Luttes sociales

« Arrêter le massacre » du BTP réunionnais

Patrons et salariés dans la rue demain

Témoignages.re / 9 septembre 2010

« Le BTP est à terre ». À force de le marteler depuis deux ans et de ne pas être entendue, toute la profession, patrons et salariés, défilera demain à Saint-Denis pour poser un ultimatum aux élus et à l’État.

Alerte rouge dans le BTP. 10.000 emplois ont été détruits depuis 2008 et le pessimisme est de rigueur pour les mois à venir. Jean-Marie Le Bourvellec, président de la FRBTP, résume ainsi la situation : « Les entreprises sont aujourd’hui en sureffectifs pour conserver leurs capacités en cas de redémarrage (…), mais les entreprises sont sur le point de s’écrouler. La seule solution pour s’en sortir, c’est l’activité ». Or, même les architectes n’ont plus de commandes à l’heure actuelle.
Lors d’une conférence de presse commune hier, 18 organisations patronales et salariales ont annoncé une manifestation pour demander aux élus, à l’État, aux collectivités territoriales et locales, aux maîtres d’ouvrage publics de stopper le « massacre ».
Car depuis 2008, il y a eu surtout des « effets d’annonce », et non une réelle relance de la commande publique. Les grands chantiers (Zénith, Pôle océan, tram-train, rocade Sud, etc.) ont été arrêtés par les politiques nouvellement élus, la construction de logements sociaux est bloquée. La profession pointe aussi du doigt l’abandon de la Loi-programme pour l’Outre-mer et les attaques récurrentes contre les dispositifs de soutien à l’investissement en Outre-mer.

Un ras-le-bol global

Résultat, l’activité du BTP a chuté de 30% alors que les besoins en matière de construction sont là : 27.000 demandes de logements sociaux, une population qui continue à augmenter. La Réunion serait même au dernier rang des 26 régions françaises en matière d’équipements et de services publics.
« On ne comprend pas ces décisions, ou plutôt ces non-décisions qui font que nous sommes dans cette situation », commente Jean-Marie Le Bourvellec. Aujourd’hui, La Réunion est 7 fois plus touchée que la métropole par les pertes d’emplois dans le BTP. 160.000 emplois détruits en métropole, 10.000 dans le département.
Ce qui va s’exprimer demain, vendredi 10 septembre, c’est donc « un ras-le-bol global par rapport à ce manque d’anticipation et de plus en plus de doute sur la crédibilité du discours politique. C’est la réunion de la dernière chance, car tout le monde est à bout », indique le président de la FRBTP.

Les salariés souffrent

Franck Legros, président de la CAPEB, ne veut plus des effets d’annonce, mais de l’action. Il dénonce le vote du Schéma d’aménagement régional (SAR) repoussé à fin 2010, les banques qui ne jouent pas le jeu alors que l’État les a aidées et la recrudescence du travail au noir.
Jacky Balmine, de la CGTR-BTP, rappelle que les syndicats sont dans une continuité depuis les manifestations du 19 et 31 mai. « Ceux qui souffrent en premier, ce sont les salariés », insiste-t-il. Avec les pertes d’emplois, ce sont 20.000 familles touchées, estime la profession.
René Anélard, de la CFTC-BTP, demande aux élus de prendre leurs responsabilités dans cette situation exceptionnelle.
Pierre Savigny, de la CFDT-BTP, invite déjà la profession à préparer un « plan de bataille » pour l’après-10 septembre. La Fédération des promoteurs constructeurs a insisté sur l’abandon du logement intermédiaire et la programmation d’à peine 4.000 logements sociaux pour 2011.

Du Jardin de l’État à la Préfecture

L’ensemble de la profession sera donc représenté à ce défilé, qui partira du Jardin de l’État à 8h30 demain. C’est même « l’ensemble du monde économique qui s’exprimera au-delà de notre rassemblement », ajoute Jean-Marie Le Bourvellec, annonçant la participation de syndicats interprofessionnels.
Les manifestants déposeront une motion à la Préfecture, au Conseil régional et au Département pour demander une table ronde avant le 30 septembre. Mais le BTP ne s’arrêtera pas là. « Vous avez devant vous des gens déterminés à aller plus loin, ce n’est pas du chantage, mais l’expression de la souffrance », prévient le président de la FRBTP.

Édith Poulbassia


Une table ronde avant le 30 septembre

Dans la motion adressée aux élus, à l’État, aux collectivités territoriales et locales, aux maîtres d’ouvrage publics, la profession demande :

- l’organisation rapide, et au plus tard avant le 30 septembre, d’une table ronde exceptionnelle et pertinente sur l’état de la commande publique et sur la programmation de travaux de BTP ;

- de s’engager rapidement dans la voie du développement des investissements publics dont La Réunion a besoin, et de soutenir et accélérer par tous moyens les investissements et emplois dans la construction à La Réunion ;

- la mise en place de mesures d’aide et de soutien aux salariés du BTP victimes de l’effondrement de l’activité, complémentaires du plan de soutien à l’emploi dans le secteur du BTP.

Les organisations patronales et salariales signataires sont : CFTC-BTP, SICRE, FO-BTP, FRBTP, UIR-CFDT BTP, CAPEB, CGTR BTP, FPCR, CFE-CGC BTP, SYNTER, SAR, Maison architecture Réunion, CECR, AFCOI OI, Bureaux de contrôle ARFOBAT, Congés BTO Réunion, SISTBI.

EP


Un million d’euros investis, ce sont 18 emplois

Selon les organisations, 1 million d’euros investis dans la construction équivalent à 18 emplois créés, dont 12 emplois directs dans le BTP et 6 emplois indirects. En revanche, 1 million d’euros non investis dans la construction coûtent à la collectivité 357.000 euros par an en indemnisations chômage et cotisations sociales perdues. Ce million est ainsi « dilapidé en moins de 3 ans ».

EP



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