Droits humains

Un métier à risques

Agent de sécurité sur bus

Jean Fabrice Nativel / 7 mars 2012

Patrick était agent de sécurité au sein des Cars Jaunes pour le compte d’un privé. Du jour au lendemain, il a déposé sa lettre de démission. Dans une interview accordée à “Témoignages” et sous un prénom d’emprunt, il explique les raisons de cette décision réfléchie.

Comme ça, vous posez votre démission ?

— Cette décision, je l’ai prise après discussions avec ma femme et mes enfants. J’étais usé.

Usé par un métier qu’il apprécie

Quel est votre emploi ?

— J’interviens sur les bus jaunes comme agent de sécurité au titre d’une entreprise. Je veille au bon déroulement du trajet : le contrôle des tickets et cartes, le respect des entrées et sorties — on monte par la porte avant, et on descend par celle de derrière —, et aussi des sièges, des couloirs, du chauffeur et des usages entre eux…

Cette description laisse à penser que votre journée se déroule bien ?

— Et bien, figurez-vous que c’est loin d’être la réalité !

Du papier à la réalité

Que cache cette réalité ?

— Mon métier, je l’aime ! Pour autant, je ne peux mettre ma santé en jeu. Et pour cause entre ce que je dois faire et ce que je fais, le fossé se trouve grand. En fait, tous les jours, des passagers tentent de s’infiltrer sans payer. L’un d’entre eux me présente une carte d’identité féminine, une autre me dit de venir prendre son ticket dans son… un autre m’injure. Après un contrôle de police, il n’est pas rare que l’on trouve sous les sièges des barres de fer, des morceaux de bois, etc.

Des représailles… et une santé fragile

Tous les jours, vous évoluez dans de telles conditions ?

— Oui monsieur ! Parfois même, je suis contraint d’arrêter le bus pour en descendre les personnes en défaut. Et lorsque l’on se remet en route, elles nous jettent des galets. A des stations, on ne s’arrête plus par précautions. On guette notre arrivée. Sans compter les menaces de mort ou de représailles sur les membres notre famille. On nous promet de nous retrouver tôt ou tard. Quand cela est possible, on joue au médiateur. Sinon, on alerte la police. Comme vous le constatez, on se demande au final qui a besoin de sécurité, les passagers ou nous mêmes.

Vous alertez vos supérieurs ?

— Bien entendu. On nous ressert à chaque fois la même mélodie. On réfléchit à l’amélioration de vos conditions de travail. En 4 ans, les miennes autant que ma santé se sont dégradées. Qui plus est, au lieu de travailler 35 heures par semaine, on va au-delà — sans être payé.

Patrick était sur le point de commettre l’irréparable. Sa femme, ses enfants et « mes potes m’ont raisonné ». « J’ai préféré déposer ma démission pour prendre soin de ma santé », confie-t-il. Aujourd’hui, « je souffre du diabète, de l’hypertension », décrit-il. Et d’ajouter, « je suis passé tout proche d’un AVC ».

Patrick mi koné pa kosa i fo di a ou. Sak ou la di, la touch a moin. Ou la di a moin ke na dot travayèr i viv la mèm choz. Zot i koz pa, i ankès solman. Pou moin i soré tan i rogard din pé pli pré zot situasyon. Sa i fé pans a moin dan in gran lantropriz fransèz na domoun i suysid a zot ! Solman, i fo pa nou ariv la.

JFN


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