Logement

Près de 3,5 millions de mal-logés en France

Rapport de la Fondation Abbé Pierre

Céline Tabou / 4 février 2015

Dans un rapport rendu public mardi 3 février, la Fondation Abbé Pierre a déploré la situation des centaines de milliers de ménages qui sont « aux portes du logement ». Le contexte s’aggrave et les dispositifs d’aides sont jugés défaillants et saturés.

La Fondation Abbé Pierre fait un constat “douloureux” du mal-logement en France. Son dernier rapport met en exergue la crise qui frappe violemment les familles et laisse à la rue de plus en plus de gens.

Un constat dur

Dans son 20e rapport, intitulé « L’État du mal-logement en France », la Fondation Abbé Pierre assure qu’elle « ne s’imaginait pas devoir dresser un aussi dur constat de la situation actuelle ». Une occasion selon elle de « s’interroger sur les blocages structurels, sociaux ou idéologiques, qui produisent aujourd’hui une situation toujours aussi pénible pour plusieurs millions de nos concitoyens, dont plus de 3,5 millions sont mal logés ou même en errance ».
Près de dix millions de personnes sont en situation de fragilité par rapport au logement, dont 3,5 millions mal-logés au sens strict (sans domicile, en chambre d’hôtel, en camping, dans des abris de fortune, des logements insalubres ou dans des conditions de logement très difficile). La Fondation a recensé 694.000 personnes « privées de domicile personnel » (141.500 sans domicile, 19.485 en résidence sociale, 38.000 en chambre d’hôtel, 85.000 dans des « habitations de fortune » et 411.000 chez des tiers) ; près de 2,8 millions vivant dans des conditions de logement « très difficiles », sans confort ou très surpeuplés et 52.000 gens du voyage ne pouvant accéder à une aire d’accueil.
Ces chiffres alarmants mettent en évidence pour la Fondation les « manques criants de réponses à leurs besoins et à des labyrinthes institutionnels froids ou kafkaïens, oubliant que derrière chacun de ces millions de ménages, il y a des enfants, des femmes, des vieillards, des hommes, tordus de souffrance et de peur du lendemain, quand ce n’est pas du soir même ».
Le nombre de ménages expulsés n’a pas fléchi, en 2013, 120.000 décisions d’expulsion pour impayés ont été rendues. Ces décisions touchent des personnes âgées seules à des familles monoparentales. Une situation qui explique le nombre croissant de sans domicile fixe. Le nombre de SDF a augmenté de 50 % en dix ans, avec 141.500 adultes et enfants concernées en 2012. Parmi eux, il est recensé de plus en plus de jeunes à la rue, de demandeurs d’asiles, et de malades psychiatriques.
« Les dispositifs d’aide ne sont plus adaptés et se sont engorgés », a expliqué Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation. Ainsi 1,8 million de ménages sont en attente d’un logement social, alors que seulement 450.000 sont attribués chaque année. À La Réunion, ce sont plus de 25.000 demandes de logement en attente.

Le gouvernement répond à la marge

Constatant la même situation, le gouvernement a lancé, mardi 3 février, « un plan triennal de réduction des nuitées hôtelières », « remplacées par des solutions plus pérennes », a indiqué l’entourage de la ministre du Logement, Sylvia Pinne, selon l’Agence France Presse. Parmi les textes législatifs, comme la loi SRU ou la loi Dal, il existe de “blocages” car la « crise du logement (est, ndlr) sous-estimée », les « politiques sociales du logement freinées par la rigueur ».
Le délégué général de la Fondation, Christophe Robert a également évoqué des obstacles idéologiques, qui consiste à « accompagner le marché » plutôt que de le réguler. Sans compter « une politique territoriale défaillante » et « le poids des lobbies » de l’immobilier.
En dépit de ces dispositifs et ces lois, « la mobilité ne se fait plus, les gens ont du mal à sortir des dispositifs d’aide », a indiqué Manuel Domergue. Raison pour laquelle, de plus en plus de personnes désabusées, ne demandent plus d’aide, préférant rester dans un logement insalubre ou dormir dans la rue plutôt que d’appeler chaque soir le 115.
« C’est un constat douloureux », a déploré devant la presse, le délégué général de la Fondation, Christophe Robert. « Les outils étaient calibrés en 1990, mais ça ne suit plus, en raison de la massification de la précarité ». D’après ce dernier, 2014 a été l’année de « renoncements profonds," avec le « détricotage de la loi ALUR », notamment sur l’encadrement et la garantie universelle des loyers, qui ont été restreints.
« Cela ne va pas dans le sens de la lutte contre les inégalités ». Christophe Robert a assuré que « le rapport pointe un changement de cap du gouvernement, mais les objectifs en termes de lutte contre le mal-logement restent les mêmes ».

Voir en ligne : Lien pour télécharger le rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement


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