Logement

« Y fé 20 ans, nou atten un relogement »

Témoignages.re / 21 août 2010

Hier, l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté est partie à la rencontre de la population de Saint-Benoît. Objectif : permettre aux habitants d’exprimer les difficultés rencontrées au quotidien et amener ces personnes à se mobiliser en masse le 29 août prochain, lors du grand rassemblement sur la place de la mairie de Saint-André.

C’est dans le quartier de Bras Fusil à Saint-Benoît que l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté s’est rendue hier matin chez Jean Paul Morin et sa famille.

20 ans qu’ils habitent dans cet appartement trop petit pour loger toute la famille, 20 ans qu’ils attendent d’être relogés.

« Nou lété sinistré à Saint-André et la mette a nou la pou 6 mois en attendant trouve un logement et y fé 20 ans nou lé la », raconte la mère de famille, Marie Annick Morin.

C’est en 2004 que la situation familiale s’est dégradée. Le père de famille, charcutier, souffre d’une hernie discale. Après l’opération, il reste paralysé pendant 6 mois et les difficultés s’enchaînent.

L’appartement situé au 2ème étage ne convient plus. « Mi mette au moins 30 minutes pou monte deux étages. La famille a bien fait une demande de logement en rez-de-chaussée », mais « nou lé pas prioritaire ».

« Passer de 1.600 euros à 180 euros, lé très difficile », soutient Jean Paul Morin. « Lu gagne seulement 180 euros de RMI car mwin navé un ti contrat », qui s’est terminé le 16 août dernier. Aujourd’hui, ce père et cette mère de famille ne travaillent plus. « Ma fille a arrêté l’école à 17 ans et demi car nou navé pas les moyens. Quand ou la fini paye loyer, l’eau, l’électricité et manger, ou na pu pou un ti gouter pou out zenfan. En plus, la cantine lé cher », poursuit Marie Annick Morin.

29 août, journée de rassemblement et sans achat

D’autres habitants du quartier expriment les mêmes difficultés. Ces deux mères de famille célibataires n’ont que les allocations pour vivre. Difficile de trouver un emploi dans le contexte actuel lorsqu’on a quitté l’école tôt. « Mi gagne 600 euros par mois et mwin néna deux enfants. Lé très difficile. Mi essaye rode un travail mais à la Mairie, y donne toujours aux mêmes. Néna le mari y travail et zot y gagne, nou, nou lé mère célibataire et nou gagne pas », raconte cette mère de famille de 28 ans.

Ces personnes se sentent réellement oubliées de la société. Elles vivent dans la précarité et la pauvreté aujourd’hui et n’ont aucun avenir. Lorsqu’elles auront atteint l’âge de la retraite, elles seront toujours pauvres.

« C’est ce que nous appelle la double peine », indique Jean Hugues Ratenon.
Pour le leader du mouvement, les réformes menées par le gouvernement appauvrissent encore plus cette catégorie de la population. L’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté appelle donc l’ensemble de la population à se mobiliser pour dire « non » à cette politique. Le 29 août prochain, un grand rassemblement sera organisé sur la place de la mairie de Saint-André. La population est appelée à boycotter, ce jour-là, les supermarchés en signe de protestation et de solidarité envers les 52% de la population réunionnaise vivant sous le seuil de pauvreté.

SP


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