Luttes sociales

10 mai : Abolir l’esclavage moderne, la pauvreté

Comité de l’Appel de l’Ermitage

Céline Tabou / 11 mai 2013

Réuni à l’Ermitage, le Comité de l’Appel de l’Ermitage pour l’abolition de l’extrême pauvreté a décidé de rassembler les différents comités créés dans l’île, ce 10 mai, journée nationale de célébration des « Mémoires de la Traite, de l’esclavage et des abolitions ».

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La direction s’est élargie. Un programme de conférences publiques sera tenu.

Pierre Thiébaut a accueilli le rassemblement en évoquant le contexte qui a prévalu à tous ces efforts depuis le 18 décembre 2012, jour de la première réunion qui a débouché sur la plate forme de lutte pour l’abolition de l’extrême pauvreté avant 2015. Il a notamment encouragé les participants en déclarant « l’Ermitage est à vous, il est le lieu de rassemblement des plus démunis de La Réunion ».

Abolir tous les esclavages

Après six mois de travail, les responsables du Comité, Raïssa Noël et Frédérique Técher, ont annoncé un bilan positif avec la création de plusieurs Comités ainsi que des actions, notamment le déplacement en préfecture le 19 mars, afin de remettre une lettre au Président Hollande, lui demandant d’inscrire la pauvreté à La Réunion comme «  séquelles de l’esclavage  » et de la colonisation, a expliqué Raïssa Noël. Cette dernière a aussi évoqué les nouveaux comités créés dans toute l’île, notamment au Tampon, à Saint-Pierre, au Port, à Saint-André et à Saint-Paul.

La jeune femme a rappelé les grandes lignes de la lettre envoyée au chef de l’État. «  La loi d’Égalité de 1946 avait prévu d’étendre à La Réunion les lois sociales en vigueur en France, au plus tard, le 1er janvier 1947. Il aura fallu un demi-siècle de lutte politique pour l’obtenir  ».

Raïssa Noël a également rappelé les demandes faites au Président de la République, de « garantir l’Égalité entre les Citoyens » et d’examiner « la faisabilité des propositions contenues dans l’Appel de l’Ermitage », à savoir un « reste à vivre » d’au moins 10 euros par jour, soit 300 euros mensuels, nets de toutes charges. Lors de ce rassemblement, Monsieur Maillot, 70 ans, a expliqué qu’il devait rembourser 55.000 euros à la Sécurité sociale, pour l’allocation vieillesse de sa défunte mère. Raïssa Noël a dénoncé une «  situation inadmissible. Comment est-ce qu’il peut faire alors qu’il ne touche que 290 euros par mois et doit également 28.000 euros à la sécu pour lui-même  ».

«  On a confiance en notre lutte »

Plusieurs personnes, comme Hervé Lauret et Denis Irouva, sont intervenues pour dénoncer un système d’inégalités sociales qui discrimine les Réunionnais. Dénonçant une crise qui est « l’instrument pour faire plus de bénéfices et plus de pauvres », pour Denis Irouva, la seule solution est la «  répartition des richesses  ». Idée reprise par Hervé Lauret qui a dénoncé la fuite des capitaux créés à La Réunion pour aller vers la France.

Pour Maryse Dache, le contexte actuel se dégrade de plus en plus, si bien que l’association des chômeurs du Port, qui accueillait auparavant des sans domiciles fixes, voit aujourd’hui venir des personnes qui travaillent, mais sont pauvres, car « ils n’ont pas de quoi se nourrir » à la fin du mois, a-t-elle expliqué. Elle a décrit les conditions de « souffrance vécue par les gens qui viennent à l’association. Mais c’est la vie, il faut les rassurer et les aider » .

Face à cette « souffrance », Ary Yee Chong Tchi Kan a expliqué que « le combat ne fait que commencer et on va le gagner. Car la cause est juste. Nos ancêtres ont réussi à abolir l’esclavage, à imposer l’égalité sociale, après des années de lutte ; ils y sont parvenus, nous aussi et avant 2015 ».

Céline Tabou

Un Conseil municipal des pauvres

• Frédérique Técher a annoncé la mise sur pied bientôt d’un « Conseil municipal des pauvres ».

Le Comité de l’Appel de l’Ermitage a décidé à l’approche des élections de créer ce conseil « dirigé par des personnes pauvres qui vont délibérer pour abolir la pauvreté. Les pauvres ne sont pas moins que les élus actuels qui parlent des pauvres, mais sans les pauvres », a-t-elle indiqué.

« Avec 52% de pauvres à La Réunion, le Conseil municipal des pauvres montrera qu’il est possible de prendre des décisions pour les pauvres. Le Conseil municipal des pauvres est capable de décider de diriger un conseil municipal comme un autre », a expliqué la jeune femme.

Votée à l’unanimité par l’ensemble de l’assistance, cette proposition sera portée par le Comité pour l’abolition de l’esclavage qui devra concrétiser officiellement sa création. Pour conclure, Frédérique Técher a affirmé que « nous sommes capables de faire des propositions, pour cela nous avons besoin de vous tous pour travailler et valider nos idées ».


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