Droits humains

Une Place du 17 octobre 1961 à Aubervilliers

Condamnation de la répression

Témoignages.re / 19 janvier 2015

Paul Vergès en tant que directeur de Témoignages avait été condamné à de la prison ferme pour avoir reproduit des articles du Monde et de l’Humanité rendant compte de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961. Ce mardi à Aubervilliers, la commune inaugurera une place du 17 octobre 1961. Cet événement rappelle qu’à La Réunion, la liberté d’expression était combattue par le pouvoir, et souligne la justesse du combat mené par les communistes réunionnais pour vaincre la censure. Voici un communiqué du MRAP d’Aubervilliers publié sous la signature de son président Fayçal Megherbi, présentant cette inauguration.

« Le 18 décembre 2014, la ville d’Aubervilliers a décidé par un vote unanime de son Conseil municipal de commémorer les événements du 17 octobre 1961 en attribuant à une place de la ville le nom de « Place du 17 octobre 1961 ».
Des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement, avec femmes et enfants, à Paris contre le couvre-feu discriminatoire qui leur avait été imposé par Maurice Papon, préfet de police de Paris.
Ils défendaient par cette action leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Des centaines perdirent la vie, victimes d’une violence et d’une brutalité extrême des forces de police.
En 1961, le couvre-feu raciste de Papon visait « les Français musulmans ». La République trahissait ses principes en créant une catégorie à part de Français. Aujourd’hui, nos dirigeants, des hommes et femmes politiques, et pas seulement dans l’extrême-droite officielle, parlent des Français « issus de », de Français d’origine étrangère, de Français de papiers, de bons ou de mauvais français. On distingue de plus en plus des catégories de Français, avec une hiérarchisation. Des circulaires administratives ciblent des personnes en fonction de leur origine, des fichiers clandestins établiraient des généalogies familiales.
Partout aux portes de Paris, aux bouches de métro, la police traque l’Arabe avec une férocité sans nom. Dans les commissariats, on humilie, on tue même. Au gymnase Japy, toute la nuit, on torture. De ce même pont Saint-Michel, des Algériens sont assommés et jetés ligotés dans les eaux glacées de la Seine.
Du 17 au 20 octobre 1961, plus de 11 000 personnes seront raflées, parquées comme du bétail, à la Porte de Versailles, à Vincennes. Bilan : au moins 200 morts et 400 disparus.
En 2012, à l’occasion du 51e anniversaire de la manifestation, le président François Hollande « reconnaît avec lucidité », au nom de la République, la « sanglante répression » au cours de laquelle ont été tués « des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ».

Avec l’inauguration de la place du 17 octobre 2017 à Aubervilliers, il y a pour nous, associations des droits de l’homme, une continuité évidente dans les luttes anticoloniales de cette époque et le combat, d’aujourd’hui, pour la tolérance, le vivre ensemble et l’égalité réelle des droits dans tous les domaines pour tous les citoyens.

Aujourd’hui, la mairie d’Aubervilliers nous donne rendez-vous le mardi 20 janvier 2015 à 16h30 contre l’oubli.
Le rassemblement de ce jour est une pierre supplémentaire à la construction et au renforcement de ces valeurs qui nous unissent pour un avenir de paix et de vivre ensemble.

Paris, le 19 janvier 2015 »


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