Droits humains

Une première étape positive… mais à suivre

Réinstallation des Chagossiens aux Chagos

Alain Dreneau / 4 décembre 2014

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Manifestation des Chagossiens devant la Haute cour de Londres.

La lutte des Chagossiens, si longue et si exigeante, leur a appris à ne jamais s’enflammer mais à toujours analyser avec le maximum de calme et d’objectivité l’état d’avancement de leur combat pour leur retour aux Chagos. Le dernier événement en date n’échappera pas à cette règle. S’il constitue une étape véritablement positive dans le long chemin qui est le leur, il n’est pas encore, loin s’en faut, l’arrivée à l’objectif ultime.

Cet événement, qui date de ce mois de novembre 2014, n’est autre que le rendu du rapport préliminaire de l’étude sur la faisabilité de la réinstallation des Chagossiens aux Chagos. Rappelons que le gouvernement britannique a décidé en 2013 de lancer une nouvelle étude de faisabilité qu’il promettait d’être "transparente, complète et loyale" (la première étude, menée en 2001-2002 avait été téléguidée par les autorités). C’est le premier rendu qui vient d’être livré, le rapport définitif étant annoncé pour janvier 2015.

Alors, que contient ce rapport fait par l’équipe d’experts du cabinet international KPMG ? Il conclut de façon favorable à une réinstallation, en focalisant ses options sur une opération pilote, à l’échelle dans un premier temps de 150 personnes. Sa recommandation opte clairement pour une installation sur l’île de Diego Garcia, dans la partie nord orientale de l’île, non militarisée. Cette préférence est fondée sur la prise en considération des possibilités offertes par les infrastructures déjà en place (piste d’aérodrome, centrale électrique, …).
Tous les aspects sont traités dans cette étude, pour une réinstallation non pas "folklorique" mais adaptée à la vie de notre siècle (environnement et développement durable, éducation et santé, activités économiques, administration et gouvernance…). Les Chagossiens ont pu en juin dernier, dans des conditions parfois délicates, commencer à exprimer leur point de vue. Ils sont bien décidés, en tant que premiers intéressés et acteurs de cette réinstallation, à faire part de leurs propositions, de leurs options, de leur regard porté sur "leurs" îles Chagos. Dès les prochains jours, ils vont se réunir et travailler selon leur habitude, collective et solidaire.
Ce qui saute aux yeux du moindre observateur, c’est que ce projet de réinstallation ne sera que de la poudre aux yeux si Grande-Bretagne et Etats-Unis ne parviennent pas à inventer un "modus vivendi" afin d’accompagner ce modeste retour des Chagossiens chez eux. Le retour d’une population très soucieuse de l’environnement, très adepte des énergies non polluantes, aux savoir-faire diversifiés, au fort désir d’éducation et de santé, comme le note l’équipe des consultants.

La période qui s’ouvre au soir du 31 décembre 2014 sera cruciale et elle durera au maximum deux années, jusqu’au 31 décembre 2016. C’est la période fixée il y a 50 ans pour le renouvellement du bail, avec donc des amendements possibles. Il ne faut pas oublier à propos de cette négociation nécessaire que le président Obama , quand il s’était défaussé en décembre 2012 face à la pétition des Chagossiens adressée à la Maison Blanche, avait affirmé que la solution au problème chagossien relevait de la partie britannique. C’est dans cette logique qu’il faut situer l’étude commanditée par Londres, dont on a le rapport préliminaire aujourd’hui.
L’heure est donc à l’extrême vigilance, pour saisir la balle au bond. La balle que l’Histoire est peut-être en train de faire rouler à la portée des Chagossiens, qui vont tout faire pour ne pas la laisser passer.

Alain Dreneau
(membre du Comité Solidarité Chagos La Réunion)


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