Droits humains

« Wikileaks révèle les dossiers secrets de tous les prisonniers de Guantánamo »

Pourquoi Julian Assange est-il un cyberdissident ?

Témoignages.re / 18 août 2012

Voici un aperçu des révélations publiées par Wikileaks. Cela concerne ici les constantes atteintes aux droits humains perpétrées par le gouvernement des États-Unis dans la prison de Guantanamo, enclave US sur l’île de Cuba. Ces révélations valent à Julian Assange d’être un cyberdissident, traqué par des puissances occidentales. Il risque une lourde condamnation pour avoir voulu informer l’opinion des méthodes utilisées par ceux qui ont déclenché la guerre contre l’Afghanistan et l’Irak.

Dans sa dernière publication de documents US confidentiels, Wikileaks fait jaillir la vérité sur une célèbre icône de la "Guerre contre le terrorisme" de l’administration Bush, la prison de Guantanamo Bay, à Cuba, qui a ouvert le 11 janvier 2002 et demeure ouverte sous le président Obama, malgré sa promesse de fermer le centre, objet de vives critiques, durant la première année de sa présidence.
Dans les milliers de pages de documents datant de 2002 à 2008 jamais dévoilés au public ni dans les médias, les dossiers de la majorité des prisonniers détenus à Guantánamo — 765 sur 779 au total — sont décrits en détail dans des notes de JTF-GTMO, la "Joint Task Force" de Guantánamo Bay, au Commandement US Sud à Miami, Floride.
Ces notes, qui contiennent les recommandations de JTF-GTMO pour maintenir en détention les prisonniers en question, ou les relâcher (les transférer aux gouvernements de leur lieu de résidence ou à d’autres gouvernements), contiennent une profusion d’information importante et jusqu’alors non divulguée, comprenant par exemple les évaluations de santé, et, dans le cas de la majorité des 172 prisonniers encore détenus, des photos (une première dans la plupart des cas).

Innocents détenus par erreur

Elles comprennent également des informations sur les 201 premiers prisonniers libérés de la prison entre 2002 et 2004, qui, contrairement à l’information relative au reste des prisonniers (des résumés des preuves et transcriptions d’audiences ont été diffusés suite à un procès par des groupes de médias en 2006), n’ont jamais été publiées. La plupart de ces documents révèle une incompétence familière à ceux qui ont étudié Guantánamo de près, avec des innocents détenus par erreur (ou parce que les US offraient des récompenses substantielles à ses alliés pour des suspects d’Al-Qaeda ou talibans), et de nombreux soldats de base insignifiants des talibans en Afghanistans et au Pakistan.
Au-delà de ces cas inconnus jusqu’alors, les documents révèlent également les histoires des 399 autres prisonniers libérés de septembre 2004 à ce jour, et des sept hommes qui sont morts dans la prison.
Ces mémos sont signés par les commandants de Guantánamo de l’époque, et décrivent si les prisonniers en question sont considérés à faible, moyen, ou haut risque. Bien que n’étant évidement aucunement conclusifs en soi, et comme les décisions finales sur le traitement des prisonniers étaient prises à un niveau plus élevé, ils représentent non seulement les opinions de JTF-GTMO, mais aussi celle de l’unité opérationnelle d’enquête criminelle ("Criminal Investigation Task Force"), créée par le Département de la défense pour conduire des interrogatoires dans la "Guerre contre le terrorisme" et les BSCTs, équipes de sciences comportementales composées de psychologues qui avaient un pouvoir décisionnel majeur dans l’"exploitation" des prisonniers interrogés.

Des accusations peu fiables

Il est important de noter que les documents contiennent également les explications détaillées des supposés renseignements utilisés pour justifier la détention des prisonniers. Pour beaucoup de lecteurs, elles seront les sections les plus fascinantes des documents, car elles offrent un aperçu extraordinaire du fonctionnement du renseignement US, mais alors que beaucoup des documents semblent promettre des preuves de l’association des prisonniers avec al-Qaeda ou d’autres associations terroristes, une extrême prudence est de mise. Les documents s’appuient sur les récits de témoins — la plupart du temps, d’autres prisonniers — dont les paroles sont peu fiables, soit parce qu’ils ont été sujets à torture ou d’autres formes de coercition (parfois pas à Guantánamo, mais dans des prisons secrètes opérées par la CIA), ou parce qu’ils ont fait de fausses déclarations pour obtenir un meilleur traitement à Guantánamo.

Utilisés pour attaquer l’Irak

Certains des témoins dont les paroles doivent être considérées comme indignes de confiance apparaissant régulièrement dans les documents sont les "détenus à haute valeur" ("high-value detainees") ou "prisonniers fantômes" ("ghost prisoners") ci-dessous. Notez que les "ISN" et les chiffres entre parenthèses suivant les noms des prisonniers sont le "Numéros d’internement" ("Internment Serial Numbers") par lesquels les prisonniers sont ou ont été identifiés lors de la détention US :

Abu Zubaydah (ISN 10016), le soi-disant "détenu à haute valeur" arrêté au Pakistan en mars 2002, a passé quatre ans et demi dans les prisons secrètes de la CIA, y compris des centres en Thaïlande et en Pologne. Sujet au "waterboarding", forme de noyade contrôlée, et ce à 83 reprises lors de sa détention par la CIA en aout 2002, Abu Zubaydah a été transféré à Guantánamo avec 13 autres "détenus de haute valeur" en septembre 2006.

Ibn al-Shaykh al-Libi (ISN 212), l’émir d’un camp d’entrainement militaire dont Abu Zubaydah était le gardien, qui, bien qu’ayant eu son camp fermé par les Talibans en 2000 car il avait refusé qu’al-Qaeda s’en empare, est décrit dans ces documents comme le commandant militaire d’Osama bin Laden à Tora Bora. Peu de temps après sa capture en décembre 2001, al-Libi a été transféré par la CIA en Égypte, ou, sous la torture, il a faussement avoué que des dirigeants d’al-Qaeda avaient rencontré Saddam Hussein pour discuter de l’obtention d’armes chimiques et biologiques. Al-Libi a rétracté ce mensonge en particulier, mais il a néanmoins été utilisé par l’administration Bush pour justifier l’invasion de l’Iraq en mars 2003. Al-Libi n’a jamais été envoyé à Guantánamo, bien qu’à un certain point, probablement en 2006, la CIA l’a renvoyé en Libye, où il a été emprisonné et/ou il mourut, supposément en se suicidant, en mai 2009.

Détenus dans des prisons secrètes

Sharqawi Abdu Ali al-Hajj (ISN 1457), yéménite, aussi connu sous le nom de Riyadh le Facilitateur, a été arrêté dans le raid d’une maison au Pakistan en février 2002, est décrit comme "un facilitateur d’al-Qaeda". Après sa capture, il a été transféré dans une prison de torture en Jordanie opérée pour le compte de la CIA, ou il a été détenu pendant près de deux ans, puis a été détenu durant 6 mois dans des prisons US en Afghanistan. Il a été envoyé à Guantánamo en septembre 2004.

Sanad Yislam al-Kazimi (ISN 1453), un yéménite, qui a été arrêté aux Émirats Arabes Unis en janvier 2003 et détenu dans trois prisons secrètes, notamment la "Prison Obscure" près de Kaboul et un complexe secret dans la prison US de la base aérienne de Bagram. En février 2010, dans un tribunal d’instance de Washington D.C., le juge Henry H. Kennedy Jr. a accordé la demande d’habeas corpus d’un prionniers yéménite, Uthman Abdul Rahim Mohammed Uthman, principalement parce qu’il refusait d’accepter les témoignages produits par Sharqawi al-Hajj ou Sanad al-Kazimi. Comme il le déclara, "La Cour ne s’appuiera pas sur les déclarations de Hajj ou Kazimi car des preuves irréfutables ont été enregistrées qu’à l’époque des interrogatoires durant lesquels ils ont fait ces déclarations, les deux hommes avaient récemment été torturés."
Parmi les autres figurent notamment Ahmed Khalfan Ghailani (ISN 10012) et Walid bin Attash (ISN 10014), deux autres "détenus à haute valeur" transférés à Guantánamo en septembre 2006 après avoir été détenus dans les prisons secrètes de la CIA.


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