Luttes sociales

« A Laurent de Citroën Réunion, mon ami, notre ami et frère de lutte… »

Témoignages.re / 22 février 2016

Fin 2013 commençait le plus dur conflit social de l’année. Il opposait les travailleurs de Citroën Réunion aux dirigeants de la CFAO (Compagnie française d’Afrique occidentale), filiale de Toyota. Il a duré 53 jours. Au bout de lutte, les grévistes ont obtenu plusieurs avancées, dont la réalisation d’un audit sur les conditions de travail. Deux ans plus tard, une opération de répression syndicale a été lancée dans cette entreprise. La pression sur les salariés est toujours là, comme le souligne cette lettre d’un travailleur adressée aux médias.

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Malgré 53 jours de grève en 2013 et 2014, la situation ne s’est toujours pas améliorée. (photo Toniox)

Tu as laissé ta vie par ton engagement militant et professionnel, les tiens comme nous, te pleurent aujourd’hui. Beaucoup ne savaient certainement pas que tu vivais l’enfer ces dernières semaines au sein de CFAO et que l’on t’a fait vivre des humiliations qui portaient atteinte à ta dignité d’homme et à tes valeurs, la veille de ton départ de ce monde.

‘’Eux’’, ‘’elles’’ qui au nom d’une hypocrisie et méchanceté immenses sont venus malgré tout te rendre hommage pour constater le bilan de leurs ignobles actions menées à ton encontre au sein de ton entreprise et vanter leur intervention à t’avoir payé tes obsèques, pour atténuer leur responsabilité… Ont-ils cependant mesuré pour certains leur lâcheté à ce stade, devant autant de douleur des tiens…

‘’Eux’’, ‘’elles’’, ce sont tes tourmenteurs, ces patrons voyous, ceux et celles qui se sont amusé de ta vie professionnelle et syndicale, de la misère sociale et qui savent cultiver la pression, le stress, la haine, la discrimination, en minant la terreur et la répression ces dernières semaines sur son personnel tout en s’enrichissant d’affichages dans les soirées mondaines, pour le paraitre…

Si seulement, leurs proches qui leur sont si chers, vivaient ces scènes de peine, auraient-ils continué ce management digne des pays sous-développés…

Comment, au plus haut de l’Etat, de ses services et de la justice, peuvent-ils tolérer que sur une période aussi courte de 2 années, 2 décès sont d’actualité au sein de cette entreprise en lien avec des conditions de pression exécrable au travail et mis au grand jour dans un audit obtenu après 53 jours de grève sur le trottoir devant une concession automobile de renom, décrivant une situation sociale extrême de souffrance, de harcèlement moral et sexuel, de répression, de discrimination syndicale…

Comment une maison mère peut-elle laisser salir sa réputation et laisser des dirigeants dictateurs continuer en 2016 à faire régner sur un département français autant de mépris et de haine dans une de leur concession…

Un malheureux qui prend une boite de sardines parce qu’il a faim, est traduit en justice et puni pour son geste… Des dirigeants qui agissent aussi scandaleusement et crapuleusement envers leurs salariés avec autant de mépris, ne doivent-ils rien craindre, si ce n’est demain, l’action d’un drame mené par un salarié, las de leurs actes… Faudra-t-il en arriver là pour que cela fasse la une des médias pour qu’enfin, la dignité du travailleur réunionnais soit respectée… C’est toujours un local qui sera fustigé, jamais ces dirigeants qui viennent s’enrichir de notre trop grand respect à subir et à être reconnu comme des moutons.

Que font donc nos politiques localement sur ces actes et agissements méprisables, connus et mis en pratique dans ce type d’entreprise, et dans laquelle, on licencie à tour de bras pour 2 minutes de retard sous contrôle d’une pointeuse factice, ou parce qu’il manquait 19 heures au compteur de travail, alors que le salarié était en arrêt maladie…

Ce sont ces types et profils de dirigeants qui vont mettre le feu à la fragile paix sociale qui subsiste localement.

Après Fabrice, Laurent, demain cela va être au tour de qui… Il y a un état d’urgence sur CFAO.

H.P.


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