Logement

L’habitat indigne continue de progresser à La Réunion

Rapport régional de la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement

Céline Tabou / 24 février 2015

L’agence réunionnaise de la Fondation Abbé Pierre a exposé ses deux nouvelles priorités pour 2015, lundi 23 février. Thierry Hergault, délégué régional, a rappelé l’importance du mal-logement à La Réunion et mis en avant ses conséquences sociales, dans un contexte économique et social qui s’aggrave. La Fondation Abbé Pierre présentera aujourd’hui publiquement son rapport, à 8h30 au multiplex Cinépalmes de Sainte-Marie.

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La moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Pour beaucoup de Réunionnais, cela signifie vivre encore dans un habitat loin d’être aux normes de confort. (photo Toniox)

Dans une publication de 24 pages sur le thème du mal-logement à La Réunion, la Fondation Abbé Pierre s’inquiète de l’aggravation de la précarité et de l’inadéquation entre les constructions de logement et les besoins réels. Pour l’institution, il y a quatre enjeux majeurs dans la lutte contre le mal-logement, parmi lesquelles la nécessité » d’une « politique d’hébergement à la hauteur des besoins », la structuration, la coordination et l’animation des politiques partenariales.

Quatre types d’habitats à retravailler

Pour la Fondation Abbé Pierre Réunion, il est crucial de s’occuper des différents formes qui peuvent générer de l’habitat indigne dans l’île, telles que la Résorption de l’Habitat Insalubre (RHI), les logements évolutifs sociaux (LES), les petits immeubles, les squats et la réhabilitation du parc social. Le dispositif de RHI a permis de réduire l’insalubrité dans les grandes poches urbaines d’habitation de La Réunion, mais « il reste les logements dans les zones rurales et semi-urbaine », a expliqué Thierry Hergault.

D’ailleurs, pour ce dernier « si le problème de l’indivision était traité, il y aurait moins de logements insalubres ». Cela signifie qu’une ou plusieurs personnes peuvent posséder un même bien immobilier, mais « ces logements aboutissent souvent à de l’insalubrité », a déploré le représentant régional.

Concernant les LES, « beaucoup de Réunionnais sont relogés dans des LES groupés », mais sans moyens financiers la plupart ne parviennent pas à finir les travaux. Les logements deviennent insalubres, ce qui « demande de réinjecter des aides alors que le logement vient d’être construit ». Pour Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation, les LES étaient « une vraie fausse évolution », car l’habitat est construit à 90 %, il reste 10 % à la charge du foyer.

L’institution a également dénoncé les pratiques des marchands de sommeil dans les petits immeubles anciens des centres urbains, qui sont découpés pour accueillir des familles venant de la zone Océan Indien. Les « conditions de logement sont extrêmement dégradées, voire dangereuses », a indiqué Thierry Hergault. Sans oublier les squats, surtout à Saint Pierre, où de plus en plus de jeunes s’y abritent, « dans des conditions très insalubres ».

Incertitude sur les politiques publiques

De nombreux cadres d’intervention et de nouveaux outils ont été mis en place, mais leur efficacité n’est pas encore avérée. D’ailleurs, avec ces nombreux dispositifs, les représentants de la Fondation Abbé Pierre ne comprennent pas pourquoi le mal-logement s’aggrave d’année en année, quel que soit le gouvernement.
La politique d’amélioration de l’habitat permet de répondre aux problèmes de logements dégradés, mais « les avancées sont ponctuelles et localisées » ne suffisant pas à « dissimuler une déstabilisation du système », note la publication. La fondation pointe ainsi du doigt les actions ponctuelles et dispersées.

Le Conseil général s’est attaqué à l’insalubrité, « bien que ce ne soit pas de sa compétence. C’est bien, mais il reste isolé », avec un financement incertain. En 2011, la collectivité a investi 43 millions d’euros dans la lutte contre l’habitat insalubre, pour 25 millions en 2014. Cette initiative est saluée, mais « nous on privilégie les solutions où tous les acteurs se coordonnent ».

D’autant que désormais, « on est à la croisée des chemins de nouveaux outils », car l’incertitude demeure sur les outils et les moyens financiers de répondre aux besoins des populations. Il y a aujourd’hui un enjeu quantitatif et qualitatif du développement du parc de logement, car celui-ci est dépendant de la défiscalisation. Bien que « la production de logement ait permit la construction de logement sociaux, le nombre de logements intermédiaires s’est effondré et celui des logements libres sont quasi nuls ».
La situation est inquiétante car « il y a une inadéquation des logements aux besoins des ménages demandeurs ». Il y a de plus en plus de personnes isolées qui demandent un logement, mais la majeure partie des constructions concernent les T4-T3, et non des T1. Ce manque de logements individuels pénalise les personnes demandeuses et en situation d’urgence, qui sont de plus en plus nombreuses.
Face à ce contexte alarmant, la Fondation Abbé Pierre a établi une série de propositions parmi lesquelles, la production de logements neufs pour répondre au dynamisme démographique et à la pénurie de logements. Pour cela, la fondation souhaite « un volontarisme politique fort » et de réelle action visant à « libérer le foncier constructible et réguler les marchés immobiliers, en particulier les loyers du parc privé », qui ont explosé au cours de ces vingt années.


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