Logement

Logement : un système dans l’impasse

Comment construire 10.000 nouveaux logements par an pendant des années ?

Manuel Marchal / 9 octobre 2010

C’est demain qu’a lieu la Journée mondiale de l’habitat. Dans un dossier réalisé à cette occasion, l’INSEE précise les besoins en logement au cours des 20 prochaines années. Pour atteindre l’hypothèse moyenne, le rythme doit être d’au moins 8.000 logements par an en 20 ans, dont 10.000 par an lors des 5 prochaines années. Mais c’est au moment où les besoins en construction sont les plus importants dans l’Histoire de La Réunion que le gouvernement décide de diminuer considérablement ses efforts dans ce domaine. Pas une voix de parlementaire réunionnais ne doit manquer pour voter contre ces mesures inscrites dans la loi de finances.

Lors de sa dernière conférence de presse, le Parti communiste réunionnais avait demandé si, à La Réunion, des parlementaires membres de l’UMP feront preuve de courage en votant contre le budget présenté par le gouvernement.
Ce projet prévoit en effet de sanctuariser une diminution drastique des crédits à destination de la création d’emplois et de richesses dans l’Outre-mer. Ainsi, pour tout ce qui concerne le soutien de l’État à l’investissement, le gouvernement veut sabrer de 25%, soit une perte de plus de 300 millions d’euros pour notre pays.
Le logement ne sera pas non plus épargné. Et à l’heure où le monde va fêter la Journée mondiale de l’habitat, le gouvernement décide de diminuer son engagement dans la construction de nouveaux logements dans l’Outre-mer.
C’est d’abord l’arrêt du dispositif fiscal qui permettait de construire plus de 8.000 logements privés par an à La Réunion. C’est également la baisse des crédits affectés à la LBU (Ligne budgétaire unique) pour construire de nouveaux logements sociaux. Victorin Lurel, député de la Guadeloupe, a estimé cette diminution à 34 millions d’euros. La Réunion sera concernée par cette coupe.

Des dizaines de milliers de logements surpeuplés

Mais pour notre île, les besoins actuels et à venir sont considérables. À ce jour, aucun gouvernement n’a pris les mesures adaptées pour garantir à tous les Réunionnais le droit à un logement décent. La pénurie de logements sociaux n’est pas un phénomène nouveau, mais elle ne cesse de s’aggraver avec bien plus de 25.000 familles en attente.
L’INSEE rappelle également que, dans les immeubles, un appartement sur trois est trop petit. Cette surpopulation a des conséquences, et elle est par exemple un frein à la réussite dans le système scolaire. 53.000 logements ont une installation électrique potentiellement dangereuse, ce qui est un signe d’insalubrité.
D’ores et déjà, le défi est considérable pour faire respecter le droit au logement pour 800.000 habitants, dont plus de la moitié vit en dessous du seuil de pauvreté.
Mais à cela s’ajoute la poursuite de la croissance de la population de La Réunion. Elle a pour conséquence de créer des besoins en construction de nouveaux logements.

Un défi sans précédent

Selon l’hypothèse moyenne de l’INSEE, il faudrait 355.000 logements dans 5 ans, 431.000 dans 15 ans et 468.000 dans 20 ans.
Autrement dit, au cours des vingt prochaines années, il faudra construire autant de logements qu’il y en avait en 1990. C’est un défi sans précédent dans l’Histoire de La Réunion.
Mais c’est à ce moment décisif que La Réunion doit faire face au désengagement de l’État annoncé par le budget du gouvernement. C’est aussi à ce moment que le secteur du BTP est durement éprouvé par le résultat de plusieurs décisions politiques. L’effectif du BTP s’effondre, qui sera là pour construire les logements nécessaires ? Et avec quels moyens ?
Les restrictions budgétaires et l’arrêt des grands chantiers par la Région placent notre île dans l’impasse. C’est bien un changement de fond qui est nécessaire pour que notre île puisse construire 10.000 logements par an.

Manuel Marchal


Construire au moins 10.000 logements par an en 5 ans

« Dynamique démographique, vieillissement de la population et baisse de la taille des ménages sont des facteurs déterminants des évolutions à venir », note l’INSEE.

« Selon le scénario le plus probable, le parc de logements à La Réunion devrait atteindre les 355.000 en 2015, soit 60.000 de plus qu’en 2007. Le nombre de ménages croît plus rapidement que la population, du fait notamment de l’évolution des modes de cohabitation et du vieillissement de la population.
L’augmentation moyenne du nombre de ménages entre 2005 et 2015 serait de 2,2% par an, alors que la population devrait augmenter pratiquement deux fois moins vite (1,26% par an). La taille des ménages devrait diminuer sensiblement, passant de 3 personnes par ménage à 2,7 en 2015. »


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