Luttes sociales

Agir Pou Nout Tout veut mettre l’illettrisme au cœur d’un partenariat dans l’Est

Lutte contre l’exclusion

Témoignages.re / 15 décembre 2011

Les institutions n’ont pas hésité à faire le déplacement sur un des sites du dispositif “emploi vert” de l’association Agir Pou Nout Tout pour la signature d’une charte. Une reconnaissance du travail effectué en matière de lutte contre l’exclusion, un des fléaux les plus importants de notre société.
En effet, cette association créée le 15 avril 1998 et actuellement présidée par Monique Iori n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme sur les maux qui gangrènent notre vie, à savoir le chômage, le manque de logement, et toute la problématique autour du pouvoir d’achat.
Le mardi 13 décembre, devant le regard des agents “emploi vert”, un contrat d’engagement pour le déploiement de l’offre de formation, avec comme orientation l’acquisition des compétences clés et la mobilisation des savoirs de base, a était signé par différents partenaires, employeurs et institutionnels.
Rappelons que cette action concerne les personnes de l’Est qui sont en situation d’illettrisme grave ou en fortes difficultés.
Le vœu de tous, c’est que cela marche et que, encore une fois, les institutions ne bluffent pas avec les victimes et les acteurs de terrain qui, eux, sont de bonne foi, car la question est sur toutes les lèvres : Comment combattre un fléau grandissant avec des moyens aussi flous ?
La lutte contre l’illettrisme est un sujet extrêmement important, et l’association Agir Pou Nout Tout a eu raison de jouer le jeu.



Questions à Monique Iori, présidente de l’association Agir Pou Nout Tout

« On vit dans une société d’apparence, de compétitivité féroce et d’hypocrisie »

APNT existe depuis le 15 avril 1998. A ce jour, quelles sont les activités sur le terrain ?
— Agir Pou Nou Tout continue son combat quotidien pour faire vivre la devise de la République :
Liberté et notamment liberté d’expression, d’opinion, sans sectarisme, ni clivage politique.
Egalité, surtout égalité des chances, égalité des droits au logement, à un emploi, à une formation.
Fraternité, en pratiquant au quotidien.
La solidarité, le partage, le soutien aux plus démunis, la revalorisation de l’être humain dans ce monde en crise où tout s’achète et tout se vend ; où l’on valorise la valeur marchande au détriment de la valeur humaine.

Comment APNT voit les changements actuels ?
— On vit dans une société d’apparence, de compétitivité féroce et d’hypocrisie.
Le monde moderne qui se voudrait plus facile pour les peuples est totalement cariaté par des parasites dangereux : les requins de la finance.
Je ne parle pas des riches : ceux qui ont de l’argent, tant mieux, qu’ils le dépensent pour les autres (mécénat, actions caritatives, très bien), qu’ils le gardent jalousement pour eux, tant pis, c’est leur argent.
J’appelle “requins de la finance” ceux qui spéculent avec l’argent public, ou l’argent des sociétés, ceux qui provoquent des faillites volontaires en ayant pris soin de mettre leur porte-feuille de côté et entrainent la faillite des petits épargnants.
Les pires sont les requins de l’alimentaire qui affament les peuples et provoquent les guerres civiles.
Le politiquement correct est la pire hypocrisie : on se veut rassurant avec des promesses fallacieuses, des effets d’annonce, alors que l’oppression grandit à pas feutrés dans les pays dits démocratiques, et cela commence par le muselage de la presse.
Le monde associatif reste un espoir, un refuge pour des gens en souffrance, voire en errance.

Après plus de 10 ans d’activité, vous recevez les institutions pour la signature d’une charte des partenaires pour la lutte contre l’illettrisme. Pour vous, est-ce symbolique ou une action d’avenir ?
— APNT a toujours favorisé l’accès à la formation pour les emplois en contrats aidés. Néanmoins, les cinq “emplois jeunes” débutants à l’association ont tous réussi leur parcours professionnel parce qu’ils avaient un bon niveau scolaire, mais beaucoup d’autres n’ont pu aller jusqu’au bout de leur formation, tout simplement parce que les carences accumulées pendant leur parcours scolaire ne leur ont pas permis d’aller au bout de leur ambition.
Cette année, grâce au partenariat de Pôle Emploi, de l’OPCA et de PROXIMA, nous avons pu mettre en place “les essentiels”, une formation en trois modules : les savoirs de base, la remise à niveau, les V.A.E., pour quinze personnes, cela leur apporte un plus dans leur vie personnelle et professionnelle pour une meilleure insertion. Tous souhaitent entamer le second volet. Ils ont compris l’importance de ces acquisitions parce qu’ils n’ont pas pu apprendre ou pas su comprendre l’intérêt de la scolarité dans leur enfance. Il ne faut pas avoir honte de reconnaitre ses lacunes et accepter l’aide offerte par les différents partenaires de la charte pour pouvoir y remédier. Pour moi, cette charte pérennise notre partenariat entrepris avec ces différentes institutions afin de mieux cibler les besoins des personnes qui rencontrent des difficultés dans ce domaine.

En tant qu’association de lutte contre l’exclusion, qu’elle est votre regard sur l’augmentation du chômage sur les deux dernières années, notamment chez les jeunes de moins de 25ans ?
— Je pense que les délocalisations à tout va favorisent l’appauvrissement de notre pays. Je suis pour le partage des richesses et pour la libre circulation des personnes. Je suis pour le commerce équitable, mais je dénonce la plupart des délocalisations pirates qui se font dans des pays où la main d’œuvre est malléable et corvéable, et surtout peu protégée par des lois. C’est de la haute trahison envers les peuples. Ces requins ne vont pas enrichir un pays pauvre, ils vont s’enrichir sur le dos des pauvres sans défense.
Le chômage des jeunes est très préoccupant, surtout que l’on trouve de plus en plus de hauts diplômés à la recherche d’un emploi. Si l’on ne réagit pas, on va tuer chez nos enfants le désir de réussite, voire le désir d’appartenir à cette société, ou tout simplement le désir de vivre. Il faut baisser encore plus les taxes dans les PME (la baisse de taxe dans la restauration a permis une centaine d’emplois), il y a un bassin d’emplois à La Réunion et en France, mais que faire pour que l’offre et la demande se rencontrent, que proposer à nos jeunes pour revaloriser leur cursus et les aider à s’épanouir ?


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