Logement

La « situation catastrophique » du logement social

Confédération nationale du logement

Témoignages.re / 18 janvier 2011

10.000 logements sociaux à La Réunion seraient « indécents » sur les près de 54.000 logements que compte le parc social réunionnais. C’est l’estimation faite par la Confédération nationale du logement (CNL).

« La situation est catastrophique », s’emporte Eric Fontaine, administrateur de la CNL-Réunion. Selon lui, les bailleurs sociaux « laissent à l’abandon » les logements dont ils sont propriétaires, laissant des centaines de familles « dans une situation de très grande détresse ». Pour démontrer ses propos, Eric Fontaine a organisé hier une visite de logements dans la cité Louis Jouvet, à Saint-Denis.
De l’extérieur, la cité Louis Jouvet ressemble à un lotissement tout à fait normal, pas de signe extérieur d’insalubrité, quelques tags sur les murs, des bancs en bon état, un jardin entretenu. Mais lorsqu’on entre chez Augusta Hoareau, c’est une tout autre atmosphère. Les cafards sont partout. Dans le salon, dans la chambre, dans la cuisine ou dans la salle de bain, on croise constamment ces bestioles. « C’est un véritable nid de cafards », s’insurge la femme âgée de 77 ans.

A plusieurs reprises, elle a contacté son bailleur social, la SIDR, pour qu’une désinsectisation soit effectuée. « On m’a répondu qu’on peut désinsectiser dans les parties communes, mais pas dans les logements. C’est à ma charge », se désole-t-elle. « Lorsque le problème est spécifique à un logement, c’est normal que le bailleur réponde cela. Mais on trouve des cafards chez tous les habitants de la cité », s’emporte Eric Fontaine. Ce que confirment les locataires de la cité. Du côté de la SIDR, on ne bronche pas. « La législation indique que le propriétaire intervient dans les parties communes, le locataire à l’intérieur de son logement. Nous avons des équipes de dératisation et de désinsectisation qui interviennent à intervalle régulier », explique Bernard Hoarau, directeur de la communication à la SIDR.

Augusta Hoareau, comme d’autres habitants, est également confrontée à d’autres problèmes comme les infiltrations d’eau ou des contractions de la dalle au niveau du balcon. « Lorsque mes petits-enfants viennent, ils me disent de faire attention parce qu’ils craignent que le balcon s’effondre un jour », lâche Bénédicte Sanganin. « De plus, les carreaux se sont soulevés, ce qui est très dangereux. Ils peuvent blesser ceux qui passent par là », ajoute-t-elle. Des réclamations ont été portées par les locataires auprès de la SIDR concernant ces différents problèmes. Fin de non-recevoir du bailleur social, selon eux*. « A un moment, on est fatigué de se battre. Donc on laisse la situation en l’état », explique Bénédicte Sanganin.

Interrogé sur ces dossiers, le directeur de la communication de la SIDR a reconnu la responsabilité du bailleur social concernant les contractions de la dalle. « Je n’ai pas les dossiers avec moi, mais si une réclamation a été déposée, elle sera étudiée », indique Bernard Hoarau. Concernant les infiltrations d’eau, le représentant de la SIDR annonce qu’il va se « pencher sur ces problèmes ».

Dans cette cité où 80% des habitants sont des personnes âgées, les locaux ne sont parfois plus adaptés aux contraintes de l’âge. C’est le cas chez Augusta Hoareau qui vit avec son mari handicapé. « Nous avons demandé depuis plusieurs années l’installation d’un bac de douche au lieu d’une baignoire, mais la SIDR ne nous répond pas », affirme la femme, désemparée. Et impossible pour elle d’avancer les frais. « J’ai une retraite de 200 euros, mon mari une retraite de 1.200 euros. Nous devons payer un loyer de plus de 350 euros, l’assurance, la mutuelle et nous n’avons pas droit à l’aide au logement. Nous ne pouvons pas payer ce genre d’installation », regrette Augusta Hoareau.

« En 2010, nous étions dans une logique de dialogue avec les bailleurs sociaux. Un an après, rien n’a été fait. Nous n’allons pas rester les bras croisés. Nous sommes prêts à saisir la juridiction compétente », a lancé Eric Fontaine en guise d’avertissement aux bailleurs sociaux. Dans un premier temps, la CNL souhaite faire un recensement « logement par logement » de la situation des familles. Pour ce faire, 6 jeunes ont été embauchés en contrat civique par l’association pour enquêter auprès des familles. « Nous ne pourrons jamais visiter les 54.000 logements du parc, mais dès que nous aurons les premiers chiffres significatifs, nous les publierons et nous irons en justice s’il le faut », prévient Eric Fontaine.


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