Logement

La Réunion en déficit chronique de logements sociaux

Habitat

Témoignages.re / 17 mai 2011

À la Réunion, depuis 20 ans, le nombre de demandes de logements sociaux stagne sans que l’offre ne parvienne à la satisfaire. En cause, des crédits publics insuffisants pour la construction de ces logements aidés auxquels 70% de la population réunionnaise peut prétendre.

Aujourd’hui encore, plus de 29.000 ménages sont dans l’attente d’un logement social. Pour faire face à ces besoins, l’INSEE avance la nécessité de produire d’ici 2025, 9.000 logements neufs annuels, dont 5.400 aidés, pour tenir compte de la solvabilité des ménages. Le niveau de production se situe aujourd’hui à environ 3. 000.
« C’est une réalité, il y a des gens qui attendent. Certains, depuis plusieurs années », indique Hervé Gaertner, directeur adjoint de la SIDR (société immobilière du département de la Réunion) qui gère 20.000 logements sociaux, soit plus du tiers du parc disponible sur l’île.
Selon lui, toute la Réunion est touchée par l’habitat précaire, même si le problème est accentué dans les centres urbains. Et selon une étude de l’INSEE basée sur les données de 2009, 70% des ménages réunionnais disposent, toutes prestations confondues, d’un revenu mensuel inférieur ou égal à deux salaires minimum (SMIC). À ce titre, ils sont éligibles au dispositif du logement social.

Pas de solution durable

Le hic ? Le financement de la construction de logements sociaux est adossé à des crédits publics, largement insuffisants. Cette année, la LBU (Ligne budgétaire unique) sur laquelle se basent les bailleurs sociaux pour leur programme de construction prévoit 80 millions de subventions au logement social. « Pour 2011, il aurait fallu 180 millions d’euros pour répondre aux besoins », estime Hervé Gaertner.
Face à ce constat, la SIDR a trouvé le moyen de contourner le problème en faisant appel à des investisseurs privés qui deviennent des partenaires de financement du logement social via la défiscalisation. Un système rendu possible par la LOEDOM et qui a permis à la SIDR de multiplier sa production annuelle de logements par 2,5 depuis 2008.
Un système qui a lui aussi ses limites car il ne peut pas se substituer à la LBU, et surtout, il nécessite des montages complexes. « Je suis optimiste pour les deux ou trois années à venir. Après la courbe va baisser », indique encore Hervé Gaertner.
En effet, avec la crise, les promoteurs acceptent ce type de système moins rentable pour eux parce qu’ils n’ont pas le choix. Mais à la première embellie, ils n’hésiteront pas à s’orienter vers des opérations plus profitables. À cela s’ajoute le problème du foncier dans une île où la terre est convoitée par tous.

Le manque de LBU

Mais la crise du logement social, c’est aussi la crise du secteur du bâtiment, déjà plombé par la morosité de la construction en général. Il est admis que dans l’île, la construction d’un logement crée un emploi direct et un emploi indirect. Et là, on est encore loin de rattraper le retard : entre 10 et 15.000 emplois ont été perdus dans le secteur depuis 2009.
« Le logement social n’est pas un relai de croissance. On est encore plus inquiet pour l’avenir », indique Stéphane Brossard, président de la FRBTP (Fédération réunionnaise du bâtiment et des travaux publics). D’après lui, sur 1.500 demandes d’agrément de défiscalisation faites par les bailleurs sociaux auprès du ministère de l’Économie à Paris pour du logement social à la Réunion, seulement 500 ont été accordés. Auprès des instances locales, 1.500 ont été accordés pour 2.500 demandes.
Pour Stéphane Brossard, « on nous avait promis du logement social comme alternative à la crise de la construction mais le manque de LBU est actuellement la seule cause du manque de construction de logements à la Réunion ».

Imaz Press Réunion


La faillite d’un système

Plus de 29.000 familles ayant droit à un logement social attendent la concrétisation de ce droit : la liste s’allonge d’année en année.
Force est de constater que les mesures annoncées pour produire des logements sont dans l’impasse. Elles sont insuffisantes pour faire face à la progression annuelle des demandes, donc le déficit s’aggrave.
Les professionnels pointent du doigt une responsabilité, celle du gouvernement. C’est en effet ce dernier qui propose et fait voter le montant de la subvention annuelle accordée à la construction de logements sociaux à La Réunion (LBU), et cette enveloppe est insuffisante. Quant à la défiscalisation, elle dépend uniquement de l’intérêt porté par les investisseurs à un dispositif qui peut être déserté pour cause de placement plus rentable. Autrement dit, il est très risqué de faire reposer sur l’initiative privée une part du financement du logement social.
Dans le contexte actuel, le gouvernement cherche à réduire toutes les dépenses. En 2011, le montant qu’il accorde à la subvention LBU est en diminution par rapport à l’année précédente.
Durant les années 60 et au début des années 70, l’État était en situation d’excédent budgétaire. À l’époque, La Réunion était deux fois moins peuplée. Mais malgré cela, Paris a été incapable d’assumer les responsabilités de l’État en éradiquant définitivement l’habitat insalubre. Conséquence, la crise ne fait que s’aggraver chaque année, elle est le résultat de l’incapacité d’un système à traiter un problème essentiel.
Devant cette faillite, un changement de fond est nécessaire. La question est : comment construire rapidement 29.000 logements ? Le système actuel est incapable de le faire.

M.M.



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