seront poursuivis.

    Merci Mr Karam pour votre intervention, enfin vous êtes pour la tolérance zéro pour les racistes, j’aimerai que la République fasse un "arrêt-public" à toutes formes de racismes.

    Merci encore Mr Karam, vous venez en cette date du 8 juillet 2010, de par votre prise de position libérer le peuple de l’île de la Réunion de cette forme de colonialisme qu’est "l’esclavage des mots" qui est aussi celui de trop de "maux".

    C’est avec impatience que j’attends de voir ce que le ministre Luc Chatel mettra en application effective selon la réponse qu’il vous a faite.

    Ce sujet est trop important pour qu’il finisse comme "lettre morte" noyée par les médias.

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  • Je voudrais juste que ce Monsieur s’ouvre les veines pour voir si son sang est de la même couleur que le mien ! Au moins, à ce moment, il comprendra quelque chose avant de mourir, non moins bien qu’un nègre bien sur.
    C’est devenu tellement courant ces agressions et injures verbales (bien que répressibles) que j’en devient presque blasé et que ce même sang rougeoyant ne bout plus dans mes veines quand j’entends de telles paroles(c’est inquiétant d’ailleurs).
    Pour terminer, je modèrerai les miennes et je dirai simplement qu’il faut de tout pour faire un monde mais qu’à un certain niveau, il vaudrait mieux ne pas avoir ce "tout" et se contenter de l’utile.

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