Luttes sociales

Après le préfet, la justice intervient dans le conflit pour donner raison au patronat qui refuse d’appliquer la loi

Le juge ordonne la levée du piquet de grève au Port

Témoignages.re / 30 mars 2011

L’institution judiciaire autorise EDF à utiliser la force publique pour faire dégager le piquet de grève des travailleurs de la centrale thermique du Port.

Saisi par la direction d’EDF, le juge des référés a ordonné ce mardi 29 mars 2011 la levée « immédiate » du piquet de grève installé par les salariés grévistes depuis dimanche à 23 heures. Le juge a estimé que ce piquet de grève constitue « un trouble manifestement illicite » qui « entrave à la liberté de travailler et de circuler ». Les salariés contrevenants à cette décision risquent une astreinte de 500 euros par « infraction constatée ».
La CGTR EDF devrait consulter les grévistes qui tiennent le piquet de grève sur l’attitude à adopter dans la soirée. « C’est eux qui décideront si ils veulent lever le piquet », indique Patrick Hoarau, secrétaire général à la CGTR EDF. En cas de refus, le juge a autorisé EDF à « demander l’intervention des forces de l’ordre ».
Les marges de manœuvres des salariés grévistes d’EDF et de la Séchilienne Sidec semblent de plus en plus restreintes. Après le préfet qui a ordonné la réquisition des salariés grévistes de la Séchilienne Sidec, voilà que le juge des référés a ordonné la levée du piquet de grève devant la centrale du Port. Les grévistes semblent donc avoir de moins en moins de moyens pour faire pression sur les directions des deux entreprises pour obtenir gain de cause. Ils demandent l’alignement de leur salaire sur celui des fonctionnaires, soit une prime de vie chère de 53%.
Patrick Hoarau refuse de voir cette décision du juge comme un « nouveau coup dur ». « Il y a d’autres moyens de se faire entendre », confie-t-il sans en dévoiler davantage. Il semble néanmoins que la voie de la discussion soit privilégiée. En effet, la CGT Energie, au nom des syndicats des 4 DOM, a demandé à l’Etat la mise en place d’une médiation au niveau national. Médiation qui devrait réunir la CGT, l’Etat et la direction d’EDF et de la Séchilienne Sidec. « Nous attendons la réponse sous peu », indique un représentant de la CGTR-EDF.


Des grévistes traînés au Tribunal

Les 5 salariés grévistes assignés en référé d’heure à heure par la direction d’EDF pour « entrave à la liberté de travail et à la liberté d’aller et venir » hier matin, avaient rendez-vous devant le juge hier après-midi. 4 des 5 salariés se sont présentés devant le juge. Le dernier a été arrêté par les policiers après un coup de colère à l’entrée du tribunal. Du côté des salariés d’EDF, Me Lambert évoque une nullité de l’assignation en référé et rappelle que « le retour à la normale est constaté sur le réseau électrique », citant le préfet.
Les 5 salariés grévistes sont arrivés peu avant 15 heures au tribunal de Champ-Fleuri, accompagnés de Patrick Hoarau, secrétaire général à la CGTR EDF. A l’entrée du tribunal, l’un des salariés assignés a été pris d’un coup de colère. Il a donc été arrêté par les policiers et a été conduit au commissariat Malartic. L’audience a donc débuté en son absence.
C’est d’abord Me Codet, avocat d’EDF qui a pris la parole. Il estime que le piquet de grève des salariés d’EDF devant la centrale thermique du Port provoque un « trouble manifestement illicite ». Il base son argumentaire sur un constat d’huissier datant du 28 mars dernier. Une équipe sous traitante d’EDF avait été empêchée de pénétrer dans la centrale pour effectuer une maintenance sur une des turbines. « Cette situation ne peut pas durer éternellement », lance Me Codet qui rappelle que le site est classé Seveso. « Le but n’est pas de remettre en cause le droit de grève mais la modalité d’exercice de ce droit », explique l’avocat.
Me Lambert, avocat des salariés, parle « de tentative d’instrumentalisation ». « A midi, le préfet annonçait que la situation serait quasi normale à partir de mercredi. Il y donc une exagération de la part d’EDF », explique-t-il. Il indique aussi que les salariés qui ont été empêchés de pénétrer à l’intérieur de la centrale « ne font pas partie des équipes de relève ou d’astreinte ».
Selon l’avocat, il y a aussi des erreurs dans la procédure d’assignation. Il demande donc la nullité de l’assignation en référé. Il s’interroge aussi sur les raisons qui ont poussé EDF à assigner ces 5 salariés. « L’entreprise souhaite la levée du piquet de grève. Pourquoi n’a t-elle pas assigné tous les salariés ? », demande-t-il. Réponse de Me Codet : « Ils sont représentatifs des différents services de la centrale thermique ».


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