Luttes sociales

40% des pauvres vivent dans un logement suroccupé

Etude de l’INSEE sur les conditions de logement

Témoignages.re / 28 juin 2013

La pénurie de logements se traduit par la suroccupation. Elle vise particulièrement les plus pauvres, près de 40% des travailleurs privés d’emplois vivent dans la promiscuité. Cela a des conséquences importantes, puisque cela ne favorise pas en particulier le travail scolaire le soir après la classe. Voici le contenu d’une étude de l’INSEE à ce sujet :

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Les communes du Nord de La Réunion sont celles qui regroupent la part la plus importante de logements suroccupés.

« À La Réunion, 164.000 personnes vivent dans un logement considéré comme trop petit et sont ainsi en situation de suroccupation. Cela représente 22% de la population réunionnaise, soit deux fois plus que la moyenne nationale. Une fois sur quatre, cette suroccupation est « accentuée »  : il manque au moins deux pièces pour atteindre la norme. Les familles nombreuses et monoparentales sont surexposées. C’est le cas également des familles sans emploi ou de catégories socioprofessionnelles modestes. Les locataires et les personnes vivant en appartement sont aussi plus à l’étroit dans leur logement, notamment lorsqu’elles résident dans un logement social. Le Port, Saint-Denis et Saint-Paul se démarquent des autres communes. À elles seules, ces municipalités concentrent près de la moitié des logements suroccupés. Néanmoins, la suroccupation des logements a diminué depuis 1999 dans toutes les communes de l’île.


Le mal-logement peut recouvrir de multiples dimensions. L’une d’entre elles est la suroccupation des logements qui mesure l’adéquation entre le nombre de pièces du logement et la taille de la famille ( cf. définitions ).

Une forte suroccupation des logements à La Réunion

À La Réunion, 38.000 logements sont suroccupés en 2010, soit 17% des logements de l’île. Ils sont habités par 164.000 personnes, soit 22% de la population contre 9,5% en France. Les personnes vivant seules sont exclues de cette analyse. La région est la troisième en termes de suroccupation des logements, derrière la Guyane (42%) et l’Île-de-France (17,7%) mais juste devant les Antilles (entre 16 et 17% de logements suroccupés).

En France hexagonale, la suroccupation concerne plus souvent les régions où l’urbanisation est la plus forte : Île-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et plus généralement le littoral Sud (Languedoc-Roussillon, Corse) ou encore la région Rhône-Alpes. En revanche, les régions plutôt rurales sont peu affectées : Poitou-Charentes, Pays de la Loire et Bretagne comportent moins de 3% de logements suroccupés.

La suroccupation croît avec la taille des familles

La suroccupation des logements augmente avec la taille des ménages. À La Réunion, elle ne concerne que 8% des ménages de deux personnes, 15% de ceux de trois ou quatre personnes, 31% pour les ménages de cinq personnes et jusqu’à 57% pour ceux de six personnes ou plus. Or, les familles réunionnaises ont de nombreux enfants. Près de six personnes sur dix vivant dans un logement suroccupé appartiennent ainsi à un ménage de cinq personnes ou plus.

Sans surprise, la suroccupation diminue avec l’augmentation du nombre de pièces du logement : 64% des logements de deux pièces et 28% des trois pièces sont suroccupés. Les logements les plus grands ont une part de logements suroccupés bien plus faible. Cependant, elle concerne tout de même 11% des logements de quatre pièces et 5% des logements de cinq pièces contre respectivement 4% et 1% en France hexagonale.

De plus, un quart des logements suroccupés sont en suroccupation « accentuée »  : il leur manque au moins deux pièces pour atteindre une occupation « normale » . À l’opposé, 54% des logements de l’île sont sous-occupés et 25% disposent d’au moins deux pièces supplémentaires par rapport à une occupation « normale ».

La suroccupation touche les ménages les plus modestes

La suroccupation affecte d’abord les catégories sociales les plus modestes. Un tiers des ménages dont la personne de référence est sans emploi vivent dans un logement suroccupé. Deux ménages sur dix vivent aussi en suroccupation quand la personne de référence est ouvrière ou employée. Les cadres ou les retraités sont les mieux lotis avec respectivement 3,5% et 7% des ménages à l’étroit dans leur logement. Les professions intermédiaires, les artisans, commerçants et chefs d’entreprises ainsi que les agriculteurs sont moins à l’étroit : seulement un logement sur dix est suroccupé dans ces catégories. »

Les familles monoparentales surexposées

La moitié des familles monoparentales réunionnaises vivent dans un logement suroccupé. Ces ménages occupent quatre logements suroccupés sur dix.

Les mères sont alors les plus concernées, car neuf fois sur dix, une femme est à la tête de la famille monoparentale.

Les ménages complexes (familles hébergeant une autre personne, ménages comportant plus d’une famille, colocataires) sont aussi exposés. Un tiers d’entre eux sont à l’étroit dans leur habitation. Les ménages complexes représentent aussi le quart des logements suroccupés.

Ces deux structures familiales sont plus fréquentes à La Réunion que sur l’ensemble de la France.
Vivre dans une maison ou être propriétaire ne préserve pas totalement de la suroccupation

La suroccupation concerne plus souvent les appartements (30%) que les maisons (13%). Cependant, la proportion de maisons en suroccupation est beaucoup plus importante à La Réunion (et dans l’ensemble des DOM) que dans les régions métropolitaines (2,5%).

La suroccupation affecte deux fois plus souvent les logements en location (22%) que ceux des propriétaires. Les logements sociaux sont particulièrement concernés (31%), ce qui n’est pas le cas en France hexagonale.

À La Réunion, comme dans les autres DOM, les propriétaires se démarquent toutefois par une proportion de logements suroccupés près de 4 fois supérieure à la moyenne nationale (3%).
• Trois communes concentrent près de la moitié des logements suroccupés

Les communes du Nord de La Réunion sont celles qui regroupent la part la plus importante de logements suroccupés. Le Port se détache largement des autres communes : un tiers des logements sont suroccupés. Saint-Denis (22%) et Saint-Paul (20%) complètent le trio de tête. À elles seules, ces communes concentrent près de la moitié des logements suroccupés de la région alors qu’elles ne comptent que pour le tiers du total des logements. De même, près de la moitié de la population d’un logement suroccupé vit dans une de ces trois communes.

Ces communes, avec Saint-Pierre, sont les plus urbanisées. Elles disposent du coup des logements les plus petits (3,6 pièces en moyenne). Les communes plus rurales (La Plaine-des-Palmistes, Sainte-Rose ou Salazie) disposent en moyenne de 4,4 pièces par logement.

• Les Portois et les Dionysiens sont à l’étroit

La commune du Port regroupe la part de logements suroccupés la plus importante de l’île. Elle cumule plusieurs facteurs défavorables. La commune a la part la plus importante de catégories sociales modestes (sans emploi, ouvriers, employés). Elle dispose aussi du parc d’habitat social le plus élevé de l’île (46% de logements sociaux). Elle regroupe de plus une proportion plus importante de familles monoparentales et de familles nombreuses (trois enfants ou plus).

Saint-Denis accueille plus de catégories sociales aisées (cadres, professions intermédiaires) et des familles moins nombreuses (seulement 2,5 personnes par ménage). Cependant, le coût élevé de l’immobilier contraint les familles à vivre dans des logements peu spacieux. Avec en moyenne 3,4 pièces par logement, Saint-Denis est la commune qui dispose des logements les plus petits. Elle comporte également un parc de logement social important (22% des logements). De fait, la suroccupation concerne plus souvent des familles de petites tailles : quatre logements suroccupés sur dix de la commune hébergent des familles monoparentales et deux sur dix des familles ayant au maximum deux enfants.

• Moins de logements suroccupés

La proportion des ménages concernés par la suroccupation a diminué depuis 1999, passant de 23% à 17% aujourd’hui. La proportion des personnes vivant dans un logement suroccupé est ainsi passée de 29% en 1999 à 22% en 2010, soit 7 points de moins en onze ans (contre 1,2 point de moins en France hexagonale). La taille moyenne des logements étant restée stable depuis 1999, la baisse de la suroccupation provient principalement de la diminution du nombre de personnes par ménage, résultant à la fois d’un vieillissement de la population, de la diminution du nombre d’enfants par femme et des changements de modes de vie (vivre seul, en couple, en famille monoparentale...). Sur l’ensemble de La Réunion, le nombre moyen de personnes par ménage est passé de 3,3 en 1999 à 2,8 en 2010.
Définitions

La suroccupation des logements peut s’appréhender selon le nombre de pièces ou la surface par personne. Dans le premier cas, on apprécie le degré d’intimité dont disposent les occupants du logement, dans le second, l’espace disponible. Certains indices peuvent combiner les deux notions ou en exclure une. Par exemple, les Caisses d’allocations familiales retiennent des critères de surface minimale par personne tandis que l’enquête Logement permet de combiner nombre de pièces et surface. Le recensement de la population permet quant à lui un calcul en nombre de pièces.

Le taux de suroccupation est ici calculé à partir du recensement de la population 2010 (exploitation complémentaire) en rapportant le nombre de logements suroccupés à l’ensemble des résidences principales.

L’indicateur n’est calculé que pour les ménages de deux personnes ou plus. Les personnes seules sont traitées à part, car si on leur applique cette norme, elles sont en situation de suroccupation dans des logements d’une pièce, ce qui constitue une définition trop large. Par exemple, on ne peut pas considérer qu’un étudiant dans une chambre ou un célibataire dans un studio manquent d’intimité. Pour mesurer la suroccupation chez les personnes seules (9,4 millions de personnes), il faut prendre en compte la superficie de leur logement, mais cette information ne figure pas dans le recensement de la population.

Définition : Logement suroccupé

Un logement est suroccupé quand il lui manque au moins une pièce par rapport à la norme d’ « occupation normale » , fondée sur :

- une pièce de séjour pour le ménage ;

- une pièce pour la personne de référence d’une famille ;

- une pièce pour les personnes hors famille non célibataires ou les célibataires de 19 ans ou plus.

Pour les célibataires de moins de 19 ans :

- une pièce pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou ont moins de 7 ans ;

- sinon, une pièce par enfant. Champ : ménages de 2 personnes ou plus.


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