Logement

Les Réunionnais victimes de la spéculation foncière

Le gouvernement ouvre le logement social à la spéculation —2—

Céline Tabou / 4 août 2011

Ibrahim Patel, président de la CCIR a décidé d’attaquer en justice les entreprises qui spéculent sur le prix des loyers de la ZIC n°1 du Port. Au même moment, les notaires de France classent La Réunion, à la troisième place des régions de France où le prix des terrains à bâtir est le plus cher.

Ces deux phénomènes devraient interpeller les acteurs du secteur, car aujourd’hui un terrain se vend plusieurs fois son prix réel. Un terrain qui vaut en moyenne 50 euros/m² se vendra 250 euros/m², car la collectivité aura viabilisé son terrain, c’est-à-dire qu’un maire aura donné l’autorisation au propriétaire de construire sur ces terres. Cette autorisation suffit pour que les prix s’envolent.
Au-delà de la spéculation autour du prix du foncier, la question de fond que se posent les Réunionnais est le déclassement des terrains par la collectivité. En effet, si un terrain est constructible, il prend une valeur financière considérable.

L’État finance la spéculation

L’État contribue à ce système spéculatif en remboursant par déduction d’impôt. La défiscalisation est utilisée comme moyen de financer le logement social, pour remplacer les aides directes de l’État en baisse, avec la Ligne budgétaire unique (LBU) en diminution. De 216 millions d’euros en 2010, les crédits de paiement de la LBU inscrits au budget pour 2011 passent à 195 millions d’euros, une diminution de 10%.
En compensation de la baisse de la LBU, l’État a décidé de lancer la défiscalisation pour le logement social. Comme l’a expliqué le quotidien “Les Échos”, le 7 octobre dernier, « ce dispositif réunit quatre acteurs essentiels : un promoteur qui réalise l’immeuble social, un opérateur social type société de HLM, qui l’exploite, un contribuable métropolitain, qui investit outre-mer, et l’État, qui octroie une réduction d’impôt ».
Cette défiscalisation a été mise en place par le gouvernement UMP, il s’agit d’une opération de spéculation permettant à un investisseur privé de multiplier ses bénéfices sur le dos des plus pauvres qui ont besoin de logements sociaux. L’achat d’un terrain ainsi que la construction d’un logement peuvent être réalisés par un promoteur privé à 1.200 euros/m². Il le vendra ensuite bien plus cher aux bailleurs sociaux, faisant un bénéfice de plusieurs centaines d’euros au mètre carré. Pour équilibrer son budget, le bailleur social devra donc faire payer la différence par les locataires, qui verront leur loyer refléter cette hausse du prix du mètre carré.

Céline Tabou


La loi attire les grandes sociétés françaises à La Réunion

"Les Échos" l’ont rappelé, au 30 juin 2010, près de 1.500 logements étaient programmés et déjà financés au titre de la défiscalisation du logement social, quasiment les deux tiers se situaient à La Réunion. En effet, le logement social représente 50% des besoins en logement à La Réunion, 29.000 ménages attendent un logement, mais la production des bailleurs sociaux se limite à 2.000 logements par an, alors qu’il en faudrait 4.000 nouveaux logements par an, d’après une source citée par "les Échos". Ce potentiel attire.
Dernier exemple en date, Solendi, organisme collecteur basé à Saint-Ouen, s’est porté candidat pour absorber le CILR suite à l’échec de la fusion de ce dernier avec son homologue des Antilles. Par cette opération Solendi va détenir 30,27% du capital de SHLMR, soit les parts du CILR. Les nouvelles règles du financement du logement social ont sans doute renforcé l’attrait de Solendi envers le capital de la SHLMR.


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