Logement

Le taudis des Fétissoi

La Saline : Manque de coordination des aides sociales

Témoignages.re / 20 août 2011

Une famille de trois personnes, dont une jeune fille handicapée, vit dans un taudis, sans cuisine, ni sanitaire, malgré un revenu mensuel de 2.200 euros. C’est le quotidien des Fétissoi à Trou d’eau à La Saline Saint-Paul. Cruelle ironie, le bidonville a une vue imprenable sur l’une des plus belles plages de l’île. « Ce cas est l’illustration de ce qui arrive par manque de coordination des dispositifs existants et de leur méconnaissance par une partie de la population », explique Nassimah Dindar, présidente du Conseil général, qui s’est rendue sur place jeudi 18 août 2011.

Début mars 2011. Nassimah Dindar est en campagne électorale pour les Cantonales. Elle vient de terminer une visite de terrain dans le quartier de Trou d’eau à La Saline. « Un jeune est venu me voir et m’a demandé si je voulais voir ce qu’était vraiment la misère. Je lui ai dit “oui”. Il m’a emmené ici », se souvient la présidente du Conseil général.

Ce qu’elle découvre est à la limite de l’insulte à la dignité humaine. Rustan Nicolas Fétissoi, 75 ans, sa fille Nicolette, 27 ans, handicapée mentale, et — occasionnellement — l’un de ses fils, vivent dans des conditions de totale insalubrité. Pour accéder aux deux pièces en bois sous tôle construite sur un terrain escarpé, « il fallait passer entre deux monticules d’ordures de 3 mètres de haut », raconte Nassimah Dindar. La rue où habite la famille est trop en pente. Les camions de ramassage des ordures ne peuvent y accéder. Impossible aussi d’y installer une benne de collecte, la voie est trop étroite et aucune voiture ne pourrait alors passer. Les familles sont obligées de descendre leurs poubelles au début de la rue. Un geste que ne peut pas faire Rustan Nicolas Fétissoi.

À l’intérieur de la case, le spectacle est tout aussi désolant. Il n’y a ni sanitaire, ni cuisine — sauf à baptiser cuisine l’abri à peine couvert où une vieille cuisinière a été installée. Nicolette Fétissoi est incapable de procéder aux gestes simples de la vie. « Lorsque je suis passée, elle n’avait pas été lavée et coiffée depuis 10 jours », se souvient la présidente du Conseil général. « J’ai été bouleversée et même temps très en colère », dit-elle encore.

Car, renseignements pris, en cumulant l’allocation adulte handicapée versée à la jeune fille, la retraite de son père — un ancien pêcheur — et le RSA, la famille Fétissoi perçoit mensuellement 2.200 euros. Pas de quoi mener un grand train de vie, mais quand même suffisant pour vivre dignement. Pour la présidente du Département, « c’est la preuve que la misère ne vient pas forcément du manque d’argent, mais plutôt du manque de coordination des différents dispositifs d’aide ». Celle aussi, d’une certaine manière, de gérer ces aides. Le père de Nicolette ne sachant ni lire, ni écrire et ne se déplaçant pas aisément, la jeune fille a été placée sous tutelle par décision de justice. Parmi les obligations du tuteur, il y a celle — élémentaire — de veiller au bien-être physique et moral de la personne. « Pourtant, alors qu’il reçoit de l’argent pour cela, le tuteur a estimé que deux douches par semaine étaient suffisantes », s’indigne Nassimah Dindar.

Le reste va très vite s’enchaîner. « J’ai décidé qu’il fallait outrepasser le cadre légal de nos compétences compte tenu de la gravité de ce cas », note la présidente du Département. La collectivité enclenche alors une série d’actions. Elle fait procéder à l’enlèvement des ordures. Elle veille à ce qu’une infirmière vienne quotidiennement doucher la jeune fille et à ce que cette dernière soit placée en foyer d’accueil occupationnel de jour. Elle permet à Rustan Nicolas Fétissoi de recevoir à nouveau ses chèques santé — supprimés parce qu’il n’avait pas été en mesure de renvoyer sa demande écrite. Surtout, elle débloque une enveloppe de 45.000 euros pour procéder en urgence à l’aménagement d’une cuisine et de sanitaires. Les travaux doivent commencer dans les tout prochains jours. Car Rustan Nicolas, qui vit là depuis 1971, n’a pas voulu déménager. Il explique qu’il a toujours vécu là et qu’il veut y mourir.

Le quotidien de la famille Fétissoi devrait donc s’améliorer dans les prochaines semaines. Comme devrait s’améliorer celui des 42 familles du quartier. Ce dernier va faire l’objet d’une opération de Résorption de l’habitat insalubre (RHI). « Tout le quartier va être rénové. Le chantier commencera début 2012 et nous sommes tout à fait satisfaits que le Conseil général ait décidé d’accélérer le processus en ce qui concerne cette famille », commentait Jean-Claude Melin, adjoint de la députée-maire de Saint-Paul et conseiller général du secteur. Il rappelait que d’autres familles vivaient dans des conditions tout aussi intolérables et soulignait qu’un total de 2.800 logements insalubres est recensé dans la commune saint-pauloise.
Rustan Nicolas Fétissoi n’est pas du genre à laisser libre court à ses émotions. Lorsqu’on lui demande s’il est satisfait des aides qui lui ont été apportées, il répond pudiquement : « Moin lé kontan na in moun pou okip mon zenfan ».


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