Luttes sociales

Assises de la Jeunesse : la LDH demande une plus grande concertation

Ligue des Droits de l’Homme de La Réunion

Témoignages.re / 2 mars 2014

La Ligue des droits de l’Homme de La Réunion estime que sur un sujet aussi important que les Assises de la Jeunesse, la concertation la plus large doit prévaloir.

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La Ligue des droits de l’Homme a tenu une conférence de presse samedi.

« Nous ne pouvons, au sujet du projet d’Assises de la Jeunesse réunionnaise, que réitérer nos interrogations et exigences exprimées en décembre dernier. (- Report sans autre avis du projet annoncé pour avant le fin 2013 ;- Absence de nouveau calendrier ;- Absence de transparence sur la préparation et la conception de ces assises.)

Or, il apparait clairement que plusieurs questions se posent concernant la conception et la méthode des assises annoncées le 14 juillet dernier par M. Le préfet s’exprimant au nom de l’Etat en accord avec la Région et le Conseil Général.

Remarquons que nous ne sommes pas prononcés, avec d’autres, en faveur de ces ASSISES pour le plaisir de faire des Assises…en sautant sur notre chaise en criant comme des cabris : Assises, assises ! Si nous pensons utile de faire des ASSISES de la Jeunesse réunionnaise, ce n’est pas « pou assise" ! C’est au contraire pour mettre « DOBOUT », la société Réunionnaise face à une situation qui ne peut plus perdurer.

Car la position de la Ligue n’est pas de désigner tel ou tel acteur public ou institutionnel. C’est au contraire de dire clairement : c’est à l’ensemble de la société civile réunionnaise de faire face à cette situation. C’est notre responsabilité et notre solidarité réunionnaise qui sont interpellées par la situation de nos jeunes.

Ce que nous devons, collectivement, à notre jeunesse, c’est lui permettre de se former, d’accéder à un emploi en lien avec sa formation, de se loger, de se soigner, de se construire et de construire son indépendance.

Pour mémoire, formulons les questions qui se posent au sujet des ASSISES.

Et d’abord pourquoi des Assises de la Jeunesse ?

Pour une raison simple et connue de tous : dans le contexte réunionnais, il n’existe pas de situation plus grave, en termes d’accès aux droits essentiels de l’Homme, de respect des droits fondamentaux, que celle qui qui est faite à nos jeunes de moins de 25 ans. Un bannissement de fait de la République.

60% des moins de 25 ans en âge de travailler et qui ne suivent pas une formation, n’accèdent pas à l’emploi Et la majorité pour des durée supérieure à une année. En 2011 : 64 % des chômeurs de 15 à 24 ans le sont depuis plus d’un an. Avec des émeutes urbaines chaque année depuis plusieurs années.

A la fin novembre 2013, 133 910 Réunionnais restent sans emploi, dont 22 500 jeunes de moins de 25 ans. On peut donc constater, après les mesures prises l’année dernière, une légère décélération dans l’aggravation de la situation des jeunes.

Cette situation de chômage constitue, pour une majorité de nos jeunes concitoyens, un déni de leur droit fondamental au travail et à la dignité. Elle ruine la promesse républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité… Elle disloque le lien social. Elle induit inéluctablement des conséquences intolérables pour la société toute entière et l’avenir de notre Ile.

Cela signifie en clair que sur ce plan, malgré les efforts déjà très importants qui ont été consentis pour remédier à la situation, notre action publique est demeurée durablement inefficace.

D’où le besoin urgent de remettre en cause tous nos schémas de pensée, nos modèles, et de remettre à plat l’ensemble des dispositifs de nos politiques publiques en ce domaine. D’où l’absolue nécessité de se concerter pour modifier ce qui doit l’être afin d’obtenir, enfin, des résultats.

Car tous les avis sur ce point convergent : Quand on tire le fil de l’emploi des jeunes, on tombe sur la question de l’emploi pour tous. Quand on tire sur le fil de la question de l’emploi, on tombe sur la question, dans une économie mondialisée, du coût du travail et de la production locale. Quand on tire le fil de la production locale, on tombe sur la question des aménagements législatifs et réglementaires opportuns et sur la question de notre gouvernance.

Répondre concrètement à la question de l’emploi des jeunes est devenu un impératif social et politique qui supplante toute autre priorité. Cette exigence nous oblige à faire des choix. Il nous faut faire prévaloir les notions d’équité et d’efficacité de l’action publique au plan local. Et ne pas craindre pour cela de remettre en cause, autant que nécessaire, sans complaisance ni tabou, nos politiques de formation et d’emploi aussi bien que notre modèle de développement et certaines des règles de gouvernance de notre territoire insulaire.

L’on a vu beaucoup d’acteurs, au-delà des clivages politiques habituels, s’exprimer dans ce sens en 2013.

Alors, la question se pose aujourd’hui, au-delà des échéances électorales immédiates, municipales et européennes. Elle se pose à tous les acteurs, à ceux de la sphère publique comme aux représentants de la société civile. Elle est simple et nous voulons la poser publiquement :

Voulons-nous tenir des Assises et Comment les réussir ?

Qui dit ASSISES, ou « Etats généraux », dit participation la plus large de la société civile au processus ("… monde économique, social, associatif et bien sûr, représentants de la jeunesse"…). Pour ouvrir le champ de la discussion, au-delà des clivages et modèles habituels. Pour trouver des réponses nouvelles et audacieuses.

Mais de quoi parlons-nous ? D’Assises de la Jeunesse Réunionnaise qui se feraient quant à leur conception, préparation, organisation et objectifs sans concertation avec la société civile ? Sans calendrier convenu ? Sans ateliers ou séances préalables organisées à cet effet ? Sans obligation de résultat ? Sans que les représentants du monde économique, les acteurs associatifs et les acteurs publics puissent se concerter sur la conception et la préparation des Assises, et sur les mesures nouvelles, concrètes opérationnelles, que l’on pourrait en attendre ?

Que l’on ait, sans autre avis, modifié le calendrier initial annoncé, on peut le comprendre. Mais qu’au moins l’on s’explique. Et que l’on instaure une authentique concertation et sur le calendrier et sur la méthode.

C’est en tout cas ce que demande la Ligue des Droits de l’Homme. Au nom du respect dû à l’ensemble des acteurs de la société civile concernés. Non pas seulement pour respecter la politesse républicaine. Mais parce qu’il y va de la réussite des Assises. C’est-à-dire, en définitive, des réponses que, collectivement, nous devons apporter face à la situation de notre jeunesse. »


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