Luttes sociales

50% plus cher et 21% de taux d’intérêt : la fête sur le dos du peuple

Qu’attendent les pouvoirs publics pour agir ?

Manuel Marchal / 6 décembre 2011

Ce sont bientôt les Fêtes et avec elles arrivent des offres pour consommer et payer plus tard : crédit total, crédit gratuit. Des organismes sans scrupules proposent de partir sans payer des articles vendus à des prix hallucinants, puis de rembourser les achats à un taux exorbitant : plus de 21%. Pour 200 euros empruntés, la famille devra rendre plus de 240 euros. En cette période de crise, les familles sont de plus en plus vulnérables à ce type d’offres, quand les pouvoirs publics vont-ils agir pour protéger les intérêts de la population ?

Les Fêtes se rapprochent, les appels à la consommation se multiplient alors que la situation sociale est extrêmement préoccupante.
Notre pays compte en effet plus de 150.000 inscrits à Pôle emploi. L’inflation est repartie et la prime COSPAR est menacée. Au Sénat, Paul Vergès a fait voter le prolongement du soutien de l’État à cette prime pendant trois ans, mais l’Assemblée nationale suivra-t-elle le Sénat ?
Toutes les raisons qui avaient provoqué le mouvement social de 2009 et la création du COSPAR sont toujours là, et en premier lieu les prix.
Les revenus de la majorité de la population sont notamment définis en fonction du niveau des prix en France, ce sont les salaires en fonction du SMIC, les allocations chômage, les minima sociaux, les prestations sociales, les retraites. Mais à La Réunion, les prix sont beaucoup plus chers qu’en France sans que rien ne justifie une telle différence. Cet écart est reconnu par l’État, qui verse à ses agents une prime de 53% pour acheter la vie chère.
Ces prix très élevés ne correspondent pas à la capacité de la population à payer. Alors plutôt que de baisser les prix, la grande distribution a développé son secteur financier, et les vendeurs de petits pois sont devenus des banquiers.
Ainsi le prix excessif n’est pas remis en cause puisque des propositions de crédits sont là pour payer en plusieurs fois. Mais quand le commerçant prête de l’argent, il est doublement gagnant. Il n’a pas à baisser son prix pour vendre, et il fait payer des intérêts à l’acheteur.
Les crédits à la consommation attachés aux cartes de crédit de la grande distribution imposent des taux d’intérêt très élevés : plus de 21% ! Cela s’ajoute à un prix situé au moins à 50% au-dessus de sa réalité.

En cette période de fêtes, les rayons se remplissent de cadeaux tandis que dans les boîtes à lettres s’accumulent des offres qui sont autant de bombes à retardement. Crédit total, crédit gratuit… payez dans trois mois : tout est bon pour pousser les familles à consommer des produits dont les prix dépassent l’entendement.
Dans cette escalade, que font les pouvoirs publics ? Les intérêts de la population sont clairement menacés. Grignoté par les hausses successives des prix des carburants et leurs conséquences, le maigre pouvoir d’achat risque d’être englouti dans les remboursements de crédits soi-disant gratuits.

M.M.


Un crédit n’est jamais gratuit

En cette période de fête fleurissent les propositions de crédits gratuits. Ainsi le coût du crédit est de 0 euros, mais il est assorti de deux conditions.

La première, c’est d’accepter le prix sans discuter. Or chacun sait qu’à La Réunion, les prix sont 50% plus élevés qu’en France, sans aucune explication.

La seconde, c’est d’être en possession d’une carte de crédit appartenant au banquier associé au distributeur. À la moindre utilisation de cette carte, son possesseur sera taxé à hauteur d’au moins 21%.

Le crédit gratuit n’est qu’une illusion, car il est payé par le prix excessif du produit proposé à l’acheteur, auquel s’ajoute l’obligation d’avoir en sa possession une bombe à retardement : une carte de crédit à plus de 21% de taux d’intérêt.

Quel État pourrait rembourser un emprunt à 21% ?

Hier avait lieu une énième réunion de la dernière chance sur la crise en Europe. Cette situation trouve son origine dans la crise du système financier, au moment où des banques se sont retrouvées dans l’incapacité de rembourser les sommes empruntées. Cette crise s’est ensuite étendue aux États qui se sont endettés, notamment pour sauver des banques et pour baisser les impôts payés par les patrons.

Aujourd’hui, l’Italie emprunte à un taux supérieur à 7%, et beaucoup s’interrogent sur sa capacité à rembourser. Si cette situation arrivait à la France, certains crieraient à la faillite.

À La Réunion, ce n’est pas l’État mais les plus pauvres qui sont encouragés à emprunter à un taux exorbitant : ni 7%, ni 15% mais plus de 21%. Ce qui mettrait un pays en faillite, c’est ce qui est imposé quotidiennement à un pays dont la moitié de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté.


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