Luttes sociales

Allons lutter pour abolir la pauvreté

28% de chômage, 52% de la population sous le seuil de pauvreté, 7 heures d’attente pour un colis alimentaire

Témoignages.re / 15 novembre 2010

1.000 colis alimentaires ont été distribués aux plus nécessiteux dans l’angle des rues Juliette Dodu et Maréchal Leclerc, hier après-midi à Saint-Denis. Une distribution organisée par l’association Jeunesse musulmane dionysienne à l’occasion de la fête du sacrifice d’Abraham qui sera fêtée par la communauté musulmane dans les prochains jours. Il s’agit de la 2ème distribution de colis alimentaires après celle organisée en septembre dernier durant le mois du ramadan. L’afflux considérable de familles à la recherche de produits de première nécessité témoigne de la très grave crise traversée par le pays. Plus que jamais une priorité : abolissons la pauvreté.

Dès 6 heures 30, les premières personnes attendaient la distribution prévue pour 13 heures 30, après la prière du midi. Au fil des heures, la foule grossissait du côté de la rue piétonne, spécialement aménagée pour canaliser la foule et permettre une distribution « en toute sécurité ».
Attendre plus de 6 heures pour 15 kg de denrées alimentaires (5 kg de riz, sardines, huile, pâtes, gros pois, farine, jus de fruit, lait, sucre) ne dérange pas ces dizaines de familles qui sont dans le besoin. « Les mois sont difficiles à finir. Ce genre d’opération peut nous soulager un peu », explique une mère de famille. Une autre personne voit là l’occasion « d’économiser alors que les fêtes de Noël approchent ». « Cela nous permettra de garder un peu d’argent pour acheter un cadeau pour les enfants », affirme t-elle.
Et les membres de l’association Jeunesse musulmane dionysienne sont bien conscients des difficultés de nombreux Réunionnais à joindre les deux bouts. « Avec 28% de chômage et 52% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, il faut être solidaire », explique Ismaël Adame.

« Il faut être solidaire »

C’est pour fédérer les jeunes autour d’une action humanitaire que l’association est créée, il y a 4 mois, et qu’une première distribution de colis a lieu en septembre dernier.
Pour y parvenir, chacun a mis ses compétences au service de l’association. Les uns étaient chargés de récupérer des denrées, d’autres des dons, d’autres encore de l’organisation de la distribution ou encore de la logistique. Cette première opération a été « une réussite ». 1.000 colis ont été offerts et ces jeunes musulmans ont pu montrer qu’ils étaient « capables » d’organiser une telle opération.
En effet, l’objectif était aussi de changer l’image que la société peut avoir sur les jeunes d’aujourd’hui. « Nous avons réussi à montrer l’exemple. Quelle que soit la religion, les jeunes peuvent être solidaires. Ils savent se mobiliser dans un esprit de générosité et de fraternité », commente Djounaïd Mangrolia. L’occasion aussi de donner une autre image de la communauté musulmane, loin de celle qu’on voit dans l’actualité nationale ou internationale. « L’Islam est aussi une religion de partage », indique Ismaël Adame.

« Ce ne sera jamais assez »

L’association avait donc décidé d’organiser une seconde distribution ce dimanche 14 novembre. Cette fois, « la récolte des dons et des denrées a été plus facile », reconnaît Ismaël Adame. Et pour cause, « les gens ont vu que la première opération s’est très bien passée. Nous avons obtenu leur confiance. Ils nous donnaient donc plus facilement », affirme Mohammad Mangrolia. « Certains parlent déjà des prochaines distributions », précise Djounaïd Mangrolia.
Ainsi, en 1 mois, ces bénévoles ont pu réunir près de 24.000 euros pour l’achat de 13 tonnes de denrées alimentaires contre 12.000 euros lors de la distribution de septembre. « Nous avons pu acheter des produits de qualité pour les gens », se félicite Djounaïd Mangrolia. « Nous venons en aide aux personnes qui en ont besoin, mais ce ne sera jamais assez », regrette Mohammad Mangrolia, en faisant référence à la situation sociale « difficile » sur l’île.
L’association Jeunesse musulmane dionysienne souhaite poursuivre ses actions à l’avenir, de façon plus continue. « Ce sera des actions plus modestes que les 1.000 colis, mais qui s’étendra dans le temps », signale Ismaël Adame.

Imaz Press Réunion


L’impasse d’un modèle à bout de souffle

Cette distribution rappelle une des conséquences d’un modèle à bout de souffle. Malgré l’abolition du statut colonial, la misère n’a pas été abolie à La Réunion.
Alors que notre île fait partie de l’Union européenne, la majorité de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté. Et l’annonce d’une distribution de colis alimentaires provoque aussitôt un afflux considérable. Ce dimanche, des milliers de personnes ont patienté pendant des heures dehors pour obtenir des produits de première nécessité.
Avec l’augmentation du chômage et la casse de toute perspective de reprise pour l’économie réunionnaise, ces scènes de détresse se multiplient dans toutes les régions de notre pays.


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